Le corps de la vi

Des 14 morts en quarantaine, dont 11 positifs à la Covid-19 que compte le pays depuis la résurgence de la pandémie le 5 mars dernier, 9 étaient des patients dialysés. S’il s’agissait de patients vulnérables, pour leurs proches, affligés par la douleur, c’est l’incompréhension. Surtout que ces patients sous dialyse étaient en forme normale lorsqu’ils ont quitté leur domicile le 26 mars. Consternés par ces événements tragiques qui frappent leurs familles, les proches de certains de ces patients dialysés décédés, alors qu’ils étaient sous la responsabilité de la Santé, laissent éclater leur colère et réclament justice au nom de leurs parents morts pour avoir contracté le virus dans un hôpital où ils étaient venus pour se soigner !

Utam Beesoo, 54 ans « Li pas ti pe rode aller », raconte son épouse

Darmamand Beesoo, surnommé Utam, était en traitement de dialyse depuis trois ans. Cet habitant de Baie-du-Cap, quoique vivant avec une urée, est décrit par son épouse Vimi comme quelqu’un qui était en pleine forme. C’est seulement lorsqu’il effectuait sa dialyse qu’il était un peu abattu et avait besoin de repos. Autrement, il était indépendant, sauf pour sa nourriture pour laquelle nous l’assistions, dit-elle.

C’est tout récemment que Utam Beesoo a démarré ses séances de dialyse à l’hôpital de Souillac trois fois par semaine. Toujours en journée. «Il a déjà effectué une dialyse le soir, mais s’est retrouvé trop malade. Vraiment trop malade. Jamais plus il n’a voulu la refaire le soir», raconte Vimi. Mais même si elles sont contraignantes, ses séances de dialyse trop fois par semaine se déroulaient bien. «Mo mari ti indépendant. Des fois kan li sorti fer dialyse, li inper abat. Mais sa li normal. Li reposer, après li manger, après li fini bien li ale dans jardin ou soit li ale fer so la marche», raconte la veuve inconsolable depuis la perte de son mari. Une perte à laquelle elle n’était pas préparée, dit-elle, «li ti bien linn ale en quarantaine. Pas conner kinn arriver».

Douloureusement, elle revient sur cet épisode. Comme d’habitude, le jeudi 25 mars dernier, en dépit du confinement, Utam Beesoo, récupéré à son domicile par un van du ministère de la Santé, est parti faire sa dialyse. «Linn retourner dans l’après-midi, tout tinn passe bien», dit Vimi Beesoo. Mais le lendemain, un appel téléphonique aux alentours de 11h30 prévient la famille que le quinquagénaire doit se rendre en quarantaine à l’hôtel Tamassa, une infirmière de l’unité de dialyse de Souillac avec qui sans doute les patients ont pu être en contact la veille, ayant été testée positive à la Covid. «Nous gagn enn choc. Li pa ti pe rode aller. Li pa content rest li tou sel», dit son épouse. Comme cette quarantaine était obligatoire, Utam a fini par consentir d’y aller. Mais de là-bas «li ti pe plaigner tous les jours». Non seulement à cause de la nourriture, mais aussi parce qu’il ne retrouvait pas ses repères quotidiens, comme ses séries télés, ses matches de foot, ses prières en ligne pour l’apaiser… A l’hôtel Tamassa, il n’y avait aucun accès à internet. «Chaque jour, on lui parlait deux à trois fois et on l’encourageait. Nou ti pe dir li tini tini, mais li ti démoralisé. Li ti pe dir li couma dan enn prison», explique Vimi Beesoo. Le mardi 6 avril dernier, lorsque sa femme l’appelle, Utam Beesoo se sentait faible et ne voulait rien manger. «Même s’il n’avait pas le moral, surtout que la veille il avait perdu un de ses amis hémodialysés de l’hôpital de Souillac, je pensais qu’il était entre de bonnes mains et qu’on s’occupait de lui», dit-elle. Dans la soirée, ses tentatives pour avoir son mari au téléphone ont été vaines. Pensant qu’il était endormi en raison de la session de dialyse qu’il avait effectuée le soir, elle n’insiste pas.

