Face à la polémique qui enfle en ce qu’il s’agit de l’usage du Covaxin, et avec la confusion suscitée, et les informations et fake news qui circulent à tour de bras, l’ancien directeur de la Santé, le Dr Vasantrao Gujadhur, suggère que « le GM fasse preuve de bonne foi en retirant le Consent Form pour ceux qui vont se faire administrer le Covaxin. On n’a pas le choix ; on n’a pas, pour le moment, d’autre vaccin ! En annulant ce ‘consent form’, le GM fait un pas envers le peuple, et je pense, sincèrement, que les Mauriciens ne resteront pas insensibles à ce geste ! »

Le Dr Gujadhur ajoute : « Là, à ce jour, les Mauriciens ont perdu le capital de confiance qu’ils avaient dans le gouvernement. Et le fait que le vaccin Covaxin n’ait pas encore été homologué par l’OMS – qui est l’instance suprême en matière de santé publique –, cela ne vient nullement arranger les choses ! » Or, soutient le médecin de carrière, « pour l’heure, on ne peut pas affirmer que le vaccin Covaxin n’est pas bon, et que celui d’AstraZeneca est meilleur. La difference fondamentale entre les deux, c’est le fait que celui d’AstraZeneca a reçu le sceau de l’OMS, tandis que le Covaxin ne l’a pas eu… » Il continue : « C’est peut-être une affaire de semaines ou de jours, mais nous n’en savons rien, ici, où nous sommes. Et dans le même souffle, nous ne pouvons perdre du temps, il faut que le GM réagisse rapidement, efficacement, et bien ! »

Il fait comprendre qu’il n’y a pas quatre solutions : « Nous ne pouvons nous permettre de suspendre notre campagne de vaccination du peuple, sous peine de perdre du temps et ainsi, ne pas atteindre le taux recommandé d’immunité collective: cela pourrait avoir des répercussions dramatiques ! Avec la situation actuelle, il est impératif d’accélérer la campagne et vacciner le plus grand nombre de Mauriciens. » D’où, soutient le Dr Vasantrao Gujadhur, « l’importance du gouvernement de réagir de manière intelligente ! Nous n’avons pas de visibilité sur les autres vaccins qui sont réalisés et commercialisés. Nous devons avancer, certes, mais le gouvernement doit réaliser que dans le cas du Covaxin, comme il n’a pas été homologué par l’OMS, cela jette légitimement un doute dans la tête des gens ! »

Et en cette période de confinement, continue le docteur, « il y a un amas de ‘fake news’ et de pseudo-médecins et experts en sciences qui circulent des rumeurs, ce qui n’arrange rien ! »

Aussi, suggère-t-il, « que le gouvernement fasse un pas en avant, en annulant le ‘consent form’ pour ce qui est de la Covaxin, puisque c’est un vaccin qui n’a pas encore décroché sa licence de l’OMS, et les Mauriciens verront le geste positif du GM en ce sens. Ils n’auront pas cette appréhension, cette récalcitrance à aller se faire vacciner. Ils se diront : ok, donc l’État prend sa part de responsabilité, à moi de réagir comme un patriote, un citoyen responsable ! » Pour le Dr Gujadhur : « Nous sommes en position de demandeurs. Nou bann bheek mangta (quémandeurs, mendiants…) la ! Nou pa kapav fer lipoupoul… Maurice ne fabrique pas de vaccins. » Il continue : « Nous avons eu une cargaison de AstraZeneca. Mais, à ce jour, on ne sait pas si on en aura d’autres. Donc, nous devons faire avec ceux qui restent : c’est-à-dire Covaxin, Sinopharm, Spoutnik, et d’autres encore qui sont élaborés et testés, mais qui n’ont pas encore été avalisés par l’OMS.” Notre interlocuteur rappelle que « il ne faut pas oublier aussi que c’est un processus qui prend son temps ; plusieurs pays tentent, en même temps d’élaborer leur vaccin et de décrocher leur licence. Et derrière, il y a toute la question de lobbies… »

Il termine par un parallèle : « Si je vais acheter une télé chez le représentant d’une marque, il va me dire cette marque est la meilleure ! Je marche quelques pas et je vais chez l’autre, le vendeur me proposera, à son tour, une autre marque… Le vaccin est une question de santé : nous, le peuple avons besoin d’une garantie. Et ce n’est que le gouvernement qui peut rétablir ce capital de confiance. »

De même, remarque l’ancien directeur des services de la Santé, « depuis l’an dernier, le gouvernement aurait dû avoir mis en place un Strategic Plan pour ce qui est du vaccin : combien de gens à vacciner pour atteindre l’immunité collective, avec quels partenaires via des liens diplomatiques et autres, parvenir à avoir des dons ou acheter des doses de vaccins. Tout cela, il fallait savoir anticiper. Gouverner, c’est prévoir, dit-on, n’est-ce pas ? »