L’arrêt de la subvention de l’État à cinq collèges privés à partir de la fin de cette année a provoqué un sentiment de profond malaise dans le secondaire privé. Beaucoup y voient là le début de la fin pour les collèges subventionnés. Déjà, la New Grant Formula de la Private Secondary Education Authority (PSEA) sonnait comme une menace pour certains. Des 174 collèges privés subventionnés, sept avaient déjà un enregistrement provisoire auprès de la PSEA pour 2023. Parmi eux, trois devront mettre la clé sous le paillasson en 2024.
Cinq collèges privés ne seront plus financés par le gouvernement à partir de l’année prochaine. La nouvelle est tombée en cours de semaine, laissant ainsi les autres dans l’expectative. Si pour les collèges Mauritius (garçons et filles), les relations industrielles tendues qui durent depuis des années ont été évoquées, les autres collèges, soit Merton, Lycée de Beau-Bassin et Medco Cassis, n’ont pu respecter le critère de nombre d’élèves minimum, qui est de 150. Ces trois collèges avaient d’ailleurs un statut de Provisionally Registered auprès de la PSEA pour l’année scolaire 2023.
Quatre autres collèges se retrouvent dans la même situation, mais n’ont pas été avisés de l’arrêt de la subvention jusqu’ici. Il s’agit de St Bartholomew’s et Alpha College à Port-Louis, du Darwin College, à Flacq, et du Nelson College de Saint-Pierre. Du coup, le doute et l’angoisse se sont installés. Sollicité à ce sujet, Bijaye Kumar Chukowry, manager du Saint Bartholomew’s College, dit être dans l’incertitude. « C’est la peur au ventre. Les menaces sont toujours là. Avec ce qu’on a vécu ces derniers jours, on voit qu’on peut être disqualifié pour la subvention à n’importe quel moment. Plusieurs sont dans le même cas que nous. Attendons voir ! » avoue-t-il.
Ce dernier, qui est aussi l’époux de la Private Parliamentary Secretary Dorine Chukowry, est d’avis que les conditions sont devenues très difficiles pour le secondaire privé. « Il y a eu une baisse drastique de la population estudiantine, c’est un fait. Mais il y a également des critères, comme celui des cinq credits pour accéder en grade 12, qui ne nous permettent pas de garder les élèves à l’école. Tout cela vient contribuer au fait qu’on se sent menacés», ajoute-t-il.
Priorité aux collèges d’Etat
Un autre manager, dont le collège est également sur la liste rouge, abonde dans le même sens. « Mon collège a été créé dans les années 60 et nous sommes dans un bâtiment de location. Maintenant, la PSEA est venue avec des critères par rapport aux dimensions des salles de classe et des Specialists Rooms. Nous n’avons pas suffisamment d’espace pour cela. Du coup, nous nous retrouvons aussi parmi les collèges menacés », concède-t-il.
Ce dernier dit regarder la réalité en face et s’attend lui aussi à l’arrêt de la subvention l’année prochaine, voire dans deux ans au maximum. « C’est la vie, qu’est-ce que nous pouvons y faire ? Nous avons eu un long parcours dans l’éducation, mais les conditions ne sont plus les mêmes. Déjà, la population estudiantine a baissé. Auparavant, il y avait environ 18 000 candidats au PSAC, maintenant il y a à peine 12 000. Sans compter qu’il y a également la concurrence des collèges privés payants. Ces propriétaires ont des moyens pour attirer les élèves que nous n’avons pas », avance-t-il.
Un autre manager de collège privé, qui jouit pourtant d’une bonne réputation, est plus critique envers les autorités. « C’est vrai que le nombre d’élèves est en baisse, mais il y a aussi le fait que les élèves sont dirigés vers les collèges d’État en priorité. Nous n’avons que ce qui reste. Mais on viendra sans doute vous dire que c’est le choix des parents. Si notre collège n’avait pas une bonne réputation, on serait sans doute dans la même situation que ces établissements menacés de fermeture », fait-il comprendre.
Ce manager fait également une série de réflexions à ce sujet. « Va-t-on aussi sanctionner les collèges d’État et les collèges confessionnels avec peu d’élèves ? J’aimerais bien savoir, par exemple, combien d’élèves il y a au Collège de Lorette de Bambous-Virieux ou au SSS de La-Gaulette », se demande-t-il.
Autre point soulevé par ce dernier, des critères différents pour les collèges privés et les collèges d’État sur l’organisation de certains cours. « La PSEA exige qu’on ait un minimum de 11 élèves pour pouvoir offrir une matière en grade 12. Or, cela n’est pas appliqué dans les collèges d’État. Il y a bien des matières qui sont offertes avec très peu d’élèves. » La conséquence, explique-t-il, est que les collèges privés ne peuvent proposer certaines filières, ce qui pousse les élèves à se tourner vers d’autres établissements. « Ensuite, la PSEA viendra nous dire qu’on est Overstaffed. »
Toute cette situation est venue accentuer le malaise commencé par la New Grant Formula dans le secondaire privé. Le gouvernement a revu la formule de subvention concernant notamment l’Annual Rental Value, fixée à un plafond de Rs 300 000.
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La Fédération des managers sur le qui-vive
La Fédération des managers des collèges privés réunit ses membres jeudi prochain pour passer en revue la situation. L’arrêt de la subvention de cinq collèges cette semaine ayant provoqué de nombreuses réactions dans le milieu. Le cas du Mauritius College sera aussi évoqué. Ces deux établissements de Curepipe comptent plus de 500 élèves. Ils ont toutefois été sanctionnés en raison de relations industrielles qui se sont détériorées ces dernières années.
Les managers se demandent ainsi pourquoi la PSEA n’a pas appliqué la section 5 (A) de la PSEA Act pour mettre sur pied un Caretaker Committee au Mauritius College afin de trouver une solution, au lieu d’aller vers la fermeture. Ils font ressortir qu’à ce jour, les autorités n’ont jamais eu recours à cette disposition de la loi pour régler les problèmes.

