Après avoir permis à des bateaux étrangers de pêcher sur les bancs, le GM autorise l’importation de 400 tonnes de poisson  La Perle/Capitaine…

Colère et révolte au sein de la communauté des pêcheurs. Alors qu’ils évoquent les difficultés à écouler leurs poissons sur le marché local depuis quelque temps, les pêcheurs ont appris que le gouvernement a donné son aval à l’importation de 400 tonnes de poisson La Perle/Capitaine. Ils se sentent trahis. Le Syndicat des Pêcheurs est monté au créneau et son président, Judex Rampaul, parle de discrimination à l’encontre des pêcheurs. Il dit ne pas comprendre comment dans un contexte où l’on parle de protéger l’industrie locale, on encourage ainsi une telle concurrence. Il se demande également sur quelles données statistiques le ministère de la Pêche s’est basé pour conclure à pénurie de poissons pendant l’hiver.

Depuis quelque temps déjà et encore plus depuis le confinement, les pêcheurs faisaient part de leurs difficultés à écouler leurs poissons sur le marché. La situation est encore plus compliquée pour ceux qui sont engagés dans la pêche semi-industrielle. Comme on le sait, le gouvernement a octroyé des fonds, à hauteur de Rs 4 millions à des sociétés coopératives, représentant 50% de la somme nécessaire pour acheter un bateau de pêche semi-industriel. Pour compléter ces fonds, ces sociétés ont dû emprunter auprès de la MauBank, avec pour condition qu’ils aient au moins 10% de la somme nécessaire dans leurs comptes en banque, soit Rs 400 000.

Or, alors que ces sociétés coopératives se retrouvent endettées et qu’elles peinent à écouler leurs cargaisons sur le marché local, où ce sont les banians qui font la loi, le gouvernement a décidé d’autoriser l’importation de 400 tonnes de poissons la perle/capitaine. Et c’est justement ce type de poissons qui est pêché sur les bancs par les opérateurs locaux. Judex Rampaul dénonce une stratégie dans le dos des pêcheurs, en plein confinement.

« Cela fait un certain temps que nous sommes en train de crier pour évoquer nos difficultés à écouler nos poissons en raison de la concurrence des poissons importés. Le marché est déjà saturé. Voilà que le gouvernement profite du confinement pour octroyer de nouveaux permis. C’est une décision prise dans le dos des pêcheurs, sans aucune consultation, alors qu’on est en train de nous encourager à quitter le lagon pour aller en haute mer, » fait-il ressortir.

Il s’interroge également sur le « timing », se demandant même si les autorités ont profité du confinement afin que les pêcheurs ne puissent manifester leur mécontentement face à cette décision. « Au cours du dernier confinement, on a vu comment certains contrats ont été alloués. Va-t-on faire la même chose avec les poissons ? Qui aura des permis pour importer ces poissons ? Et puis, sur quoi s’est-on basé pour dire qu’il y aura pénurie de poissons pendant l’hiver ? Y a-t-il des recherches qui ont été faites ? Où sont les statistiques ? On aimerait savoir également d’où ces poissons seront importés et qui auront les permis.»

Judex Rampaul ne manque pas non plus de souligner la contradiction, à un moment où l’on parle de protéger l’industrie locale. Déjà, il y a quelques années, le gouvernement avait pris la décision d’autoriser des bateaux étrangers de pêcher sur les bancs, au large de Saint-Brandon. Alors que jusque-là ceux-ci étaient réservés aux opérateurs locaux. « D’une part, on nous donne des facilités pour nous lancer dans la pêche semi-industrielle et par la suite, on encourage la concurrence. À un moment où l’on parle d’autosuffisance alimentaire, n’était-il pas plus approprié de réorganiser le secteur de la pêche, afin de nous permettre de mieux servir la population ? Mais non, il semble que l’objectif est de bloquer la communauté des pêcheurs, de l’empêcher de s’épanouir, » dit-il.

Judex Rampaul ajoute qu’avec la présente situation, certains pêcheurs risquent de se retrouver sans emploi. Alors que si ce secteur était développé comme c’est le cas aux Seychelles, notamment, il aurait pu générer beaucoup d’emplois. Même si pour l’heure, provision a été faite pour l’importation de 400 tonnes seulement, le président du Syndicat des pêcheurs estime « qu’une fois que le conseil des ministres a pris la décision, la voie est libre pour certains.» Il se demande également pourquoi le ministère de la Pêche n’a pas engagé des consultations avec les opérateurs mauriciens et les sociétés coopératives. « Si c’est vrai qu’il y a un problème, on aurait pu réunir les différents partenaires autour d’une table pour trouver des solutions. »

Rappelons également que les sociétés coopératives avaient demandé au ministère de la Pêche de mettre en place un système de distribution à travers lequel elles pourraient écouler leurs cargaisons directement sur le marché local, à un prix avantageux pour les consommateurs. Faute de capacité de stockage, elles sont contraintes de vendre leurs cargaisons aux banians qui imposent leurs lois.

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BUDGET 2021-2022

Requêtes aux oubliettes ?

Cette décision du gouvernement d’autoriser l’importation de 400 tonnes de poisson survient alors même que le Syndicat des Pêcheurs vient de soumettre son mémoire au ministre des Finances, Renganaden Padayachy. Parmi les propositions, on relève ainsi l’élaboration d’une stratégie de marketing, afin de permettre à ceux engagés dans la pêche semi-industrielle, d’aller vers les consommateurs. Pour cela, il est souhaité que des « fish shops » soient construits dans différents endroits de l’île, ainsi qu’au « fishing port » de Trou-Fanfaron. Le syndicat demande également au ministre des Finances de prévoir l’aménagement d’une chambre froide à Trou-Fanfaron, afin que les coopératives puissent y stocker leurs cargaisons, en attendant de les écouler sur le marché.

Pour développer davantage ce secteur, le Syndicat des Pêcheurs suggère au ministre des Finances d’octroyer une somme de Rs 50 millions pour permettre à d’autres sociétés coopératives d’acheter un bateau et se lancer dans la pêche semi-industrielle. Rappelons qu’en 2016 et 2017, alors qu’il était ministre des Finances, Pravind Jugnauth avait fait provision pour six bateaux semi-industriels. Toutefois, à ce jour, trois seulement sont en opération. En dépit des demandes des pêcheurs de rendre publics les noms de ceux ayant bénéficié des trois autres bateaux, le ministère de la Pêche est resté silencieux.

Parmi les autres demandes du Syndicat des Pêcheurs, soulignons celle de « write off » les loans datant de plus de 20 ans auprès de la DBM, ainsi que la mise en place d’un plan de retraite pour les pêcheurs âgés.