• La Plateforme citoyenne présente ses résolutions

Une solution de logement immédiate et transitoire pour les familles vivant depuis plus d’un mois dans des conditions d’extrême précarité ; une approche participative et démocratique incluant les familles dans la mise en œuvre d’un programme de logement intégré et inclusif. Telles sont, entre autres, les revendications de la nouvelle plateforme citoyenne Drwa A Enn Lakaz qui, suite à une rencontre avec les familles expulsées de Pointe-aux-Sables, Malherbes et Riambel, le 28 juin, ont rédigé des résolutions dans l’intérêt de ces derniers.

La plateforme souligne que « le droit international reconnaît le droit de chacun à un niveau de vie suffisant et à un logement convenable». Il rappelle, par ailleurs, que le programme gouvernemental 2020-2024 indique que « Government will accelerate housing programmes for both low and middle income families with special focus in the needy and vulnerable ». Elle fait, d’autre part, ressortir que selon la Convention internationale relative aux Droits de l’Enfant (1990) et la Charte africaine des Droits du Bien-Être de l’Enfant (1992), il est du devoir de l’Etat d’adopter les mesures appropriées pour aider les parents et autres personnes ayant la charge de l’enfant à assurer leur droit au logement.

Selon la plateforme, les familles privées d’un logement ou en logement précaire ont indiqué être l’objet de « nombreuses discriminations », soit « des insultes résultant des préjugés associés au terme squatteurs » et « des souffrances psychologiques, physiques et sociales liées à la destruction des maisons et à la précarité de leur situation » mais aussi des « limites dans la capacité d’exercer d’autres droits comme trouver un travail et une stabilité financière car privées de maison ». Elles font part également de difficultés « pour que leurs enfants reprennent une scolarité et continuent leurs apprentissages pour être des citoyens actifs ».

Selon Drwa A Enn Lakaz, les séquelles laissées suite à la destruction des maisons ne leur permettent pas de réaliser leurs droits. « Sur le long terme, cela représente un coût économique considérable pour les familles et pour l’Etat. Notamment, à cause des répercussions sur la santé, l’éducation et l’insertion économique des personnes privées de logement. Venant elles-mêmes de familles ayant vécu dans des logements précaires, elles ont exprimé leurs inquiétudes pour l’avenir de leurs enfants. Ce cycle de pauvreté impacte de génération en génération.»

Compte tenu de cet état des choses, la plateforme propose de trouver une solution de logement immédiate et transitoire avec des services essentiels comme l’eau, l’électricité, l’évacuation des eaux usées, l’évacuation des déchets, cela en attendant que les familles aient accès à une solution durable. Elle réclame en outre une politique de logement nationale pour lutter contre l’incapacité actuelle des Mauriciens à faible revenu d’accéder à un logement décent. « Sur les 12 000 maisons annoncées, seules 1 800 ont été identifiées pour ceux ayant des revenus inférieurs à Rs 10 000. Ce nombre doit être augmenté afin de répondre à la demande et donner priorité aux familles en situation de logement précaire », soutient la plateforme qui ajoute qu’il y a dix ans, Caritas Île Maurice évaluait déjà ces familles à 10 000. Un registre doit impérativement être mis à jour. »

Elle demande, de plus, une approche participative et démocratique incluant les familles dans la mise en œuvre d’un programme de logement intégré et inclusif.

La plateforme rappelle que l’Etat mauricien peut faire appel au soutien d’ONU Habitat et à la commission économique pour l’Afrique qui a placé l’accès à un logement convenable au centre des priorités mondiales pour faire face à la crise de la COVID-19 et dans la lignée des Objectifs de développement durable.

Les membres de la plateforme demandent, en outre, que les mesures proposées en matière de logement soient adaptées au profil des familles vivant en état de précarité. Par exemple, que les dépôts prohibitifs soient enlevés. Car des personnes touchant un salaire de Rs 10 000 par mois, ayant des emplois journaliers, précaires, ne peuvent s’acquitter du dépôt de Rs 60 000 ou Rs 80 000 qui leur est réclamé par la NHDC. Par ailleurs, ils souhaitent que les critères d’éligibilités soient revus. Aujourd’hui, tous ceux qui ont contracté un prêt ne sont pas éligibles. Il faut que l’accès au logement social soit facilité, y compris lorsque les familles ont déjà contracté d’autres prêts nécessaires pour assurer les besoins primaires (frigo, cuisine) et/ou l’éducation des enfants (ordinateur). Ils demandent aussi l’amendement du cadre légal pour « interdire la sous-location et la revente des maisons de la NHDC » et qu’un « soutien psychologique et social soit assuré pour permettre aux personnes de participer à la vie économique, sociale et scolaire ».

La plateforme estime que le droit au logement doit être inscrit dans la Constitution et elle recommande un travail médiatique « pour contrer les stéréotypes, préjugés et discriminations liés à la pauvreté, à la perception de “mauvaise volonté” des personnes en situation de squatting ou de logement précaire ». Parmi les membres, figurent Cassam Uteem, Christiane Chowree, Priscilla Bignoux, Gaëtan Madeleine, Francoise Lamusse, Gérard Mongelard, Cursley Goindoorajoo, Delphine Ahnee, Kolektif Drwa Zanfan Morisien, Syam Reedha, Danny Philipe, Laurent Rivet, Mahen Thannoo.