L’impact du vieillissement de la population se fait aujourd’hui ressentir dans le secteur de l’éducation. Avec les couples ayant moins d’enfants, désormais la population estudiantine est en baisse. C’est au niveau du secondaire que les chiffres sont plus alarmants, avec une réduction de 18 058 étudiants en cinq ans. Cette situation inquiète, d’autant que pour les collèges subventionnés par l’État, il faut respecter le critère minimum de 150 élèves.
Le dernier rapport de Statistics Mauritius, datant de septembre 2023, dénombre 98 900 collégiens à Maurice et à Rodrigues, l’année dernière, soit sous la barre des 100 000. Ce chiffre représente une baisse de 18 058 sur les cinq dernières années. Car en mars 2018, le nombre de collégiens dans les 179 établissements secondaires à l’époque s’élevait à 116 958. Cette tendance à la baisse se fait année après année, passant à 112 343 en 2019, 107 049 en 2020, 102 722 en 2021 et 98 900 en 2023.
Après la fermeture de cinq collèges privés à la fin de l’année scolaire 2023 – dont trois pour n’avoir pu atteindre le minimum requis de 150 étudiants –, Maurice compte dorénavant 166 établissements secondaires et Rodrigues 8. Parmi, il y a 69 collèges d’État, 86 collèges privés subventionnés et 24 collèges privés non-subventionnés.
Statistics Mauritius révèle que 44,8% des étudiants fréquentaient des collèges d’État, alors que 55,2% sont dans des collèges privés subventionnés et non-subventionnés. Parallèlement, il y avait également 9 717 jeunes dans les centres de formation technique financés par le gouvernement.
La grande question qui se pose aujourd’hui, c’est combien de ces collèges, pourront tenir le coup avec la population estudiantine en baisse. Un Manager de collège ne cache pas son découragement, mais affirme qu’il ne fait que poursuivre sa route, en raison de l’engagement pris auprès des parents. « Cela devient très difficile de gérer un collège privé actuellement. Nous avons de moins en moins d’élèves chaque année et le risque de se retrouver sous la barre de 150 est réel pour certains », fait-il comprendre.
Ajouté à cela, poursuit-il, il y a toutes les tracasseries imposées par les règlements de la Private Secondary Education Authority (PSEA). « Auparavant, on nous accordait un Grant selon le nombre d’élèves. Aujourd’hui, cela n’est plus pris en considération. Nous n’avons qu’une allocation pour le bâtiment, pour ceux qui sont propriétaires. Ceux qui sont dans des bâtiments de location perçoivent le montant du loyer. Pour ce qui est des autres dépenses courantes, il faut avoir le feu vert de la PSEA pour tout. C’est épuisant », laisse-t-il entendre d’un ton désabusé.
Des collèges se sont ainsi retrouvés avec des enregistrements provisoires, sur une année, soit, en raison du nombre restreint d’élèves, soit parce qu’ils sont dans un bâtiment de location qu’ils ne peuvent améliorer pour répondre aux exigences de la PSEA. Le responsable d’un collège se trouvant dans cette situation, explique que la PSEA n’octroie pas de Grant pour les travaux, à ceux qui louent un bâtiment.
« C’est logique que c’est le propriétaire du bâtiment qui doit effectuer les travaux, mais s’il ne veut pas le faire, nous n’en pouvons rien », dit-il. D’autant que les règlements changent également. Il ajoute : « un jour, nous pouvons vous dire qu’il y a des critères à respecter pour un Computer Room, par exemple, et par la suite, ça change. Le propriétaire ne va pas passer son temps à faire les travaux. »
Les collèges privés subventionnés ne sont pas les seuls à faire face aux difficultés, surtout par rapport au nombre d’élèves. Dans le sillage de la régionalisation de l’éducation, enclenchée sous Steve Obeegadoo, en 2000, une quarantaine de collèges d’État avaient été construits, tant en ville que dans les régions rurales. Aujourd’hui, beaucoup se retrouvent également avec peu d’élèves. Soit, en raison des régions où ils se trouvent, soit parce que les parents préfèrent des collèges plus réputés pour leurs enfants.
