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Keshan Mudhoo était déjà attiré par la mer lorsqu’il n’avait que dix ans. Il avait alors décidé d’accompagner son père chaque matin qui allait pêcher pour nourrir sa famille. « Mo pa ti kontan al lekol. » Cet habitant de Poudre-d’Or, âgé de 37 ans, est aujourd’hui propriétaire de plusieurs bateaux grâce à ses sacrifices et à ses emprunts auprès des institutions bancaires. Il était chez lui lundi soir lorsque des amis l’ont sollicité pour apporter son concours aux recherches en vue de retrouver les disparus à la suite du drame survenu en mer durant la nuit de lundi, provoquée par la collision entre le remorqueur Sir Gaëtan Duval et une barge non loin des côtes de Poudre-d’Or.

Avec Ravin Beerbaul, le conseiller du village de la localité et Patrick Berthelot, il a commencé les recherches. « Nou trouv enn lekor pe flote. Letan nou aprose li fini fini mort. » Une demi-heure plus tard, Keshna découvre un autre marin. « Mo trouv li dan dilo pe grelote, mo tir mo jacket mo donn li avan. Nou amen li abor et nou remet li dan lamin NCG. » Selon Keshan et Ravin Beerbaul, malgré toute la bonne volonté des éléments du NCG, il était très difficile pour eux ce jour-là d’aller porter secours aux membres d’équipage du remorqueur Sir Gaëtan Duval qui étaient en difficulté. « Nou mem nou gagn bocou difikilte pou al an mer akoz ena bocou ross kot debarkader. Imazin enn kou aster ban gard NCG avek zot ti bato ti pou bizin al dan gran dilo. Pas facile pour eux malgré toute leur bonne volonté », témoignent Ravin et Keshan. C’est pour cette raison, confie Keshan, qu’il n’hésite pas à porter secours aux personnes en difficulté en mer à chaque fois que ses amis viennent le solliciter.

Père de trois enfants, Keshan raconte au Mauricien, en présence du conseiller du village Ravin Beerbaul, que ce n’est pas la première fois qu’il porte secours aux personnes en danger. « C’est la troisième fois depuis que je suis pêcheur. La première fois, c’était il y a une dizaine d’années. Deux jeunes étaient sortis pour une balade à l’îlot Bernache dans le nord. Ils se trouvaient en difficulté. Mo ti al sirplas pou ede. Malheureusement, on n’a pu rien faire, ils étaient sous l’influence de l’alcool. Je conseille aux jeunes de ne jamais consommer d’alcool avant d’aller nager. C’est une grosse erreur. Lamer pa pou rat ou si ou pa konn kontrol ou. »

Keshan ne pourrait jamais refuser d’aider lorsque le NCG fait appel à lui pour sauver une personne en danger. « Il n’y a rien de plus important que la vie d’un être humain. Il n’y a aucune raison pour refuser. Mwa osi mo ena zanfan. Ou pa kone kila vie kapav reserv ou pli divan », dit le propriétaire du bateau. Et d’ajouter : « Je serai toujours présent à chaque fois lorsqu’on vient me solliciter. »

Keshan est heureux d’apprendre que le rescapé Elvis Éléonore, le marin qu’il avait sauvé et à qui il avait offert sa jacket, lui a envoyé un message lorsqu’il était à l’hôpital du Nord pour lui dire qu’il passerait le voir avec sa famille pour le remercier. Éric Éléonore, le fils d’Elvis, dira au Mauricien qu’il ne pourra pas oublier Keshan, Ravin, Patrick et les éléments de la NCG qui ont secouru son père. « Zame pou kapav blie zot. Si zot pa ti ed mo papa, li ti kapav perdi so lavi. Je ferais de mon mieux pour aller les retrouver dès que mon père va se remettre et retrouve le moral », a promis le fils. « Monn byen kontan letan mo finn apran sa nouvel la. Cela fait chaud au cœur », confie Keshan.

Ce dernier, Ravin et Patrick Berthelot, un pêcheur de la localité et d’autres pêcheurs qui ont participé aux recherches en vue de retrouver les disparus sont unanimes. « Il va falloir procéder à d’importants travaux de dragage dans une partie du lagon à quelques mètres de la plage afin de permettre aux pêcheurs d’avoir plus d’espace pour pouvoir opérer, et dans de meilleures conditions. À ce jour, nous éprouvons beaucoup de difficultés pour sortir nos bateaux comme c’était le cas pour les officiers du NCG lundi soir. Les autorités doivent trouver au plus vite une solution. » Ils souhaitent que les travaux de dragage soient réalisés. « Les experts doivent venir sur place pour un constat. Les grosses pierres qui se trouvent dans l’eau causent beaucoup de dégâts et nuisent aux activités de pêcheurs. »

Keshan et Ravin sont d’avis que les responsables de la Mauritius Port Authority ont dû demander à l’équipage du remorqueur Sir Gaëtan Duval de revenir au port malgré le mauvais ce jour-là. « C’est une grosse erreur. »

Patrick Berthelot et des habitants de la région ne souhaitent pas vivre le même traumatisme comme ceux de la région du sud-est avec les conséquences à la suite du naufrage du MV Wakashio. Ils disent avoir découvert jeudi après-midi un poisson mort flotter dans le lagon de Poudre-d’Or. « Mo pa swet lepir. Mo ti kontan ki lotorite pran tou bann dispozision pou evit enn katastrof kouma finn arive dan sidest. »

Rani Mohabeer, habite en face de la mer à Poudre-d’Or. Comme ses voisins, elle a assisté elle aussi aux démarches entreprises pour retrouver les marins disparus. « J’ai vu une lumière au large des côtes. J’ai entendu des bruits et tout de suite après, une chaîne de solidarité s’est développée pour organiser le secours. » Elle a aussi des appréhensions. Elle craint le risque de déversement de fioul dans le nord. « Nous sommes très inquiets pour notre santé, surtout lorsque nous apprenons ce que vivent les habitants de la région sud-est. Nous ne voulons pas subir le même sort. »

Du côté de Roche-Noire, c’était également le “talk of the day” mercredi matin au bord de la plage. Chacun y allait de son petit couplet. Mike Chelliar habite en face de la mer. L’un de ses proches a été le premier, relate-t-il, à avoir compris que le bateau était en difficulté. « ll a téléphoné au NCG de Poudre-d’Or pour donner l’alerte. »

Beesam, un habitant de la localité, souhaite que le remorqueur soit retiré de l’eau au plus vite pour éviter une autre pollution dans cette zone. « Nou ti pou pli an sekirite si travay ti fer opli vit. »

Des pêcheurs s’interrogent eux aussi sur la nécessité de faire revenir au port le remorqueur malgré le mauvais temps. « Il faut une enquête approfondie pour rétablir toute la vérité dans cette affaire. Li pa fasil pou sa bann fami ki finn perdi zot pross dan sa nofraz la », ajoute Paul, un pêcheur de la localité.