Étudier à l’étranger en 2026 — Dans un contexte mondial incertain, les jeunes Mauriciens rêvent d’ailleurs

Malgré un environnement international marqué par des tensions géopolitiques, une inflation généralisée et une reconfiguration des politiques d’accueil des étudiants internationaux, les études à l’étranger continuent de représenter un projet central pour les jeunes Mauriciens. Loin de provoquer un désengagement, ces transformations contribuent plutôt à redessiner les trajectoires étudiantes. Entre attractivité persistante de certaines destinations, émergence de nouveaux pôles et arbitrages financiers de plus en plus complexes, la mobilité étudiante s’inscrit aujourd’hui dans une logique à la fois stratégique et adaptative. Audrey Paris (Campus France), Christine Faugoo (IDP Education) et Dr Dorish Chitson (Overseas Education Centre) évoquent les dynamiques actuelles.

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Les premières tendances observées cette année confirment que la mobilité internationale ne faiblit pas. Audrey Paris l’affirme clairement. «Les premières tendances confirment que la popularité de la France comme destination d’études ne faiblit pas. Malgré un contexte international différent, marqué par une concurrence accrue entre pays et de nouvelles incertitudes géopolitiques, l’intérêt pour les établissements français demeure soutenu. » La France, dit-elle, continue d’attirer un nombre croissant d’étudiants internationaux, avec plus de 443 000 étudiants étrangers recensés en 2024-25, soit une hausse de 3% sur un an. «Hausse qui s’applique également pour Maurice.»

Audrey Paris ajoute que cette attractivité repose sur des éléments structurels solides. «Cette dynamique s’explique par la qualité reconnue de l’enseignement supérieur français, la diversité des formations proposées, ainsi que l’attractivité culturelle et académique du pays. Les premiers retours de cette année laissent donc penser que la France reste une destination de référence pour les jeunes souhaitant poursuivre des études à l’international», dit-elle.

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Du côté des destinations anglophones, la tendance est également positive, bien que plus contrastée. Christine Faugoo d’IDP Education observe qu’«en ce qui concerne nos destinations, chez IDP, on remarque que l’Australie et le Royaume-Uni restent populaires, bien que l’on remarque un peu plus d’hésitation cette année, et notamment en ce qui concerne les départs pour le Canada qui ont baissé.» Dr Dorish Chitson d’OVEC confirme cette résilience globale de la demande et avance que «le désir de nos jeunes de partir à l’étranger et d’acquérir cette importante expérience internationale a toujours été fort.»

Guerre au Moyen-Orient,

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pas de panique

La situation géopolitique actuelle, notamment au Moyen-Orient, soulève des interrogations, mais ses effets restent encore limités. Audrey Paris nuance et soutient qu’à ce stade, il est encore trop tôt pour tirer des conclusions définitives. «Nous sommes actuellement en pleine phase de candidatures, tandis que les premières réponses des universités commencent tout juste à parvenir aux étudiants. Il est donc difficile, pour le moment, de mesurer avec précision si le contexte de guerre au Moyen-Orient influence réellement les décisions de mobilité internationale. Les intentions de départ restent présentes, mais l’impact concret sur les choix finaux — confirmation d’inscription, changement de destination ou report de projet — pourra être évalué plus clairement à partir du mois de septembre, lorsque les décisions seront arrêtées et que les départs se préciseront.»

Sur le terrain, certains ajustements apparaissent néanmoins. Christine Faugoo explique que «pour l’instant pas de panique en ce qui concerne l’Australie, la Grande-Bretagne, etc. Par contre, nous avons eu la visite d’étudiants qui pensaient aller faire leurs études au Moyen-Orient, par exemple à Dubaï et Abu Dhabi, et qui ont shifté pour l’Australie. En règle générale, c’est certain que les étudiants et surtout les parents y réfléchissent à deux fois pour s’assurer qu’ils font le bon choix.»

Dorish Chitson apporte un éclairage complémentaire et signale que «la plupart de mes étudiants se rendent au Royaume-Uni, au Canada, en Australie, en Nouvelle-Zélande, en Malaisie ou en Chine, de sorte que la guerre au Moyen-Orient ne les affecte pas directement ; si ce n’est que, pour ceux qui partent vers l’Occident, au lieu de transiter par Dubaï, ils passent par Paris ou Londres.» Elle poursuit que certaines destinations apparaissent même renforcées. «L’Australie et l’Angleterre oui. Ce sont des destinations très résilientes que ce soit lorsqu’elles ont traversé la période Covid ou ces jours-ci la guerre au Moyen-Orient. Je dirai que l’Australie et la Nouvelle-Zélande sont des pays intéressants, car un peu coupés des événements dans le reste du monde et un peu éloignés du reste du monde.»

Le coût de la vie, une réalité à anticiper

La hausse du coût de la vie constitue aujourd’hui un élément déterminant dans les choix des étudiants. Audrey Paris souligne que «la hausse du coût de la vie est une réalité observée dans de nombreux pays, y compris en France comme à Maurice. Les étudiants qui préparent un départ doivent donc intégrer cet élément dès la phase de planification de leur projet, en prévoyant un budget plus conséquent pour le logement, l’alimentation, les transports ou encore les dépenses du quotidien.»

Elle insiste sur la nécessité d’anticipation. «Pour les primopartants, il est essentiel d’anticiper ces charges afin d’aborder leur installation avec davantage de sérénité. Cela passe par une estimation réaliste des dépenses selon la ville choisie, certaines destinations étant naturellement plus coûteuses que d’autres.» 

