Ce n’est pas la volonté de s’appliquer dans leurs études qui leur manque. Ils ont bien le désir d’être en phase avec l’éducation dispensée à tous, de pouvoir pratiquer les devoirs dispensés à tous. Sauf qu’ils n’arrivent pas à suivre ces cours du MIE diffusés à la télé. Issus de familles modestes, ils n’ont soit pas de télé, soit celle-ci ne comprend pas toutes les chaînes de la MBC. Quant à ceux parvenant à visionner les cours, le rythme est jugé trop expéditif par beaucoup. Ces enfants démarrent ainsi l’année scolaire en étant déjà hors de la course malgré eux…

« Les enfants auxquels M-Kids a eu l’occasion de parler ont avoué ne rien comprendre des cours diffusés à la télé. Ils nous ont confié s’installer devant la télé juste parski mama inn dir asize devan televizyon. Il est impératif que les autorités trouvent un moyen pour aller moins vite car ces cours sont appelés à se poursuivre avec l’école deux fois par semaine pour les plus jeunes », déclare l’imam Arshad Joomun, président de l’association M-Kids.
Marie-Neige Augustin est mère de deux enfants dont un est en Grade 3 et l’autre préparant les examens du NCE (Grade 9). « Les deux n’arrivent pas à suivre leurs cours. Nous avons une télé mais nous n’avons pas les chaînes sur lesquelles sont diffusés ces cours. Nous n’avons pas d’ordinateur ni de connexion Internet », s’attriste-t-elle.

Le seul moyen que cette mère a trouvé pour aider ses enfants est de prendre quelques fois un “Mobile Data Package” pour accéder à ces cours à partir de son portable. N’empêche, lâche-t-elle, désespérée : « Un téléphone portable pour deux enfants n’est pas évident. On peut demander l’aide du voisin un jour, mais ce n’est pas tout le temps qu’il est à la maison. Parfois, j’envoie mes enfants à M-Kids, mais l’association ne peut non plus recevoir toutes les demandes tous les jours. »

Marie-Neige regrette d’autre part que le cours se déroule de manière trop rapide. « Les enfants n’arrivent pas à suivre. » Elle se dit inquiète pour son fils vu qu’il doit prendre part au NCE à la fin de l’année. « Il n’a pu bien comprendre les cours. Je me demande comment l’année va se poursuivre avec la moitié de la semaine à la maison. Il faudrait donner plus de temps pour que les élèves puissent prendre des notes. »

Alors que le ministère avait indiqué que ceux figurant sur le registre social allaient recevoir du soutien pour avoir accès à ces cours, Marie-Neige Augustin dont le mari est maçon et qui travaille de son côté « de temps à autre chez des particuliers » espère que « les autorités réalisent que tous les enfants n’ont pas accès à ce programme télévisé même si les parents ne sont pas sur le registre social ».

Wiza Sheik Hossen, habitante de Camp-Chapelon, se réjouit que son fils de 11 ans entamant sa deuxième année du PSAC ait reçu tout le matériel scolaire de M-Kids. Mais, ce qui la chagrine, c’est qu’il n’ait pu suivre aucun des cours dispensés au quotidien à la télé. « Cela me préoccupe, surtout qu’il doit prendre part à ses examens du PSAC. Mon fils a la volonté d’étudier mais les moyens font défaut. Nous sommes plusieurs membres de la famille dans la même cour, mais je ne peux déranger les autres frères tous les jours pour leur demander de permettre à mon fils de regarder la télé chez eux. Ils sont âgés et ne jouissent pas d’une bonne santé. » Sa seule consolation, c’est que M-Kids reçoit son enfant pour des cours de rattrapage.

De son côté, Nooreza Diamoun a quatre enfants et tous prennent part à des examens nationaux à la fin de l’année scolaire. « Mon aîné prendra part au SC, le deuxième au NCE, le troisième à la deuxième année du PSAC et la dernière à la première année du PSAC. » Elle déplore que les cours se déroulent « trop rapidement » au point où elle doit prendre des notes pour ses deux derniers.

« Je ne dis pas que les cours ne sont pas d’un bon niveau mais tout va trop vite. Cela ne vaut finalement pas la peine. Mes enfants préfèrent prendre leurs livres pour faire des devoirs. Ma dernière a parcouru les neuf premières pages de son livre de maths par elle-même. » Quant à son aîné qui doit suivre des cours en ligne à travers un ordinateur, il est aussi pénalisé. « Nous avons des revenus très modestes et nous n’avons pas les moyens pour acheter un ordinateur. Ce n’est pas évident. Parfois, je l’emmène à M-Kids pour utiliser l’ordinateur mais on ne peut toujours les déranger. »

Cette mère de quatre enfants ne cache pas son inquiétude par rapport à l’avenir de ses enfants. « C’est dommage quand vos enfants ont le potentiel mais que les moyens fassent défaut. Et ce mode d’enseignement les pénalise. » Nooreza était autrefois bénéficiaire du National Empowerment Fund mais quand son salaire a augmenté, elle a cessé de recevoir cette aide.
Or, l’an dernier, suite au COVID-19, l’usine pour laquelle elle travaillait a dû se séparer de tous ses employés. Son époux, maçon, ne travaille pas régulièrement. « Une mère sans emploi et sans aide sociale, c’est difficile », concède-t-elle. Elle a entamé des démarches pour bénéficier de nouveau d’une aide sociale et attend toujours une réponse. Elle souhaite que les autorités se penchent sur un système « qui prenne en considération tous les enfants ».

L’imam Arshad Joomun a indiqué avoir reçu plusieurs doléances de la part de ses bénéficiaires. « Ils trouvent que les cours vont trop vite. Il faut revoir le système. » Selon ce dernier, dans certains endroits comme Bel-Air où des pannes d’électricité ont également perturbé les cours. « Je suis allé chez une famille où la télé marchait mais où le son ne fonctionnait qu’occasionnellement. Quant aux plus grands qui ont des “online classes”, là aussi beaucoup n’ont ni ordinateur ni portable ni Internet. Il faut voir comment faire pour rattraper le retard avec ces enfants », plaide-t-il. De son côté, son association M-Kids fait de son mieux pour « recevoir des jeunes tous les jours de semaine pour les cours à la télé et les online classes mais nous n’avons pas suffisamment de moyens pour recevoir toutes les demandes », regrette-t-il.