Une semaine noire. Le bilan s’alourdit de jour en jour. Au samedi au soir, 29 août, ce sont 39 cadavres de « melon-headed whales », communément appelés « dauphins d’électre » ou « marsouins », qui ont été découverts dans le lagon du Sud-est. Alors que les premiers résultats de la nécropsie effectuée sur deux spécimens n’ont révélé aucune trace d’hydrocarbures, d’autres analyses bactériologiques et toxicologiques notamment sont attendues dans les prochains jours.

Mercredi dernier, énième coup de massue pour la population. 18 cadavres de marsouins sont alors repêchés par des habitants de la localité dans la zone entre Pointe-aux-Feuilles et Grand-Sable. Un bilan qui s’alourdira au fil des jours… Des images déchirantes, troublantes. Une hécatombe, quelques semaines après la catastrophe écologique dans la même région. Et pourtant, ce n’est pas la première fois qu’un tel drame s’y produit. De février à mars 2005, une trentaine de marsouins sont découverts morts, le corps mutilé dans la zone côtière s’étendant de Bambous Virieux à Camp-Pêcheurs. Dans nos archives, des articles du Mauricien faisaient état de la pollution de l’eau dans cette région due aux insecticides et de la vulnérabilité de ses grands mammifères marins habitués à vivre en grand groupe de 1 000 individus parfois.

« Alors que les spécialistes de la pêche font allusion à la « pollution provoquée par les fortes averses des derniers jours alliée au déversement des insecticides », le ministère de la Pêche, pour sa part, évoque trois causes probables par rapport à ce phénomène notamment a) ces dauphins ont peut-être été exposés à des algues toxiques ou des marées rouges survenues en haute mer, produisant des substances toxiques b) ces dauphins peuvent également avoir subi les effets de sondes magnétiques relevant du dispositif (sonar) présent sur les navires en haute mer ; ces mammifères marins « pris dans une confusion », se seraient orientés, par conséquent, vers des eaux peu profondes pour plus de sécurité ; et c) ces dauphins auraient même pu être pris au piège dans des « seiners » », indiquait Le Mauricien en date du 2 mars 2005.

Cause du décès en 2005 : stress

Quinze années plus tard, la post-mortem investigation sur le décès de ces mammifères marins révèle que c’est « le stress » qui les aurait tués. Stressés, désorientés, les marsouins ne se sustentent plus pendant des jours. Ainsi affaiblis, ils divaguent, se heurtent aux rochers et deviennent facilement la proie d’autres prédateurs marins. C’est ce qu’a indiqué le ministre de la Pêche, Sudheer Maudhoo, lors d’une conférence de presse tenue vendredi après-midi. « De plus, comme en 2005, les estomacs des marsouins étaient vides. » Est-ce que c’est le même phénomène qui se serait produit durant la semaine ? Un stress dû à quoi ? « Serait-ce une triste coïncidence ? » comme le soutenait le ministre. Pour l’heure, les résultats sont attendus.

À savoir que les cadavres de dauphins ont été envoyés à Réduit, dès mercredi, pour la nécropsie pratiquée par le vétérinaire du ministère de l’Agro-industrie. Une vétérinaire réunionnaise spécialisée en mammifères marins a aussi assisté aux autopsies via visioconférence. Par ailleurs, selon les protocoles établis, les cadavres ont été amenés au centre de Recherche d’Albion. Selon le communiqué officiel : « Les résultats préliminaires démontrent que le corps de ces animaux ne comporte pas de trace d’hydrocarbures, cela ni au niveau du système respiratoire, de la peau, de la gueule ou du ventre. L’estomac des mammifères marins autopsiés était vide, mais ces animaux portaient de graves blessures au niveau de leur mâchoire. Des morceaux de graisse et de peau ont été prélevés pour d’autres analyses, incluant des tests ADN. »