« Sur quels critères se base-t-on pour faire les décaissements ? » se demande l’ONG, qui n’a reçu aucun sou pour cette année, « alors que d’autres ont eu Rs 31,1 M et Rs 24 M »

« Ce qui est étonnant, c’est que depuis le premier confinement, M-Kids a déjà distribué plus de 8 000 “foodpacks” de ses propres fonds. Dans une réponse parlementaire, on apprend qu’une ONG a eu Rs 6 M du Covid Solidarity Fund pour aller maintenant distribuer 3 000 “foodpacks”. Elle n’a pas encore fait la distribution et elle a eu Rs 6 M, alors que nous, qui avons déjà distribué 8 000 “foodpacks”, n’avons rien reçu. » C’est ainsi que l’ONG M-Kids se dit « perplexe » et « étonnée » de la répartition des fonds d’aide du NSIF et du Covid Solidarity Fund aux diverses ONG. D’autant que certaines « ont reçu Rs 31,1 M et Rs 24 M, et nous pas un sou depuis le début de l’année ». Belall Maudarbux, consultant pour l’organisation, interroge les critères de décaissements de ces deux fonds.

Dans la réponse parlementaire de la ministre de la Sécurité sociale déposée à l’Assemblée nationale mardi dernier, mention est faite que l’ONG Caritas a déjà obtenu un premier décaissement de Rs 12,5 M du NSIF pour son programme de crèche et d’abri de nuit, et qu’elle bénéficiera d’un total de Rs 25 M pour cette année. Par ailleurs, Rs 15,5 M ont été allouées à Terre de Paix, qui doit, jusqu’à la fin de l’année, recevoir un total de Rs 31,1 M. L’ONG APPEL, elle, a reçu Rs 1,8 M depuis janvier et recevra un total de Rs 3,7 M d’ici la fin de l’année pour son foyer résidentiel à l’intention des sans-abri masculins. Au total, selon la ministre Fazila Jeewa-Daureeawoo, un premier décaissement de Rs 238,9 M a été effectué cette année à 141 ONG sur les 146 enregistrées auprès du NSIF.

Ce qui interpelle, selon Belall Maudarbux, c’est que la contribution du NSIF ne représente qu’une source de financement. « Une ONG a plusieurs sources de financement. Les dizaines de millions que certaines ONG ont reçues du NSIF n’est qu’une source. Il y a un autre fonds, le Covid Solidarity Fund. Une ONG a reçu Rs 6 M de ce fonds, outre les dizaines de millions du NSIF. M-Kids a aussi fait une demande auprès de ce fonds depuis le premier confinement, mais on n’a rien reçu. On ne sait même pas où en est notre demande. » L’imam Arshad Joomun, de M-Kids, fait pour sa part valoir : « Alors qu’on demandait aux gens de rester chez eux, les employés de M-Kids, tout en observant les gestes barrières, ont risqué leur vie pour aller en aide aux familles nécessiteuses depuis le premier confinement. »

Il se demande donc sur quels critères se font les décaissements pour le NSIF et le Covid Solidarity Fund. Il se dit également inquiet des répercussions de ces décaissements. « Dans un pays multiculturel, cela peut fragiliser la société et les relations interculturelles. Ce qu’il faut savoir, c’est qui sont les ONG qui ont eu plus de Rs 3 M et plus de Rs 1 M. Mais aussi comment le fonds a été réparti selon les quatre grandes communautés existantes, car dans toutes les communautés, il y a des gens vulnérables et des ONG valables qui travaillent vraiment. Et comment ces Rs 238,9 M ont-elles été réparties entre les différentes communautés. »

Il rappelle que le NSIF a catégorisé deux types d’ONG, soit les “Service Providers”, « des ONG considérées comme tellement essentielles qu’elles n’ont pas besoin de soumettre de projets chaque année », et les ONG qui, elles, doivent soumettre chaque année leurs projets. « Qui prend cette décision pour catégoriser certaines ONG comme “Service Providers” ? Et si une ONG se sent lésée, quel est le mécanisme d’appel qui existe ? » M-Kids dit avoir soumis trois projets l’an dernier, dont un pour Rodrigues. « On n’a rien eu pour nos bénéficiaires de Rodrigues. Pour un projet de Rs 3 M, nous avons reçu Rs 1 M en 2018-2019. » L’ONG demande pourquoi le NSIF ne publie pas la liste des ONG catégorisées comme “Service Providers”.

Le Mauricien a essayé en vain d’avoir des réponses du NSIF concernant les critères d’allocation des contributions aux ONG.