• 300 mètres de “sea-booms” avaient été retirés à l’avant du vraquier MV Wakashio mardi
  • Une forte odeur de fioul s’est répandue jusqu’à Mare-La-Chaux

La situation est inquiétante, tant dans le lagon, où est drossé le Wakashio, qu’à terre après la fuite d’huile émanant d’un compartiment du vraquier. Pourtant, environ 300 des 435 mètres de “sea-booms” placés à l’avant du bateau avaient été retirés mardi par Polyeco SA, le bras environnemental de SMIT Salvage.

Les Salvors redoutaient que les équipements aient été endommagés par le mauvais temps et l’état de la mer.

Entre-temps, le communiqué du ministère de l’Environnement, hier, demandant aux plaisanciers de retirer leurs embarcations en mer, a semé la frustration dans la région. « De semenn inn pase, zot pa ankor tir mazout dan bato-la. Sa deversman-la ti kapav evite. Nounn tir la sonet dalarm depi lontan, bann otorite ti pe dir bizin atan salvor fer so plan travay ! » lancent les plaisanciers, réunis à Pointe-Jérôme jeudi après-midi pour mettre à terre leurs pirogues.

Ces derniers sont encore plus révoltés en notant l’apparition de poissons morts sur la plage, alors qu’une écume blanche flotte dans le lagon. « Se bann koray mor ki pe remont a la sirfas. Se enn katastrof ! » lance un pêcheur.

Un autre renchérit : « Mo lapes dan sa zone-la depi dizan. Nou dan enn sitiasion pa pou kapav lapes pandan sinkan. Delwil-la inn gat lamer ek koray partou. Gouvernema bizin gete ki pou kapav fer pou bann peser. Nou ena fami ek zanfan pou nouri ! »

Un Ecological Survey sera par ailleurs effectué par l’Albion Fisheries Research Centre pour établir les dégâts causés aux coraux. Plusieurs personnes se sont rendues à Pointe-d’Esny hier pour un constat de visu l’opération qui se déroule sur les récifs. Une forte odeur de mazout se dégageait sur place, la police demandant aux personnes présentes d’éviter de s’approcher de la plage ou d’entrer en contact avec l’eau de mer, soit littéralement interdiction d’accès à la plage.

« Depi gramatin (jeudi, Ndlr), nou pe respir sa loder mazout-la », lance à se propos Percy Murday, qui réside à Cité La Chaux. Ce quadragénaire dit être incommodé par cette odeur depuis son lieu de résidence, qui se situe pourtant à quelques kilomètres de Pointe-d’Esny. « Mo ena sink zanfan. Nou pena lezot plas pou ale. Nou blize respir sa loder-la. Nou pe bizin ferm lafenet dan lakaz. »

Ce dernier redoute que la situation ne se corse davantage dans les prochaines heures. Il dit être en consultation avec ses voisins et n’écarte pas une action légale contre les autorités pour le préjudice subi.

Par ailleurs, une certaine confusion régnait non loin du bureau de la National Coast Guard (NCG) de Blue-Bay et de l’Incident Command Post de Pointe-d’Esny, où des éléments de la Special Mobile Force (SMF) prenaient possession des équipements antipollution, dont des “sea-booms”, pour les placer dans les environs de l’Île aux Aigrettes et du parc marin de Blue-Bay.

Si certaines personnes avancent que la SMF aurait dû avoir installé ces équipements « depuis longtemps » pour éviter que du fioul se répande en mer, un haut gradé n’est pas du tout de cet avis. « Ce n’est pas la SMF qui décide de l’installation de ces équipements. Nous suivons les directives des “salvors”. Nous ne pouvons être tenus pour responsables », répond-il.

D’ailleurs, aucun “salvor” n’était en communication jeudi matin avec la NCG et la SMF pour les guider dans cet exercice. « Nou pe al plas sa lil o zegret », se contente-t-on. À noter que les officiers étaient aidés par les plongeurs d’Immersub, qui n’ont pas hésité à se jeter dans l’eau goudronnée pour placer les équipements. C’est avec leur combinaison et leurs masques remplis d’une substance noirâtre qu’ils sont remontés à la surface.

Encore une fois, la journée de vendredi risque d’être très longue pour eux avec des appréhensions grandissantes pour la population et surtout les habitants du Sud-Est.