Il quitte le Covid-19 Testing Centre d’un pas lourd pour rejoindre son épouse et ses enfants. « Je suis positif… On m’a dit d’attendre », soupire un père de famille en rajustant le masque sur son visage. Les regards inquiets des nombreuses personnes patientant ce mardi dans la cour de l’hôpital Jeetoo se braquent sur lui. « Ne reste pas trop parmi la foule », lui répond son épouse en lui prenant le bras.

Quelques mètres plus loin, deux hommes discutent sur le parking, à l’écart de la file d’attente. « Mo fek fer enn tes », confie l’un d’eux, arrivé sur place vers 7h du matin. « Ils m’ont dit d’attendre ici. Une ambulance me ramènera chez moi », poursuit-il, en retirant un flacon de gel hydroalcoolique de la poche de son sweatshirt pour se désinfecter les mains. Cet employé d’une compagnie située à Pailles – où dix cas positifs ont été recensés – reste donc là, sous le soleil de midi, à espérer d’autres directives. Au final, il téléphonera à son beau-frère. « Il va passer me prendre », lance-t-il en se faufilant parmi la foule pour sortir de l’enceinte de l’établissement hospitalier de la capitale.

Vers 11h30 ce mardi, environ 200 personnes font la queue pour subir de tests rapides ou de tests PCR. Il y a un mois et demi, cet exercice ne prenait que cinq minutes. La situation sanitaire s’est toutefois dégradée. Une moyenne de plus 300 cas positifs au Covid-19 est désormais enregistrée quotidiennement. Le gouvernement semble tout miser sur la vaccination, rappelant quotidiennement que près de 800 000 Mauriciens ont été vaccinés. Les communiqués du Government Information Service (GIS) ne parlent d’ailleurs plus de cas actifs, se contentant de révéler que seulement 0,65% de la population a été contaminée par le virus du Covid-19 depuis mars 2020.

En outre, le ministre de la Santé, Kailesh Jagutpal, a annoncé un nouveau prorocole à l’effet que les personnes vaccinées peuvent s’auto-isoler chez elles. En parallèle, les autorités maintiennent leur plan de réouverture des frontières. Mardi, la Mauritius Tourism Promotion Authority a annoncé un assouplissement de la quarantaine pour les touristes vaccinés. Les prévisions gouvernementales optimistes se heurtent, cependant, à la dure réalité : des décès en série liés directement au virus enregistrés depuis le week-end dernier. Le Covid-19 est aussi inscrit comme facteur de comorbidité  parmi d’autres décès récemment recensés.

Parents, travailleurs, policiers…

En raison de la détérioration de la situation sanitaire, une marquise supplémentaire a dû être installée en urgence dans le parking de l’hôpital Jeetoo. Le nombre grandissant de personnes souhaitant se faire dépister fait qu’il faut patienter au moins deux heures, avant d’être dirigés de l’autre côté de la rue, soit sous l’autre marquise qui jouxte le Covid-19 Testing Centre, pour attendre quelques heures encore. Le flot de potentiels malades y convergeant est incessant à toute heure de la journée. « Mem trwa-zer gramatin ! », s’offusque un des préposés à la sécurité. Dans ces espaces exigus faisant quelques mètres carrés, impossible de respecter la distanciation sociale. En outre, le masque sanitaire n’est pas de rigueur. Pour la majorité, il s’agit de pièces fabriquées avec du tissu industriel bon marché, ne protègeant guère du virus.

Assise sur l’une des chaises en plastique mise à disposition, une jeune mère donne le biberon à son bébé. Accoudés à un muret, des travailleurs de la mairie de la capitale se plaignent de l’attente ; cela fait deux heures qu’ils n’ont pas avancé. « Il y a eu six cas chez nous », soutient l’un d’eux. Accroupis sur l’asphalte à l’arrière de la marquise, des travailleurs étrangers ont toutes les peines du monde à comprendre les instructions transmises.

