Environnement : la crécerelle, un message d’espoir

Voici une semaine que la crécerelle, dite Kestrel Falco Punctatus, a obtenu le titre officiel d’oiseau national de Maurice, et les réactions n’ont pas tardé à tomber. Une consécration pour le monde scientifique et de la conservation qui n’a jamais perdu espoir en cet oiseau endémique, décrété “critically endangered” dans les années 1960.

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Nous avons reçu, durant la semaine, la visite d’un habitant de Port-Louis. Ancien enseignant et arbitre de foot, il est arrivé avec une copie d’un article de Reader’s Digest qu’il a soigneusement gardée pendant 26 ans. Dans cet article de 1995, l’on fait mention d’un jeune enseignant mauricien recruté par la Durrell Wildlife Foundation. Son nom : Yousoof Mungroo.

“Je suis venu vous voir à l’insu de mon frère qui est maintenant à la retraite”, nous dit-il. “J’ai estimé qu’il était important que mon frère, qui a consacré une partie de sa vie à la conservation de la crécerelle, puisse être lui aussi reconnu”, nous dit-il. En effet, parmi les nombreuses personnes et associations qui ont aidé à faire renaître la crécerelle de ses cendres, figure Yousoof Mungroo, ancien directeur du National Parks and Conservation Service. “It started as a typical Durrell gamble. ‘I’ve always had a case bond with Mauritius, the home of the dodo, which is the symbol of Jersey Zoo. I told the government I would take someone on a scholarship to the programme, which didn’t even exist. The chosen candidate was a young teacher, Yousoof Mungroo.’”, est indiqué dans l’article du Reader’s Digest de 1995.

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Le jeune enseignant est alors Acting Director du très jeune National Parks and Conservation Service et est recruté pour tenter de sauver la crécerelle, un des oiseaux les plus rares au monde. À l’époque, le pays n’enregistre que quatre individus dans l’île et l’espèce est en voie de disparition. “Thanks to him and other like-minded people, we’ve saved the Mauritius Kestrel Pink pigeon”, soutenait alors Gerald Durrell lui-même.

Ainsi, dans les années 90, Yousoof Mungroo est envoyé aux États-Unis pour travailler aux côtés de chercheurs et scientifiques de la Durell Wildlife Foundation, qui, avec le soutien des instances gouvernementales  locales spécialisées dans la conservation, travaillent d’arrache-pied pour la survie de l’oiseau rapace. Dans un article scientifique publié en 2008, les auteurs, dont Carl Jones, Willard Heck, Richard Lewis et Yousoof Mungroo, font état du progrès enregistré par le programme de conservation mis en place dans les années 1990. 

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“By 1974, the Mauritius kestrel had declined to only four known wild birds, including one breeding pair, as a result of habitat loss and pesticide contamination. A conservation project begun in 1973 has used many management techniques including captive breeding, supplemental feeding of wild birds, provision of nestboxes, multiple clutching, egg pulling, artificial incubation, hand rearing and release of captive-bred and captive-reared birds by hacking, fostering and predator control. A total of 331 kestrels were released up to the end of the 1993-1994 breeding season; a third of these were captive bred, the rest were derived from eggs harvested from the wild (…) By the 1993-1994 season, an estimated 56-68 pairs had established territories in the wild with a post-breeding population, including floating birds and independent young, of 222-286. Mauritius kestrels are relatively sedentary; 89% of ringed birds found nesting were less than 5 km from their release of fledging site.”

En 2008, on estimait alors que “since the pesticides responsible for their decline are no longer used, numbers should continue to rise through natural recruitment. The distribution of suitable habitat suggests that an eventual population of 500-600 kestrels on Mauritius is possible.” Et en 2021, les chercheurs ont vu juste car l’on compte à ce jour 350 individus. Comme le soulignait Vikash Tatayah, Conservation director à la Maurtius Wildlife Foundation, “la crécerelle est un rapace capable de détecter sa proie depuis une longue distance, et fut pendant des années l’oiseau de proie le plus rare au monde. Elle a d’ailleurs beaucoup souffert de l’utilisation excessive de DTT, pesticide couramment utilisé entre l’après-guerre et les années 1970. Ce pesticide était utilisé pour contrôler les moustiques pendant l’épisode de la malaria. Mais malheureusement, les insectes qui consommaient du DTT étaient à leur tour consommés par les lézards verts, la proie favorite de la crécerelle. Il y avait donc une grosse accumulation de DTT dans l’estomac de ces oiseaux qui naissaient avec des déformations embryonnaires.”

Avec ce nouveau titre, la crécerelle peut enfin prendre son envol, mais le travail ne s’arrête pas. Les associations et scientifiques mauriciens ont encore du pain sur la planche pour sauver et préserver toutes les espèces endémiques menacées, soit une richesse inestimable trop souvent mise de côté.

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