l Hyder Raman : « Cette crise accentue la vulnérabilité des foyers les plus modestes »

La polémique enfle suite à la décision prise, le 25 avril dernier, par le gouvernement d’interdire la réouverture des foires lors de la deuxième phase du déconfinement. Les forains et les marchands opérant à Port-Louis et à Flacq sont en colère car ils ne comprennent pas pourquoi on les empêche de travailler, alors que, paradoxalement, les autobus, par exemple, sont bondés de monde. Leur indignation est d’autant plus grande que, dans le même temps, d’autres établissements ayant quasiment les mêmes configurations que les leurs ont obtenu le feu vert du gouvernement pour opérer. Le président de la Street Vendors Association (SVA), Hyder Raman, tire la sonnette d’alarme sur la précarité des travailleurs de ce secteur.

« Pourquoi les voyageurs agglutinés dans les transports en commun sont-ils tolérés, mais pas un nombre de clients limités par stand dans des foires qui sont suffisamment aérées ? » C’est la question qui taraude les marchands qui opèrent à la Place de l’Immigration, au Ruisseau du Pouce et à Flacq. Au motif que la configuration de certaines foires ne permettrait pas la mise en place d’un sens de circulation unique, le gouvernement a décidé, en avril, de maintenir, sous la Quarantine Act, la fermeture des foires. Le président de la SVA, Hyder Raman, a un avis contraire sur toute la question. « Je ne comprends pas la décision du gouvernement. Kan ou get sa bann bis ki ranpli lor la gar la mo dimann mwa kifer nou pa gagn drwa ouver nou lafwar avek bann dimounn ki pou responsab lentré ek sorti lor enn sel laport », dit-il.

Le gouvernement n’a-t-il pas changé son fusil d’épaule, ce mois-ci, en autorisant la réouverture de certaines foires comme celles de Da Patten et d’Arab Town à Rose-Hill ? La réouverture desdites foires ne va-t-elle pas à l’encontre de la Quarantine Act ? Week-End a tenté en vain de joindre le vice-Premier ministre et ministre des Collectivités locales, Anwar Husnoo, pour faire la lumière sur cette dérogation. Hyder Raman soutient pour sa part que « je ne vois pas d’un mauvais œil la réouverture de certaines foires. Bien au contraire, je constate que la discipline règne dans ces établissements grâce à une très bonne organisation. On pourrait en faire de même en prévoyant un système de comptage capable de réguler le flux de clients et une série de mesures sanitaires pour accueillir l’ensemble de nos visiteurs dans les meilleures conditions. »

Marchands ambulants en roue libre

La fermeture des foires de l’Immigration, du Ruisseau du Pouce, de Flacq, pour ne citer qu’elles, depuis le 23 mars, sonne comme un coup de massue pour les locataires de ces commerces. « Certes, nous percevons toujours du gouvernement l’allocation mensuelle de Rs 5200 pour subsister, sauf que le montant des dommages-intérêts est disproportionné par rapport au préjudice causé. Le gouvernement devrait tenir compte de ça », soutient Hyder Raman, qui évoque « la précarité dans laquelle se trouvent des pères et mères de famille qui vivaient avec de fortes ressources avant la crise et qui ont des dettes colossales à rembourser. Certains forains ont été contraints de demander de l’aide à des ONG pour subvenir aux besoins de leurs enfants. »

C’est pour toutes ces raisons que la président de la SVA a rencontré le ministre Anwar Husnoo et le lord-maire, Mahfooz Moussa Cadersaib, et des représentants des conseils de village au cours de la semaine écoulée pour leur faire part des doléances des forains. « Le ministre m’a écouté attentivement et a promis de plaider en notre faveur pour qu’il y ait une soft reopening dans le plus bref délai », souligne Hyder Raman. Alors que les occupants des étals des foires n’ont pas le droit de travailler, des marchands ambulants pullulent dans les rues de la capitale, au nez et à la barbe des policiers. Ce qui a le don d’agacer les travailleurs du secteur formel, qui n’écartent pas la possibilité de descendre dans la rue si la police ne sévit pas contre les contrevenants.