Elle rappelle une possibilité importante. «Tout étudiant international en France peut exercer une activité salariée dans le cadre autorisé par la réglementation, sans autorisation préalable spécifique. Beaucoup choisissent d’ailleurs de travailler à côté de leurs études afin de compléter leur budget, que le contexte international soit tendu ou non. Cela fait aujourd’hui partie intégrante de la stratégie financière de nombreux étudiants.»

Christine Faugoo d’IDP confirme cette tendance. « Malheureusement, le coût de la vie tend à augmenter un peu partout et oui, on remarque que nous avons beaucoup plus de demandes de scholarships. La possibilité de travailler est certes un critère important dans le choix d’une destination d’études», dit-elle.

Face à ces contraintes, les étudiants diversifient leurs choix. Dorish Chitson explique qu’«aujourd’hui, les étudiants se tournent vers une plus grande diversité de pays, et l’Europe devient tout aussi attractive que l’Asie. Auparavant, ils se rendaient principalement dans deux grandes destinations, l’Australie et le Canada, qui ont besoin d’une main-d’œuvre plus importante et offrent ainsi un permis de travail automatique à la fin des études, ainsi qu’une possibilité de résidence permanente.»

Mais ces destinations deviennent plus sélectives. Ces deux pays ont récemment restreint le nombre d’étudiants, car les établissements se sont vu attribuer des quotas d’étudiants et il est désormais plus difficile d’intégrer un collège polytechnique canadien, à moins de suivre certaines formations figurant sur la liste des priorités du pays. Toutefois, ceux qui entreprennent des cursus diplômants plutôt que des diplômes plus courts pourront toujours bénéficier d’un postgraduate work permit.

Dorish Chitson précise que «l’Australie bénéficie d’un climat très agréable et convient à ceux qui peuvent assumer le coût de la vie plus élevé — après l’obtention de leur diplôme, les étudiants peuvent obtenir un permis de travail d’au moins deux à trois ans, mais l’accès à la résidence permanente se fait au cas par cas.»

L’Asie et la Chine séduisent

L’Asie s’impose aujourd’hui comme une alternative stratégique majeure dans les choix de mobilité étudiante. Dorish Chitson souligne que «les étudiants mauriciens recherchent des destinations plus abordables, notamment en Asie.» Cette orientation s’explique en grande partie par des contraintes économiques : «À Maurice, la majorité de la population ne gagne pas suffisamment pour faire face aux frais de scolarité et au coût de la vie élevés à l’étranger; nous nous efforçons donc de proposer des destinations plus accessibles en Asie (Malaisie et Chine).»

La Chine apparaît particulièrement attractive sur le plan financier, car «le coût de la vie y est d’environ Rs 198 000 à Rs 200 000 par an, contre Rs 950 720 en Australie, Rs 800 000 au Royaume-Uni ou Rs 770 000 au Canada. Les frais universitaires y sont également bien plus abordables, allant de Rs 135 000 à Rs 700 000 par an, soit environ un dixième du coût des universités occidentales.» Au-delà de l’aspect économique, le pays séduit aussi par la qualité de ses infrastructures et ses opportunités linguistiques et professionnelles. Quant à la Malaisie, elle offre une formule hybride attractive et «les étudiants peuvent obtenir un diplôme britannique ou australien même en étudiant sur un campus asiatique.»

Une préparation sérieuse

Parallèlement, les choix de destination et de formation s’inscrivent dans une logique clairement centrée sur l’employabilité et les perspectives migratoires. «Les Mauriciens choisissent des pays où il existe des possibilités d’emploi et d’émigration en raison du taux de chômage élevé à Maurice; les parents recherchent un retour sur investissement et souhaitent une formation qui rende leurs enfants immédiatement opérationnels sur le marché du travail», explique Dorish Chitson.

Face à une telle décision, la préparation devient essentielle que ce soit pour les primopartants que pour les parents. Audrey Paris insiste que le principal conseil serait de miser sur une préparation sérieuse et anticipée, car un départ pour des études à l’étranger ne s’improvise pas. Elle précise qu’«il est essentiel de bien connaître les différentes démarches à accomplir avant le départ, mais aussi celles à prévoir une fois arrivée en France.» Et conclut qu’«afin d’accompagner au mieux les futurs étudiants, nous avons d’ailleurs préparé une check-list claire et détaillée que nous transmettons à chaque étudiant au moment de la préparation de sa demande de visa étudiant. Cet outil permet d’aborder chaque étape avec méthode et de partir dans les meilleures conditions possibles.»

Christine Faugoo recommande également d’«utiliser des agences comme IDP si vous souhaitez aller étudier en Australie ou au Royaume-Uni. Nos services sont gratuits et nous représentons une palette d’universités tellement large que nous sommes en mesure de donner aux étudiants des conseils impartiaux et surtout IDP partagera avec vous les faits en ce qui concerne les coûts des études et comment gérer votre budget en tant qu’étudiant. Ne pas payer de sommes exorbitantes pour un service. De nos jours, il est de plus en plus important de prendre le temps de bien choisir étant donné que les études à l’étranger sont un investissement important.»

En somme, les études à l’étranger restent un projet structurant pour les étudiants mauriciens. Si les conditions évoluent, les motivations demeurent fortes. Et dans un monde incertain, la mobilité étudiante ne recule pas, elle devient plus stratégique, plus réfléchie et plus diversifiée.

LEGENDE

Pour beaucoup de jeunes étudiants mauriciens, la possibilité de travailler est un critère important dans le choix d’une destination d’études (photo d’illustration)

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