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– Les collèges régionaux une nouvelle fois « dépouillés » de leurs éléments

– Les incohérences du ministère déplorées

Alors que le transfert entre collèges régionaux est interdit, un deuxième exercice du genre est en cours pour les académies. D’abord, il y a eu le transfert entre académies. Ce qui a eu pour effet que les moins cotées ont été « vidées » pour remplir celles qui sont dans la catégorie des plus demandées. Un deuxième recrutement est actuellement en cours auprès des candidats fréquentant collèges régionaux pour compléter cette Academic Musical Chair dans le secondaire, ou encore une opération « desabill Pierre pou habill Paul ». Ce qui provoque la colère dans les collèges régionaux.

Les 223 places vacantes dans les académies devront être remplies à tout prix. C’est ce qui semble être la directive du ministère de l’Éducation après un deuxième exercice de transferts. Un communiqué émis le 20 juillet indique que les élèves ayant fait une demande dans une académie avant les examens du National Certificate of Education (NCE) et qui n’ont pas été acceptés pourront faire une nouvelle demande avec la date limite arrivant à expiration en fin de semaine.

Ce nouvel exercice de transfert survient à peine une semaine après que la déclaration de la vice-Première ministre et ministre de l’Éducation, Leela Devi Dookun-Luchoomun, réaffirmant son opposition à des transferts latéraux dans les collèges régionaux. C’était à l’Assemblée nationale. Elle répondait alors, à une interpellation du député travailliste, Mahend Gungapersad, sur les places laissées vacantes dans les collèges régionaux. La VPM précisait même : « I think that when the schools have prepared the students and they have got good results it is not fair to allow the students to move out to another school. What we intend to do is to ensure that all schools manage to grow and become high-demand schools and not feed only few high-demand schools. »

Cette politique ne semble toutefois pas s’appliquer lorsqu’il s’agit des académies. Car c’est le deuxième exercice de transfert effectué depuis la rentrée pour remplir les places vacantes dans les académies. D’abord, l’exercice était limité entre académies. Ceux qui n’étaient pas satisfaits du collège attribué ont ainsi pu effectuer une demande pour aller vers un autre, mieux coté. C’est ainsi qu’une académie située dans les hautes Plaines-Wilhems s’est vue « dépouillée » d’une vingtaine d’élèves pour remplir d’autres, ayant une meilleure réputation.

Cette situation est très commentée dans le milieu de l’éducation. Des recteurs et des enseignants font remarquer qu’il y a dorénavant deux catégories parmi les académies. « Après avoir rempli celles de la première catégorie, on cherche maintenant à puiser des collèges régionaux pour remplir la deuxième catégorie », ironisent-ils. Cette démarche provoque la grogne au niveau des collèges régionaux, dont certains ont vu un grand nombre de départs. À l’Assemblée nationale, la semaine dernière, le député Gungapersad a évoqué le cas des collèges avec 60 à 75 départs. La directrice du Service diocésain de l’éducation catholique (SeDEC), Gilberte Chung, parlait aussi récemment des 45 départs au collège du Saint-Esprit et de ses inquiétudes pour l’avenir. Mais il semble que les académies ont priorité sur les autres. Ce qui pousse les enseignants à dire que les collèges régionaux font désormais partie de « la troisième catégorie ».

La question de niveau dans les académies revient une nouvelle fois sur le tapis. Quand on sait que pour le recrutement du premier groupe, on s’est retrouvé avec des élèves ayant 24 à 30 unités, l’on se pose maintenant des questions sur le niveau des derniers admis. Le communiqué du ministère de l’Éducation ne fait aucune mention sur les critères de qualification pour les nouvelles admissions. Sauf que le seul critère étant que cet exercice concerne uniquement les parents ayant déjà fait une demande pour une académie avant le NCE.

Par ailleurs, certaines académies se retrouvent devant un vrai dilemme concernant les matières dans la filière technique. Certaines n’ont pas le nombre requis de dix élèves au minimum pour offrir des matières comme Design and Technology, Food and Nutrition ou Dress and Textiles. Une lettre circulaire a d’ailleurs été émise à cet effet. La question qui se pose est de savoir si les élèves concernés devront quitter leurs académies pour une autre, s’il n’y a pas suffisamment de demandes pour la matière choisie. Ou encore, s’ils vont devoir faire une croix sur leur choix.

Sollicité, un recteur estime qu’il faut être flexible à ce sujet. « Si un élève a travaillé dur pour entrer dans une académie, on ne peut lui demander de partir parce qu’il n’y a pas la matière de son choix. Ce serait injuste. » Il plaide pour qu’on puisse trouver une solution afin de ne pas pénaliser les élèves concernés.

Mahend Gungapersad : « Pas de cohérence »

Réagissant à ce nouvel exercice de transfert vers les académies, le député de l’opposition, Mahend Gungapersad, relève qu’il n’y a pas de cohérence dans la politique du ministère de l’Éducation. « D’un côté, la ministre interdit le Lateral Transfer entre collèges régionaux, mais de l’autre elle l’autorise pour les académies, je n’arrive pas à comprendre sa logique. C’est un Brain Drain des collèges régionaux. On ne reconnaît pas les efforts de ces collèges », dit-il.

Selon lui, on aurait dû donner la possibilité aux collèges régionaux de remplir les places vacantes en Grade 10, surtout que ceux-ci sont très demandés. « Des collèges comme Sodnac SSS ou Piton SSS se trouvent avec 40 à 50 places vacantes. On aurait dû donner la possibilité à d’autres élèves de venir dans ces collèges très demandés. Le transfert fait partie de notre culture. Pourquoi le permettre à certains et pas à d’autres ? Elle vient priver un groupe d’élèves d’un trait de plume. »