Photo illustration

« Des millions et des millions de roupies du Covid-19 Solidarity Fund auraient pu être mieux utilisées pour avoir une île Maurice durable. » C’est en tout cas ce que pense le manager de l’ONG Safire, Edley Maurer. Davantage que d’aider des ONG à financer des packs alimentaires à l’intention de familles fragilisées par la crise sanitaire, il se dit d’avis que ce fonds aurait pu être investi dans des projets plus soutenus, comme la création d’emplois dans le domaine de la production alimentaire.

Edley Maurer (SAFIRE)

S’agissant de la distribution de vivres, qu’il voit plus comme de « l’assistanat », il estime qu’on aurait pu passer par les réseaux de distribution. « Avec le secteur privé, il y a des tonnes et des tonnes de produits qui auraient pu être distribués. Il y a des entreprises qui donnent des produits qui sont proches de la date d’expiration. On aurait pu économiser des millions et des millions. »

Plusieurs ONG ont fait des demandes pour obtenir de l’aide financière du Covid-19 Solidarity Fund en vue de distribuer des “foodpacks” aux familles fragilisées par la crise économique. Or, montre Edley Maurer, « Safire avait proposé l’an dernier de monter des projets pour ces familles car, primo, elles sont sans emploi, et elles auraient pu avoir accès à la terre, planter et avoir leur propre nourriture ». Il poursuit : « Quand on leur donne des aliments, c’est de l’assistanat. »

Deuxièmement, s’agissant des packs alimentaires, il est possible, selon lui, de les obtenir gratuitement. « Il y a des entreprises qui donnent des produits proches de la date d’expiration. Cela aide énormément. On aurait pu économiser des millions et des millions. Le NSIF doit venir sur le terrain et voir la réalité. On aurait pu ne pas financer ces packs alimentaires à travers le NSIF, mais passer par les réseaux de distribution à travers Foodwise. Avec le secteur privé, on a des tonnes et des tonnes de produits qu’on peut distribuer aux personnes dans le besoin. »

Pour Edley Maurer, l’argent du Covid-19 Solidarity Fund aurait pu être utilisé pour financer des projets soutenus. « Comme le dit l’expression, “quand un homme a faim, mieux vaut lui apprendre à pêcher que de lui donner un poisson”. Pourquoi en effet ces familles ont-elles besoin d’aide ? Parce qu’elles n’ont pas d’emploi, pas d’accès à l’argent. Et bien, on aurait pu leur apprendre comment en gagner ! »

D’un point de vue alimentaire, poursuit-il, il y aurait pas mal de légumes qu’on aurait pu envisager de planter, comme le manioc. « Personnellement, je pense que des millions et des millions de roupies du Covid-19 Solidarity Fund auraient pu être mieux utilisées pour avoir une île Maurice durable. » Il revient par ailleurs sur une question soulevée récemment au Parlement, à savoir pourquoi des SDF sont sans nourriture alors qu’existe le Covid 19 Solidarity Fund. « On ne peut catégoriser et donner priorité à certaines ONG. Il faut vraiment voir au cas par cas au niveau des ONG. »

Selon lui, « il manque une coordination par rapport à la réalité » du terrain. « Par exemple, quand plusieurs ONG interviennent dans une même région, il y aurait dû y avoir une coordination pour que chaque ONG s’occupe d’une partie de l’île et fasse un travail vraiment en profondeur avec les familles. » Edley Maurer est aussi d’avis qu’il y a pas mal de projets soutenus qu’on pourrait initier à Maurice. « Actuellement, on investit beaucoup dans les packs alimentaires. Certes, les gens ont besoin de nourriture. Aujourd’hui, on leur donne des packs alimentaires. Mais que fera-t-on le mois prochain ? La crise sociale ne va pas se résoudre demain. Or, si on commençait à créer de petits boulots par rapport à la production de produits alimentaires… On parle de la hausse des prix des produits importés et on investit des milliards dans l’importation de l’alimentation, alors pourquoi ne pas produire localement ? »

Il ajoute qu’il serait bon de savoir comment les ONG qui ont bénéficié du Covid-19 Solidarity Fund ont utilisé cet argent. « Est-ce que le montant est vraiment allé dans les packs alimentaires ? Le projet de distribution de foodpacks n’est pas un projet soutenu. Or il faut des projets soutenus. » Il précise qu’il y a une différence entre l’aide du NSIF pour financer annuellement les projets des ONG et le Covid-19 Solidarity Fund, qui est de pourvoir de l’argent pour des “foodpacks” dans le sillage de la pandémie.

Safire a présenté un projet de culture de légumes dans plusieurs régions ciblant certaines familles vulnérables pour un retour à la terre afin de cultiver des produits de base, en collaboration avec le Mouvement d’autosuffisance alimentaire. « Si on avait planté du manioc depuis l’an dernier, on en aurait déjà récolté cette année gratuitement. Mais la soumission du projet n’a pas connu de suite. Ce qui est dommage ! »