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– Du LSD et de l’argent dans un collège huppé des Plaines Wilhems : « Le trafic a changé ! Désormais, ce sont les élèves eux-mêmes qui s’en occupent… »

Dénominateur commun dans les meurtres du petit Ayaan Ramdoo, deux ans, et de la WPC Dimple Raghoo, cette semaine : la drogue. Ashar Sobratee, 23 ans prochainement, a un passé de toxicomane. Des cinq jeunes, âgés entre 19 et 29 ans, qui sont impliqués dans le meurtre de sang-froid de la Woman Police Constable Dimple (Vanessa) Raghoo, plusieurs ont des parcours, pour ne pas dire des antécédents de toxicomanes.

Il y a quelques semaines, indiquent des travailleurs sociaux qui préfèrent garder l’anonymat, « nous avons été sollicités pour animer des sessions de travail dans des établissements secondaires très huppés des Plaines Wilhems ». Ils ajoutent : « La raison ? De fortes sommes d’argent et du LSD ont été trouvés sur des élèves du collège… Mais ce n’est pas une chose nouvelle : cela fait plusieurs années déjà que le trafic a changé.

Jusqu’à présent, par exemple, pour ce qui est des ados, on avait un schéma classique : un ou deux Ring Leaders, qui agissaient comme Boss, collectaient l’argent des étudiants consommateurs, prenaient la charge de se rendre chez le dealer, et approvisionnaient, à leur retour, ceux qui avaient payé. Maintenant, la vente se fait carrément dans l’enceinte des établissements scolaires ! Et par plusieurs jeunes, des petits réseaux se sont installés parmi divers groupes et c’est ainsi qu’on se retrouve avec des étudiants, dont les portefeuilles contenaient des sommes d’argent très importantes ! »

Danny Philippe, activiste très engagé, et Imran Dhanoo, directeur du Centre Idrice Goomany (CIG) de Plaine-Verte, rappellent, pour leur part, que « depuis 2013, nous tirons la sonnette d’alarme, surtout sur la montée des drogues synthétiques. C’est dommage qu’il ait fallu des pertes de vies innocentes pour amener le déclic sur la question, tant au niveau des autorités que de la société ».

Danny Philippe fait remarquer que « la tendance, depuis plusieurs années, est marquante auprès des jeunes, des ados surtout. Ce qui motive surtout ces jeunes, garçons comme filles, il faut le souligner, c’est l’appât du gain rapide et facile ». Il poursuit : « Se faire beaucoup d’argent et vite : c’est devenu la motivation de beaucoup de jeunes se laissent happer par le business… »

Imran Dhanoo abonde dans le même sens : « Et ce qui va de pair, c’est la quête des plaisirs. Il n’y a pas que les sensations sexuelles, comme à une époque, provoquée par la prise de Brown Sugar, mais également les poussées d’adrénaline, l’énergie débordante… Les agressions de l’environnement immédiat de ces jeunes, via les médias comme les films ou des clips mettant en scène des Bad Boys comme héros, tout cela joue beaucoup sur leur comportement. » Ces deux travailleurs sociaux font remarquer que « le contexte que nous connaissons, il y a quelques années, « a complètement changé ».

Danny Philippe et Imran Dhannoo relèvent qu’« il n’y a pas que le fait que des établissements scolaires huppés soient touchés ». Les quartiers huppés, disent-ils, le sont tout autant ! Le directeur du CIG explique que « cela fait quelques années déjà, que j’évoque la question avec les forces vives des quartiers du Ward 4 de Port-Louis, par exemple ». Et dans le meurtre de la constable Raghoo, on voit qu’il y a plusieurs liens avec le Ward 4… « Cela confirme mes craintes, hélas ! » Danny Philippe élabore : « Aujourd’hui, ce qui motive ces jeunes à entrer dans le business de la drogue, c’est le fait de s’enrichir rapidement et de mener la belle vie. Je m’explique : si une personne possède, par exemple, une voiture de seconde main ou un 2×4, elle se dit qu’elle veut rouler en BMW ou Mercedes, ou autre grosse cylindrée, et décide de s’en donner les moyens, non en faisant un emprunt ou en économisant, mais en ayant de bons contacts dans le milieu ! Cette personne rejoint le réseau, se fait du cash rapidement et réalise ses ambitions… »