« Dernier fois monn trouv li li ti pe rent dans van »

Vers 10h30 le mercredi 7 avril, alors que Vimi s’affaire dans la maison, elle reçoit un message de son employeur qui lui parle du décès de son mari. Abasourdie, elle répond en même temps à un appel téléphonique, au bout du fil «enn missié sanitaire ki pe dir moi bizin vine fer formalité». Et presque dans le même temps, un de ses voisins est venu chez elle pour lui présenter ses condoléances. «Enn sel cout monn trouve tout noir. Mo pa ti pe comprend ki formalité. Lerla missié la dir moi mo mari inn décédé. Coum sa ki monn conner Utam inn mort. Zot inn retrouv li dormi dans so la chambre», raconte la veuve. Inconsolable, Vimi Beesoo fait appel à son beau-frère pour poursuivre les démarches. La mort de son époux est un véritable choc pour elle. «Dernier fois monn trouve li li ti pe rent dans van», relate-t-elle.

Ce mercredi fatidique, il ne restait que deux jours à Utam Beesoo à passer en quarantaine avant de pouvoir enfin rentrer chez lui. Mais le destin en a décidé autrement. Ce qui afflige davantage la famille, c’est que «personne pann reci trouve so figir (ndlr : le visage d’Utam Beesoo)». Il n’y avait pour l’enterrement du quinquagénaire qu’un prêtre, deux policiers, sa fille et elle-même, raconte son épouse. Son fils, un steward, étant de service à Paris ce jour-là, n’a pu assister aux funérailles d’Utam Beesoo. Il est rentré le lendemain. Désemparée, la famille parle de négligence médicale. «Mo conner li ti ena l’urée et li pa ti pou viv trop lontan. Mais li ti envi viv ek li ti pe viv bien. Zot inn pran li, inn touy li labas. Mo mari ti bien li. Li pa ti mérite sa», dit Vimi Beesoo.

Suren Surwon, 64 ans « Nou pann reci trouv figir mo papa », dit Rajiv, son fils
Malgré ses séances de dialyses trois fois par semaine à l’hôpital, Suren Surwon, 64 ans, vivait une vie presque «normale». Cet habitant de Tyack, qui n’a pas été testé positif à la Covid selon les autorités, est cependant décédé alors qu’il était en quarantaine à l’hôtel Tamassa. Pour son fils Rajiv, c’est l’incompréhension. Ce décès subit est difficile à accepter, même s’il sait que son père était souffrant. «Mais li ti pe viv normalement. Li ti contan marser, fer so bann ti activité,, okip so zardin, etc», raconte-t-il.

« Pa conner ki sannla pe pran dans nou semin »

Suren Surwon a lui aussi été embarqué le vendredi 26 mars pour aller en quarantaine. Ce jour-là, Rajiv était dans la cour en train de jardiner. En voyant arriver le véhicule du gouvernement dans sa rue pour récupérer un patient, il dit à son ami qui jardinait avec lui: «Pa conner ki sannla pe pran dans nou semin.» Il ne savait pas que c’était son père, dit-il. Et c’est de loin qu’il a vu son père entrer dans le van. «De loin monn trouve mo papa pe monte dans van, lerla monn dégazer monn alle demane mo mama. Li pe explique moi, sanitaire inn téléphoner, inn dir li bizin ale dans quarantaine», dit-il. C’était vers 17h. La dernière fois qu’il a vu son père, c’était un peu plus tard dans la soirée, lorsqu’il a été déposé des médicaments que Suren Surwon avait oubliés à la maison. «Mais ti ena strict contrôle lor laporte l’hôpital. Monn zis kapav donne mo papa so médicaments par laporte d’entrée meme», dit-il. Le samedi, lorsqu’il appelle son père, ce dernier lui confie que son test PCR est négatif. «Nou pa ti pe penser pou arrive sa, mais lundi, monn gagn enn call, enn missié dir moi kan zot inn ale guetter, mo papa ti fini décédé dans so lasam», explique Rajiv Surwon.

