La conscience de la protection de l’environnement n’est pas liée à un âge spécifique. Les jeunes le prouvent d’ailleurs à travers différentes actions, avec l’objectif de sauver notre environnement si fragile. L’Ong Ecosystem Restoration Alliance Indian Ocean et le mouvement international Fridays for Future soutiennent ainsi la préservation, la protection et la restauration de l’environnement. Toutefois, les résultats sont loin de suivre. Et pour cause : la première nommée attend en vain depuis trois ans un permis pour un projet de restauration des Mariannes tandis que l’Ong Fridays for Future estime que le système capitaliste en est la cause.

2020 a été remplie d’activités pour l’Ong Ecosystem Restoration Alliance Indian Ocean. L’une de ses actions est la protection de nos forêts indigènes, considérées comme les plus denses dans les Mascareignes, tout en essayant d’atténuer le “conflit” entre la roussette de Maurice et les fruiticulteurs. « Grâce à une collaboration avec l’Université de Maurice et les National Park and Conservation Services, sous l’égide du ministère de l’Agro-industrie et de la Sécurité alimentaire, nos recherches démontrent une fois de plus que l’abattage de la roussette n’augmente en rien la production fruitière », dit-elle dans un entretien. L’Ong ajoute mener des recherches scientifiques dans les vergers afin d’évaluer les dommages causés par les chauves-souris, mais aussi par d’autres animaux exotiques envahissants, tels que le bulbul orphé, le martin triste, les rats et les singes.

« Nous avons également collaboré avec le MRIC et Generation Plus afin de développer des méthodes non létales, comme l’utilisation de filets ou en intégrant des innovations technologiques afin d’éloigner les chauves-souris des arbres fruitiers », dit-elle. À l’instar du système de sonorisation automatique, qui fonctionne sur la base de la lecture de sons et de lumières aléatoires toute la nuit. « Ce système a réduit de 80% les dommages causés par les chauves-souris aux litchis, et si nous avons les fonds et les ressources nécessaires cette année, l’un de nos efforts futurs sera de rendre le système silencieux par l’utilisation des ultrasons et de l’eau, et ainsi l’adapter aux arrière-cours » mentionne l’Ong.

Grâce au CEPF (Critical Ecosystem Partnership Fund), elle avance que l’Ong a mené également des campagnes de sensibilisation à l’échelle du pays pour toutes les tranches d’âge sur les chauves-souris mauriciennes, mais aussi sur les écosystèmes mauriciens et l’environnement en général. L’équipe de l’Ong a déjà présenté les résultats préliminaires de ce projet éducatif l’année dernière lors de la 18e Conférence internationale de recherche sur les chauves-souris, en Thaïlande.

Cette année, le plus gros projet de l’Ong est la restauration des forêts de la montagne des Mariannes, dans la région de Nouvelle-Découverte/Verdun. « Aussi connu sous le nom de Montagne Calebasses, le site contient une forêt couvrant environ 120 hectares, et elle est de bonne qualité, avec près de 61% de similitude dans la composition des espèces, se rapprochant bien de la forêt la mieux préservée de Maurice, celle de Brise Fer, au Parc national des Gorges de la Rivière-Noire », dit-elle. Toutefois, les espèces végétales envahissantes dégradent rapidement la forêt des Mariannes, et sans plan d’action en place, elle perdra la majorité de ses espèces sous peu. « Avec la collaboration du CEPF et des Forestry Services, sous l’égide du ministère de l’Agro-industrie, l’objectif principal pour cette année est de stopper l’invasion des plantes introduites », fait-elle ressortir.

En effet, cette forêt recèle un mélange de types de végétation différents, avec environ 56 espèces de plantes indigènes, y compris des espèces très rares, comme le Bois de Pomme (Sideroxylon sessiliflorum et Sideroxylon grandiflorum) et deux espèces d’ébène particulièrement rares. Mais Ashmi Bundy regrette que l’obtention d’un permis auprès des autorités concernées soit toujours attendue. « Nous ne pouvons pas encore entreprendre de travaux de conservation. Nous attendons depuis trois ans maintenant pour obtenir un permis de sauvegarde et de restauration de cette forêt. Nous espérons que cette année, les autorités concernées nous donneront ce permis pour commencer la restauration de la forêt des Mariannes. La plupart de nos travaux de restauration de cette forêt sont entravés en raison de ce délai d’obtention du permis », avance la jeune femme.

Outre la restauration de cette forêt, l’Ong a un autre objectif ambitieux : l’organisation de la 20e Conférence internationale de recherche sur les chauves-souris à Maurice. « Maurice accueillant une conférence aussi prestigieuse, nous allons créer non seulement beaucoup plus de visibilité pour Maurice, mais nous visons également à essayer de relancer l’économie mauricienne, en particulier après les répercussions de la COVID-19. Mais il s’agit encore d’un long projet nécessitant la collaboration du gouvernement et du secteur privé », mentionne la vice-présidente de l’Ong. En ce moment, de nombreuses espèces de plantes et d’animaux sont déjà menacées d’extinction. Ecosystem Restoration Alliance Indian Ocean a été créée en 2016 et se consacre à la préservation et à la protection de la biodiversité de l’océan Indien.

Sonakshi Deerpalsing (Fridays for Future) :

« La crise climatique s’amplifie à cause du capitalisme »

Le mouvement Fridays for Future a aussi été très actif en 2020. Pour Sonakshi Deerpalsing, membre de ce mouvement international, « le système capitaliste ne fait qu’aggraver nos problèmes environnementaux ».

Quelles sont les actions majeures prises par Fridays for Future cette année dans la protection et la préservation de l’environnement à Maurice ?

