Zone rouge, à l’intérieur d’une autre Zone rouge (Curepipe), le village de Dubreuil où dix cas de contamination à la Covid-19 ont été détectés il y a quelques jours à peine, vit cette situation difficile dans le silence… En effet, ce n’est pas uniquement les rues qui se sont tues, parce que les habitants sont cloîtrés chez eux, mais aussi parce qu’il y a des familles qui peinent à trouver de quoi subsister jusqu’à la fin du confinement…

«Regardez, j’ai ma carte bancaire. J’ai de l’argent à la banque, mais je n’ai pas de nourriture dans ma cuisine. Je ne peux même pas aller à la boutique pour acheter de quoi manger, car je n’ai pas d’argent sur moi. On est bloqués ici. On n’a pas de transport, pas de bus, et même si c’était le cas, on ne peut pas aller à Curepipe pour faire nos transactions bancaires. Il n’y a pas de banque à Dubreuil», confie un homme, visiblement affecté par l’isolement forcé de son village.

Depuis que Dubreuil a été décrété zone rouge cette semaine, le village, connu pour ses champs de thé et ses terres agricoles, est lové sur lui-même. La préoccupation pour plusieurs familles, nous disent des chefs de foyers venus à notre rencontre, est de se procurer de la nourriture. Devina, mère de famille, dit avoir été littéralement surprise par le confinement. «Comme chaque année, pour le Maha Shivaratree, je travaille à Grand-Bassin comme agent de nettoyage. J’ai été bloquée là-bas. Je suis rentrée chez mois trois jours après qu’on a déclaré le confinement. Mes enfants sont furieux après moi. Mais à mon âge, je ne m’inquiète pas trop… Ce qui me tracasse, c’est le fait que je n’ai pu faire les provisions et le peu d’argent que j’avais sur moi, je l’ai dépensé en achats à la boutique pour les repas. Aster-la mo pe bizin kwi se ki mo ena. Kan mo tipti-la rod gato, mo kas goyav mo donn li», confie Devina.
Plus loin, c’est le couple Bawoo qui confie son désarroi. Kavita Bawoo, employée de maison à Floreal, ne peut travailler depuis le confinement. Son époux, Ratnajee, n’a pas d’emploi fixe. Il est de ceux qui «travay gramatin pou kapav manze tanto». Ce couple sans enfant dit puiser dans ses réserves pour ne pas dormir le ventre vide. De son côté, Claude Labelle, 58 ans et sans travail fixe, explique qu’il n’a d’autre choix que de demander à ses voisins de quoi pour faire bouillir la marmite afin de nourrir son fils et son épouse.

Inquiétudes
L’année dernière, pendant premier confinement, on avait guère entendu la voix des plus nécessiteux du village. Inscrits sur le registre social, ils étaient éligibles à des colis alimentaires. Cette année, ils ont profité de notre présence pour lancer un appel à des organisations non gouvernementales (ONG) pour les soutenir le temps du confinement en zone rouge.

Contrairement à des régions comme Curepipe, Vacoas, Foréal, Phoenix… où les services les plus prisés par les consommateurs sont opérationnels, à Dubreuil, seuls la boutique qui se trouve au centre du village, le dispensaire et le poste de police, sont ouverts aux habitants. Les road blocks installés à Midlands et Wooton, ainsi que le barrage à l’entrée même du village, Dubreuil et sa population sont totalement isolés du reste du pays. «Dispenser ouver ziska trwa-zer. Me apre sa ler-la ki nou fer si nou bizin enn medsinn ?» se demande un habitant. L’annonce de dix cas positifs à la Covid-19 a pris de court les habitants du village. Quand on connaît la vitesse avec laquelle le virus se propage, une population qui ne compte que 2000 adultes (le nombre d’électeurs de Dubreuil), ne peut que s’inquiéter.

Les tests PCR effectués sur les habitants les rassurent, mais tant qu’ils n’auront pas les résultats, ils ne seront pas tranquilles. «Inn gagn tou sa ka-la, aster sakenn isi bizin pran zot responsabilite», dit un résident qui pense que personne ne doit faire preuve de négligence. Si les quelques habitants rencontrés dans les rues désertes du village sortent, c’est pour se rendre à la boutique trouver de l’herbe et de quoi nourrir le bétail. Tous portent le masque. A Résidence Dubreuil, où les anciens occupants de l’usine de thé ont été relogés, il n’y a personne dans les allées qui séparent les maisons sociales. En sillonnant d’autres petites rues de Dubreuil, où les maisons sont serties de végétation, l’on note qu’elles sont vides.