C’est l’incompréhension pour la famille qui accepte néanmoins cette fatalité. Le plus dur, dit le fils, «c’est ki nou pann reci trouv figir mo papa enn dernier fois». Les funérailles, protocole sanitaire oblige, se sont déroulées à huis clos avec dix personnes. «Pann reci donne li enn l’enterrement digne de so nom», pleure Rajiv.

Dookoomanee Sab, 68 ans « Pas laisse bann la amene moi, mo sir mo pa pou revini »

Le regard de sa mère embarquant pour la quarantaine ce fameux vendredi 26 mars et ses paroles hantent l’esprit de Valérie Sab qui se culpabilise. «Mo pa ti bizin laisse mo mama aller. Guetter kinn arriver», dit la jeune fille, ne pouvant contenir ses larmes. Comme les autres familles des patients dialysés décédés, la famille Sab a du mal à accepter la disparition brutale de Dookoomanee Sab, alors qu’elle était allée à l’hôpital pour son traitement. «Ma maman était peut-être sous dialyse, mais elle avait une petite vie tranquille et elle se débrouillait. Elle ne méritait pas de nous quitter comme ça. Surtout pas dans de telles circonstances», dit la fille.

Affligée et amère à la fois, elle revient sur les événements qui ont bouleversé la famille Sab. Valérie était au travail lorsque son frère l’a informée, le vendredi 26 mars, que sa mère devait se rendre en quarantaine. Immédiatement elle est rentrée, et malgré sa réticence à y aller, Dookoomanee avait déjà fait ses bagages et attendait qu’on passe la prendre à son domicile à Chemin-Grenier. Si depuis 11h30 ce vendredi Dookoomanee avait été prévenue, ce n’est qu’aux alentours de 21h30 qu’un van de la Santé est passé la récupérer. «Mami était déjà fatiguée. Et elle ne voulait pas y allait. Linn dir moi pas laisse bann la amene moi, mo sir mo pa pou revini…» se remémore douloureusement Valérie Sab qui s’en veut d’avoir encourager sa mère à se rendre en quarantaine. Surtout que les infirmiers ont refusé qu’elle accompagne sa mère à l’hôtel pour la quarantaine. «Je lui ai dit qu’il fallait suivre le protocole et que là-bas elle serait bien traitée. Monn penser li ti pou gagn tou so soins labas», dit-elle.

Un choc pour 
ma maman

Dès le premier jour, ils ont dû beaucoup attendre, explique la fille de Dookoomanee Sab. A une heure du matin, tous les patients dialysés qui avaient été transportés dans un autobus qu’ils avaient attendu à Souillac, étaient encore en train d’attendre devant les portes de l’hôtel Tamassa. Le lendemain, à 9h30, lorsqu’elle appelle sa mère, Valérie apprend que le petit déjeuner n’avait pas encore été servi. Malgré les démarches de ses proches, à 17h, Dookoomanee, qui avait pourtant sa séance de dialyse programmée ce samedi, n’avait toujours pas reçu son déjeuner. Finalement ce jour-là, elle n’effectuera pas de dialyse, mais uniquement un test PCR. Test dont les résultats s’avéreront positifs à la Covid-19. «C’était un choc pour ma maman, et nous également. Mais comme ma maman était asymptomatique, on ne s’est pas inquiétés outre mesure», dit Valérie Sab. Toute la famille est aussi contrainte d’entrer en quarantaine. Cependant pas dans le même hôtel. Les proches de Dookoomanee, dont le mari et le fils ont par la suite étaient testés positifs, eux, étaient logés à l’hôtel Ambre.