Dans ce même élan, certains partenaires de l’éducation avaient également construit des collèges régionaux. À titre d’exemple, le Service Diocésain de l’Éducation Catholique a construit trois collèges, à savoir, Saint-Esprit-Rivière- Noire, Saint-Mary’s West et BPS Fatima. L’Institut de Lorette a érigé un nouveau collège à Bambous-Virieux. En plus de suivre la politique de régionalisation nationale, ces collèges catholiques répondaient à un besoin exprimé dans le Synode 2000, tout en épousant la vision du Cardinal Maurice E. Piat sur « l’option préférentielle pour les pauvres ».
Comme tel est le cas pour les collèges d’État, certains de ces collèges catholiques ont aujourd’hui des difficultés à attirer des élèves. Les seuls collèges régionaux construits dans ce même élan et qui ne semblent pas avoir de difficultés, pour le moment, sont les MGSS. Ils ne sont pas nombreux non plus et ne se trouvent pas en régions éloignées.
La grande question : que va-t-on faire de tous ces collèges, avec la population estudiantine en baisse ? Ce qui est aussi paradoxal, c’est le nombre de collèges privés payants qui sont en hausse, en dépit du fait que le nombre d’élèves baisse. D’après les données de la Private Secondary Education Authority (PSEA), il y a 24 établissements privés non-subventionnés à Maurice actuellement.
Si certains proposent le système français ou le baccalauréat international, la majorité adopte le système national menant vers les examens de Cambridge. Bien souvent, ces écoles ont commencé avec le préscolaire, pour graduellement grandir, jusqu’à proposer des classes au niveau secondaire.
Il reste maintenant à voir comment les autorités vont gérer cette situation, si des solutions pourront être dégagées, pour composer avec la population estudiantine en baisse. Il faut aussi savoir que pour les collèges subventionnés, si le management décide de fermer l’établissement, il devra prendre à sa charge, le dédommagement du personnel. Alors que si c’est la PSEA qui décide de fermer le collège, le personnel est redéployé.
Le Nelson College vers sa 60e année
Classé sur la liste provisoire de la PSEA, le Nelson College, à Saint-Pierre, s’apprête tout de même à fêter ses 60 ans l’année prochaine. « Nous avons actuellement 182 élèves et nous respectons le critère minimum de la PSEA. La raison pour laquelle nous sommes sur cette liste, c’est parce que nous sommes dans un bâtiment de location. Nous continuons à travailler pour le bien des enfants et nous nous apprêtons à célébrer nos 60 ans l’année prochaine », explique Maurice Cathian, le Manager.
Même si la situation des collèges privés devient très difficile aujourd’hui, concède-t-il, il faut trouver les ressources nécessaires pour continuer sa mission. « Nous avons pris des engagements auprès des parents et il faut aller jusqu’au bout. Le Nelson College est connu pour sa discipline et c’est pour cela que les parents nous font confiance. »
Opérer dans un bâtiment de location, impose certaines conditions à respecter. « À la fin de chaque année scolaire, un ingénieur vient inspecter le bâtiment, et des officiers de la Santé procèdent à un état des lieux avant d’octroyer un Health and Safety Certificate. C’est à partir de là qu’on décide de valider votre enregistrement ou pas », affirme Maurice Cathian.
Même s’il reconnaît avoir vu le nombre d’élèves diminuer au fil des ans, en raison de la baisse du nombre de naissances dans le pays. « Pour l’heure, nous arrivons à respecter le critère de 150 élèves imposé par la PSEA. Si ce n’est plus le cas à l’avenir, il y aura des décisions à prendre. Mais nous n’en sommes pas encore là », avance le Manager du Nelson College.
En passant le cap de la 60e année en 2025, le collège pourra s’enorgueillir d’avoir vu l’évolution de l’éducation à Maurice. Une belle aventure démarrée en 1965 et qui se poursuivra, tant que les parents feront confiance à l’établissement.

