Au cœur d’une petite forêt oubliée de Curepipe, à une centaine de mètres seulement de Trou-aux-cerfs et de la pâtisserie Vatel Bleu, un arbre refait parler de lui. Alors qu’une dizaine de bénévoles participaient samedi matin à une opération de restauration écologique sur un terrain d’un demi-arpent appartenant à l’État, ces derniers y ont découvert un imposant Mimusops Maxima, plus connu sous le nom de « Macaque » ou « Grand Natte », une espèce endémique de Maurice, et dont l’âge est estimé à près d’un siècle.
Une trouvaille qui donne une portée toute particulière au projet de reforestation mené dans le cadre de l’initiative « Anou Angaz Nou Pou Nou Planet ».
L’an dernier, au tout début de la campagne, les volontaires de l’Ong Anangel procédaient au nettoyage des plantes envahissantes afin de permettre aux espèces indigènes de reprendre leur place. Et c’est au cours de ces travaux que Jean-Michel Laurent, paysagiste spécialisé en permaculture et habitant Curepipe depuis plus de 20 ans, a reconnu cet arbre remarquable. Après vérification auprès de botanistes, il s’est avéré qu’il s’agissait bien d’un Macaque, l’un des témoins des forêts originelles de Maurice.
« Cet arbre a connu nos arrière-arrière-grands-parents. Il y a une belle histoire derrière lui », confie Jean-Michel Laurent. Autour de son tronc, plusieurs jeunes pousses ont été observées, laissant entrevoir des possibilités de régénération naturelle. Les officiers des Bois et Forêts précisent d’ailleurs que cette espèce fait aujourd’hui l’objet d’un important programme de conservation et que ses graines sont déjà récoltées afin d’être multipliées en pépinière.
Forêt endémique en devenir
La découverte est intervenue dans le cadre du projet porté par la plateforme Anangel. Navinee Ramnial, People Partner de l’organisation, explique que cette initiative vise à soutenir les ONG tout en encourageant des actions concrètes en faveur de l’environnement. « Avec les effets du changement climatique, nous savons que beaucoup de nos arbres endémiques ont disparu. Nous avons donc demandé aux autorités une parcelle où nous pourrions contribuer à la restauration d’une forêt indigène », explique-t-elle.
Le terrain, situé à proximité du Trou-aux-Cerfs, avait déjà fait l’objet d’une première campagne de plantation l’an dernier, mais la prolifération des espèces envahissantes avait compromis une partie des efforts. Cette année, l’objectif était d’assainir entièrement le site avant d’y poursuivre les plantations. « C’est en nettoyant que nous avons découvert cet arbre », souligne-t-elle.
Le projet rassemble plusieurs partenaires, dont la Junior Chamber International (JCI) Beau-Bassin/Rose-Hill, les Bois et Forêts, qui fournissent les jeunes plants, ainsi que Lux* Resorts, qui apporte à l’initiative un soutien financier. Bois carotte, bois d’ébène, bois Judas, crotons et hibiscus endémiques figurent parmi les espèces déjà mises en terre. « C’est toute une communauté qui participe. ONG, autorités, entreprises et habitants travaillent ensemble pour recréer une véritable forêt endémique », résume Navinee Ramnial.
Préserver un patrimoine naturel
Pour Jean-Michel Laurent, la présence de ce Macaque centenaire rappelle toute la richesse du patrimoine végétal mauricien. « Lorsqu’on réalise qu’un arbre est aussi ancien que nos arrière-grands-parents, une relation particulière se crée avec lui. Il porte une mémoire de la ville », estime-t-il.

Le paysagiste souhaiterait voir ce terrain évoluer vers un véritable parc endémique, où les Mauriciens pourraient découvrir les espèces indigènes, mais aussi se reconnecter à leur patrimoine naturel. Selon lui, les plantes endémiques sont particulièrement adaptées aux conditions locales. Plus résistantes à la chaleur et aux cyclones, elles contribuent également à renforcer les écosystèmes grâce à leur système racinaire et protègent les autres végétaux qui poussent à proximité. « Nous vivons à Curepipe. Les espèces endémiques se plaisent ici et le sol volcanique du Trou-aux-Cerfs leur est particulièrement favorable », explique-t-il.
Présente sur le terrain, la présidente de la JCI Beau-Bassin/Rose-Hill, Yamini Mussai, salue une initiative mobilisatrice pour les jeunes. « Nous voulons redonner à la nature ce qu’elle nous a donné. Beaucoup de jeunes souhaitent s’engager davantage dans ce type de projet », affirme-t-elle. Ainsi, pour les initiateurs du projet, la redécouverte de ce Macaque centenaire dépasse le simple intérêt botanique ; elle rappelle que des vestiges des forêts originelles subsistent encore à Maurice et qu’ils méritent d’être protégés. Aussi, sur ce demi-arpent de Curepipe, l’ambition est désormais de recréer progressivement un fragment de la forêt indigène mauricienne au bénéfice des générations futures.