Si dans un premier temps, il est envisagé de transférer Dookoomanee Sab à l’hôpital ENT, la patiente est finalement transportée à l’hôpital de Souillac. Mais elle n’aura toujours pas fait de dialyse. Le lundi 5 avril, lorsqu’elle appelle sa mère, Valérie comprend qu’elle est occupée avec une infirmière qui l’aide à prendre sa douche. «Monn tann li dir moi : Mama, mama… C’est tout.» C’était les dernières paroles de sa mère qu’elle entendait. Mais Valérie Sab ne savait rien encore. Ses appels à sa mère sont sans réponse. Lorsqu’elle appelle l’isolation ward de Souillac, les rares fois que quelqu’un décroche c’est pour lui dire «li korek». Inquiète pour l’état de santé de sa mère, Valérie réussit à entrer en contact avec une voisine de Dookoomanee Sab, elle aussi diabétique et admise à Souillac. «A travers sa patiente la ki mo conner ki manière mo mama. Et elle m’a annoncé le jeudi 8 avril que ma mère n’était plus en isolation ward, mais à ses côtés dans la salle commune», relate la jeune femme. Ce qui l’a rassure quelque part, surtout qu’elle peut quotidiennement avoir des nouvelles de sa mère sans entendre seulement «li korek».

Cependant, lorsque le dimanche 11 avril, elle appelle la voisine admise à l’hôpital Souillac, Valérie tombe des nues. «Madam la dir moi li ti ale toilette letan li retourner mo mama pa ti dans so place ek bann la ti pe range so lili», dit-elle. Immédiatement, la jeune femme appelle et apprend d’un infirmier que «ou mama ti p touffer, inn bizin amene li dans ICU».

Le fameux coup de téléphone

Ce n’est qu’à ce seizième jour que les autorités demanderont à Valérie Sab un numéro de contact et le nom d’une personne proche de la famille et qui n’était pas en quarantaine, pour la tenir au courant de l’évolution de santé de Dookamanee Sab. Un jour plus tard, on apprendra à la famille que Dookoomanee a fait une attaque et qu’il lui faudrait faire un scan du cerveau. Quelques heures plus tard, le fameux coup de téléphone sera passé aux proches et un préposé des sanitaires leur apprendra que la sexagénaire s’en était allée.
«J’étais seule en quarantaine à l’hôtel quand j’ai appris cette nouvelle. Mon père et mon frère, ayant eux aussi étaient testés positifs,étaient à l’hôpital. Pas ti facile», raconte Valérie, d’autant qu’il est exclu que les proches puissent assister à l’enterrement de Dookoomanee. «Meme pas enn cerceuil zot inn laisse nou aster. Nou pann meme trouve so figir. C’est inacceptable enterre enn humain coum sa», déplore la jeune femme qui arrive difficilement avec ses proches à faire le deuil. «Li difficile parski nou bizin enn réponse pou apaise nou douleur. Li pas facile accepter ki ou ale fer traitement, ou ale rode ou soin lopital ek ou pa retourn kot ou. C’est ou kadav ki rester», dit-elle. Dans sa douleur, et surtout révoltée, elle crie à l’injustice. «Si zot (les décideurs) fami ti bann dialysés, eski ti pou laisse zot mort couma lisien?», se demande-t-elle.

Habib Unjore, 73 ans
« Mo papa ti pe senti li coma dan enn prison » raconte sa fille Nausheen
Pendant les six dernières années que Habib Unjore, 73 ans, effectuait ses dialyses à l’hôpital de Souillac, il n’a eu aucun souci. Faut dire que l’habitant de Souillac, un fervent militant connu pour son engagement politique et en faveur des défavorisés, était indépendant. C’est d’ailleurs seul, en conduisant sa voiture, qu’il se rendait à ses séances de dialyses. Sa petite vie, avec sa femme, était bien réglée. Il aimait aller au bord de la mer, faire de la marche et était très actif. Toutefois, par précaution, sa femme ne le laissait jamais longtemps seul. «On ne sait jamais ce qui peut arriver avec un diabétique. Surtout la nuit. Ma mère veillait sur lui et il avait ses habitudes alimentaires», explique sa fille Nausheen. C’est d’ailleurs par rapport à ses repas que sa famille s’est inquiétée lorsqu’il a fallu qu’il aille en quarantaine. C’était le jour de son anniversaire, le 26 mars. Au lieu de dîner avec son épouse, Habib Unjore s’était embarqué dans le van du ministère de la Santé, direction l’hôtel Tamassa. «Li pa ti pe rode aller. Linn téléphoner pou dir li pou fer quarantaine dans la maison même, mais zot inn dir li si ou pa rode fini, smf ki pou vinn cherche ou», dit sa fille.

