Sylvette Paris-Davy la directrice

Si les crèches ont été invitées à rouvrir leurs portes pour l’accueil des tout-petits depuis le 2 juin, la crèche Bethléem, n’a pas jugé propice une réouverture avant une vraie réorganisation du travail adaptée au contexte actuel. Déjà, il y a deux semaines, la directrice, Sylvette Paris-Davy, soulignait au Mauricien tout le travail en amont qui est de mise pour la sécurité des jeunes enfants. Depuis l’annonce de la réouverture des crèches, une entreprise de nettoyage a ainsi désinfecté tout l’établissement, mais c’est loin de suffire. « C’est le branle-bas ! », lâche la directrice, qui indique qu’une reprise ne sera possible que la mi-juin… « si tout va bien ».

Même lorsque la rentrée des crèches et des maternelles était prévue le 3 août, Sylvette Paris-Davy exprimait déjà dans nos colonnes son inquiétude quant au mode de réorganisation du travail en fonction du contexte de crise sanitaire. Mais avec l’annonce, vendredi dernier, de la reprise pour mardi, une réouverture « était juste pas possible » pour la directrice de Bethléem, pour qui « aucun petit détail ne doit être négligé, aux dépens de la santé physique et émotionnelle des jeunes enfants ». Parmi ces détails, justement, elle énumère les mesures d’hygiène à être observées tant par les employés que par les parents, mais aussi la distanciation physique au sein de chaque pièce de la crèche, la manière d’aborder les tout-petits ayant perdu contact avec les puéricultrices depuis plus de deux mois, et qui risquent de ne pas les reconnaître…

« Je ne pouvais rouvrir la crèche en si peu de temps. Il me fallait d’abord faire un état des lieux de la crèche, prendre les précautions nécessaires, préparer le personnel à la réorganisation… Les employées seront appelées à la reprise, le 15 juin, à expliquer aux parents toutes les contraintes de mise : prise de température, désinfection des mains avant d’entrer dans l’enceinte de la crèche, etc. » Elle ajoute : « Si j’avais rouvert mardi, les bébés auraient été malades vu toute la poussière qui s’était accumulée depuis plus de 70 jours. Samedi, une entreprise de nettoyage est venue désinfecter la crèche entière. Actuellement, on a tout mis au soleil pour être désinfecté et on procède au lavage des jouets et des pièces. Ouvrir du jour au lendemain n’était pas de mon ressort. »

Elle souligne le long travail de préparation à faire avant la reprise. « Les enfants construisent des repères dans le temps, l’espace et les relations. C’est dans ces repères qu’ils sont rassurés. Or, là, ils n’ont plus de repères. Sans compter que des enfants, à partir de huit mois, rentrent dans l’angoisse. “Je commence à reconnaître maman, qui fait partie de ma vie, mais l’autre, je l’ai oublié.” Il y a tout un travail à faire pour sécuriser l’enfant physiquement et émotionnellement. C’est un travail extrêment important pour une relation positive. »

S’il est difficile, concède-t-elle, de contester les décisions des autorités, la directrice de Bethléem estime néanmoins qu’il y a un « manque de cohésion » entre les institutions de la petite enfance et l’Etat. « Si on avait invité les directrices de crèches à une réunion avec l’Etat, elles auraient pu donner leur opinion. En France, les maires ont contesté, et ce n’est qu’au fur et à mesure qu’on a rouvert les crèches. » Elle indique avoir rencontré les membres de son personnel mardi pour bien leur souligner l’importance de la distanciation physique, surtout que les employées « ont le réflexe de faire des câlins avec les bébés dès que ceux-ci arrivent ». Elle poursuit : « Certes, on n’a pas le choix, on doit les prendre dans les bras. Mais il faut un minimum de distanciation. »

Combien de petits la crèche pourra-t-elle reprendre le 15 juin ? Sylvette Paris-Davy indique avoir pris contact avec chaque parent pour tâter le pouls en vue d’avoir une idée du nombre d’enfants qu’elle pourrait attendre à la reprise. « Certains parents ont dit ne pas être prêts pour ramener leur enfant à la crèche. D’autres ont dit qu’ils viendraient sur place pour voir comment cela se passe avant d’emmener leur enfant. Et d’autres encore, plus confiants, enverront leurs enfants. Les parents sont mes atouts pour la bonne marche de mon institution. Ce sont à eux de décider. Il faut cette compréhension bienveillante. C’est ce qui contribue au bon développement de l’enfant. » Sur une quinzaine d’enfants, donc, sept devraient reprendre le chemin de la crèche le 15 juin.

Les craintes de la directrice, à présent, c’est que des enfants malades viennent à la crèche. « J’insisterai auprès des parents pour qu’ils prennent la température de leur enfant avant de venir. » Même démarche pour la reprise de la maternelle, le 22 juin. « J’ai demandé à mes éducatrices d’appeler les parents. J’ai eu une reunion avec mon personnel pour voir comment faire une séparation dans les classes afin de garder la distance, etc. Mais aussi comment vivre ensemble dans une situation compliquée, car à cet âge, on a envie de toucher son ami. C’est tout un travail que j’effectue avec les éducatrices. »