Cette année, nous avons participé à divers événements, tels que la conférence sur l’économie circulaire, organisée par les Nations Unies et Global Compact, ou encore la conférence de presse sur l’Accord de Paris par l’ambassade de France et l’AFD. Nous avons aussi mené nos propres événements, tels que des marches pacifiques, pour inviter la population mauricienne à s’exprimer sur le changement climatique, ou encore des “climate strikes” que nous menons avec les membres de notre équipe dans des endroits clés comme Port-Louis, et durant lesquels nous parlons aux passants de la problématique de la crise climatique afin de les sensibiliser sur le sujet. Nous pensons que le changement climatique et la protection environnementale nécessitent des actions radicales de la part des secteurs public et privé, mais aussi de la société civile.

Quelles sont les leçons que vous retenez cette année au niveau de l’environnement ?

Cette année nous a prouvé que malgré les obstacles, le système capitaliste, basé sur l’exploitation, ne s’arrête pas et continue de détruire. Mais 2020 nous a aussi prouvé que face à un obstacle, l’humanité peut agir ensemble pour faire face à la crise et vaincre les défis, ensemble. Nous devons nous inspirer de ces leçons dans le futur afin de vaincre un des plus gros obstacles auquel nous avons eu affaire jusqu’à maintenant : la crise climatique, qui ne fait que s’amplifier à cause du capitalisme.

L’échouement du Wakashio sur les brisants de Pointe-d’Esny a été un choc pour le pays. En tant que jeune, que pouvez-vous dire sur cette affaire ? Cela démontre-t-il que nous ne sommes pas assez équipés pour une telle catastrophe ?

L’échouement du Wakashio nous a clairement démontré le manque d’expertise des autorités face aux crises environnementales, qui souvent prennent un aspect plus politique qu’environnemental. Cela nous démontre clairement que tout est lié : environnement, politique et justice sociale ne peuvent être séparés. Cependant, il faut souligner la solidarité et l’effort des citoyens mauriciens pour sauver notre écosystème naturel. Les Mauriciens sont clairement prêts à se battre pour leur avenir. Malheureusement, cette volonté et cette efficacité ne semblent pas être présentes dans les différentes institutions, souvent inadéquates face aux défis d’aujourd’hui.

Selon certains experts, Maurice est la troisième île la plus dégradée au monde. Pensez-vous que nous prenons les bonnes décisions en vue d’atténuer les effets du changement climatique ?

Être la troisième île la plus dégradée au monde démontre déjà l’inaction et les mauvaises décisions prises d’un point de vue environnemental. On doit se rendre compte qu’un écosystème en bonne santé est synonyme d’un pays en bonne santé, et que sans la nature, il n’y a pas d’êtres humains. Tant que le changement climatique ne sera pas notre priorité et celle du gouvernement, nous ne réussirons pas à être assez résilients à cette crise afin de sauvegarder le bien-être des générations mauriciennes futures.

Quelles sont vos principales préoccupations quand vous analysez l’état de notre environnement ?

Ma préoccupation première est l’endommagement des services éco-systémiques, qui est engendrée par la destruction de nos écosystèmes. Ces services que la nature nous offre englobent par exemple l’accès à l’eau potable, ou encore aux différentes ressources essentielles à notre survie et notre bien-être. Je suis particulièrement effrayée par l’état présent de notre île, qui démontre seulement que les institutions et le système présents seront incapables d’assurer la survie et le bien-être des générations futures si rien ne change. Et malheureusement, rien ne semble changer. Il ne faut pas oublier que la Terre continuera d’exister sans nous, mais nous ne pouvons exister sans elle. Sauvegarder l’environnement n’est pas une utopie, c’est un besoin si nous voulons survivre.

Maurice sera présente à la COP 26, à Glasgow, cette année. Quelles sont vos attentes de cette conférence ?

Malheureusement, les COP et différentes conférences internationales sont non contraignantes et, de plus, n’adressent pas le réel problème, qui est le système global en place actuellement, et qui n’est pas compatible avec la survie et le bien-être de l’humanité. Je ne m’attends donc pas à grand-chose, mis à part encore des discours vides.

Les Assises de l’environnement ont été organisées en décembre de l’année dernière. Un an après, nous constatons que peu d’actions ont été prises. Croyez-vous que nous prenons trop de temps pour mettre en place le plan directeur pour protéger notre île ?

Chaque seconde d’inaction qui s’écoule est une seconde de plus qui nous rapproche du point de basculement de notre écosystème. Une fois ce point atteint, il n’y aura pas de retour en arrière. Il faut donc agir vite. Les Assises, à mes yeux, n’étaient qu’une façon de feindre un intérêt à la société civile, sans vraiment l’écouter. Nous avons nous-même été censurés du résumé fait des différentes idées données durant les Assises. Les Mauriciens doivent se rendre compte que les politiques et le secteur privé ne feront jamais rien pour aller à l’encontre d’un système dont ils profitent et qui nous tue à petit feu. C’est désormais au tour de la population de revendiquer ses droits à la survie et au bien-être, de revendiquer les droits des générations futures, car ceux au pouvoir ne le feront pas.

Quelles seront les actions qui seront prises par Fridays for Future pour Maurice ?

Nous comptons organiser plus d’événements et de collaborer plus avec les institutions pédagogiques, telles que les écoles. Après une année difficile pour l’Ong, avec la crise sanitaire et la crise du Wakashio, nous comptons reprendre un nouvel élan en 2021. La crise climatique n’attend pas. C’est maintenant ou jamais que nous devons assurer notre survie.