C’est empreint d’une grande tristesse que Habib Unjore quitte ainsi son domicile ce vendredi après-midi. «Li ti pe pleurer. Couma dir li ti pe conner li pa pou retourner», dit Nausheen Unjore-Keenoo. Son père est parti vers 20h ce soir-là. Et dans le véhicule, outre les autres personnes, les bagages étaient pêle-mêle, se souvient sa fille. A 23h, les patients étaient toujours à attendre devant le portail de l’hôtel Tamassa. Après une première nuit passée en quarantaine, la famille de Habib Unjore est soulagée d’apprendre que les résultats du premier test PCR effectué sont négatifs. Mais le sexagénaire est toujours démoralisé. «Nou ti pe tender dans so la voix ki li ti pe per. Li ti pe explique nous ki dans van ki zot ale fer dialyse, pena distanciation sociale. Ale dans enn van le matin, retourn dans enn lot. Li ti pe trouver ena risk», relate Nausheen. L’angoisse de son père était perceptible et grandissante au fil des jours. «Il était désemparé. Li ti pe senti li couma dan enn prison. Même qu’on lui avait donné une serpillière pour qu’il fasse lui-même le ménage de sa chambre. Li pa ti pe conner couma passe mop. Ki bizin fer. Li pe téléphone nou pou demander», raconte sa fille.

Habib Unjore apprend que son deuxième test PCR est positif et on lui demande de prendre ses effets pour aller à l’hôpital. Pour ses proches, la peur s’installe. Surtout que depuis le premier confinement, l’hôpital ENT où devait être admis Habib Unjore est synonyme pour beaucoup de nid à risques. «Finalement mon père a été transféré à l’hôpital de Souillac. Toutefois, il n’a pas été placé dans l’isolation Ward. Il était en salle commune», dit sa fille. Si le premier jour à l’hôpital se passe plutôt bien, le lendemain, mardi, la famille note que la tristesse de Habib Unjore s’est accentuée. «Monn demande li plusieurs fois si li ena douleurs, li dire non. Monn demande li si li ena troubles respiratoires, li dire non. So la voix ti clair, à part so la tristesse», souligne Nausheen. Ce mercredi, toutefois, son père ne mangera pas. Jeudi, toute la journée il a téléphoné à ses proches. «Il était un peu hagard, mais so la voix ti bon», affirme sa fille.

« Mo pa ti pe réalise 
so détresse»

Puis la famille apprend que Habib Unjore doit effectuer un MRI pour voir l’état de ses poumons. Il a été transporté à l’hôpital ENT puis conduit, plus tard, à Souillac. A 19h30, c’est en larmes qu’il appelle Nausheen. «J’ai essayé de le rassurer, mais il a raccroché. Mo pa ti pe réalise so détresse», dit-elle. Vers 22h45, Habib Unjore appelle cette fois sa femme. Mais personne dans la famille ne sait exactement à cet instant où il était, à ENT ou à Souillac. Il dira simplement à sa femme: «Pa gagn tracas fini fer scan.» Sa famille pense prendre de ses nouvelles, plus posément le lendemain matin. Mais vers 00h45, un coup de fil de l’hôpital de Souillac lui apprendra que Habib Unjore est devenu le sixième dialysé à mourir en une dizaine de jours. «Pas ti pe attan sa nouvelle la parski kan linn coz are nou dans la journée, li ti bien», dit Nausheen.

Si ce coup du destin est accepté par la famille «parski travay Bon Dieu sa», elle déplore les circonstances dans lesquelles le sexagénaire est décédé. Et aussi et surtout, l’enterrement à huis clos qu’a eu Habib Unjore. Et face à la situation, sa famille a de nombreuses interrogations sur le décès du militant. «Nou ena enn grand regret parski nou pann trouv li enn dernier fois», dit Nausheen confiant qu’elle a tenté d’aller voir son père avant qu’il ne soit transporté au cimetière Bigara, «mais zis vann monn apercevoir au loin pe aller».