Le travailleur social ajoute que « c’est un Pattern qui se répète aussi auprès de nombre de jeunes femmes ». Il ajoute : « Et ce qui est aussi marquant, c’est que nous n’avons plus ici affaire aux jeunes venant de quartiers défavorisés, mais bien de quartiers chics ! » Et, renchérit Imran Dhanoo, « des jeunes de bonne famille, qui sont censés avoir accès à une éducation de qualité et un environnement similaire. Donc, qui n’ont pas nécessairement le profil type des dealers de drogue ! » Danny Philippe rappelle : « Depuis plusieurs années, déjà, nous avons dit que les nouveaux dealers sont des personnes insoupçonnables ! Ce ne sont pas que les petits jeunes des ghettos, mais également des jeunes, avides de grimper rapidement les échelons de la société, qui sont impliqués. »

Les deux vieux routiers du circuit de réhabilitation concluent en faisant remarquer : « Il faut impérativement des études sur tous ces changements, sinon, on sera toujours en retard… Les caïds et barons conservent toujours une forte avance sur la société civile et les autorités. »

Meurtre de Dimple Raghoo : toxicomanes et trafiquants !

Élément frappant dans l’arrestation des suspects impliqués dans le meurtre de la WPC Dimple Raghoo, plusieurs d’entre eux sont soit des toxicomanes actifs, soit suspectés d’être concernés de près par la fabrication des drogues de synthèse. Ainsi, celui qui a avoué avoir été au volant de la Honda blanche HH 45, Wazir Ally Meerkhan, heurtant mortellement la WPC et la traînant sur une distance de 50 mètres, a un parcours de toxicomane avéré.
« Cet enfant de la banlieue de la capitale a eu ses premiers contacts avec les drogues dès ses 11 ans », indiquent des membres de son entourage direct. « De fumeur de cannabis à cet âge, il passe au Subutex, deux ans plus tard. Puis, trois ans après, à 16 ans, il était déjà accro au Brown Sugar… »

Jordan Venpin, 19 ans, le benjamin des cinq suspects arrêtés, est un enfant issu d’une famille à problème. « Ses parents se sont séparés alors qu’il avait seulement quatre ans », explique un proche de ce jeune homme. « Et pendant de longues années, il a été ballotté entre sa mère, habitant Cassis, et son père, résidant dans les faubourgs de la capitale. Chacun se battant pour avoir sa garde, Jordan a longtemps porté les séquelles de ce traumatisme. Puis, par la suite, quand le papa s’est remarié et que la maman a refait sa vie avec un autre homme, il a encore été éprouvé par ces changements. »

Rappelons que des produits et des équipements, que les autorités soupçonnent être utilisés à des fins de fabrication de drogues synthétiques, ont été retrouvés dans un appartement loué par ce suspect. Ce qui a amené les autorités à évoquer que Jordan Venpin opère un laboratoire chimique…
Hashim Hyderkhan, quant à lui, a comme grand-père paternel l’ex-commissaire de police adjoint Ahmadkhan Hyderkhan. Le jeune homme, qui travaillerait à son compte aurait, cependant, « quelques soucis émanant de sa consommation de drogues synthétiques », reconnaît son entourage. Toutefois, l’attirail du parfait trafiquant, avec des équipements saisis lors de la perquisition de l’ADSU à son domicile dans la soirée de mardi indiquent que le trafic de drogue n’aurait pas de secrets pour lui…

Conscientisation à la mosquée
Shan-E-Islam ce soir

« De mes sollicitations aux personnes vivant dans le Ward 4 à l’effet que les drogues synthétiques représentent un danger grandissant dans cette région », explique Imran Dhanoo, les responsables de la mosquée organisent un après-midi et soirée autour de la question, ce samedi 28 novembre. Ainsi, de 17h à 21h, les personnes de la localité sont invitées à venir assister à des causeries et des interventions sur la question. Ce sera un espace de dialogue ouvert.