Des policiers en uniforme et Tracksuits sont également sur le qui-vive : ils ont accompagné des prisonniers venus se faire dépister. Le stress, le manque de communication, l’attente exagérément longue… les esprits s’échauffent. « Ena dimounn inn vinn apre nou pe pass avan ! », s’emporte un jeune de Cité-la-Cure en se confrontant avec un des gardiens. « Je ne peux rien faire », lui rétorque ce dernier, épuisé. Le jeune compatira.

« En ce moment, on peut dire qu’il y a peu de personnes », note un préposé de l’hôpital, qui se tient à l’écart de la foule. « Le soir, les gens font la queue jusque sur la route », ajoute-t-il. Des propos soutenus par un autre employé : « Ils viennent d’installer cette tente il y a quelques jours. Sinon, les gens attendaient dans la rue. Dimounn ti pe tonbe lor sime kouma zamalak ».

L’inquiétude a également gagné les commerçants non loin de l’hôpital. « La ena mwins dimounn ! En principe, la file d’attente s’étend jusqu’à la croisée », avance un marchand de gâteaux, en pointant du doigt une intersection située à une vingtaine de mètres de l’entrée de l’hôpital. « J’ai très peur », confie une voisine. « J’ai une fenêtre qui donne directement sur le centre où sont réalisés les tests PCR. Je ne l’ouvre plus ».

En raison du non-respect de la distanciation sociale et des mesures sanitaires primordiales, des questions sont posées parmi les employés de l’hôpital Jeetoo. « Il y a un directeur ici, des gens responsables. Ne voient-ils pas la situation dans le centre de Covid-19 ? », se demande l’un d’eux. Car dans la cour de l’hôpital, les gens ne cessent d’affluer. « Ils peuvent ne pas vous soumettre de tests PCR si vous ne présentez pas de symptôme de Covid », indique un employé de l’hôpital, dépassé par la fréquence infernale de patients se présentant au centre. De fait, il tente de persuader les gens de regagner leur domicile : « Si ou pena sintom, pa vini. » « J’attendrai d’en avoir, et puis je reviendrai ! », ironise un père de famille. « Lerla mo ava pas pli vit ! »

« C’est vrai ! », commente une étudiante de l’université de Maurice rencontrée, cette fois, au Covid-19 Testing Centre de l’hôpital Victoria, à Candos. « Des cas positifs ont été recensés dans notre groupe à l’université et il nous a été demandé de faire de tests PCR. Or, j’ai des amis qui se sont vus refoulés car ils n’avaient pas de symptômes de Covid ».-, fait-elle comprendre.

Une cinquantaine de personnes forment une queue improvisée derrière les grilles qui les séparent des urgences. Le temps gris et le froid semblent avoir adouci les esprits, beaucoup plus calmes qu’à Port-Louis. « En fait, un infirmier est sorti il y a quelques minutes pour dire aux personnes qui n’habitent pas la région de rentrer chez elles. Il y avait beaucoup plus de monde », ajoute l’étudiante, après avoir reçu son Attendance Slip sur lequel est inscrit : « Rapid Test Negative ».

Autour d’elle, des élèves d’établissements secondaires attendent inquiets avec leurs parents. Des personnes âgées accompagnées de leurs proches cherchent un endroit où s’asseoir. Des jeunes, entre-temps, jouent sur leurs téléphones portables tout près de la queue. « Cela fait une heure que j’attends… Un peu plus même », rdit un homme venu avec sa compagne.

Chaque dizaine de minutes, un infirmier vêtu d’une combinaison blanche, de gants, et d’un masque en plastique recouvrant l’ensemble de son visage, se présente devant les patients. Il remet les résultats des tests rapides. Ceux trouvés positifs sont rappelés à l’intérieur du centre pour subir un test PCR. « Il y avait une femme à l’intérieur avec moi », dit l’étudiante. « Ils ont fait le test et lui ont demandé de rester sur place. Elle a été testée positive ».