Alors que les importateurs et fabricants de boissons alcoolisées se sont rencontrés lundi dernier pour passer en revue les nouvelles lois entourant la promotion de l’alcool, le flou perdure toujours.

D’une part, les acteurs du secteur trouvent difficile d’appliquer rigoureusement ces mesures, s’estimant par ailleurs lésés dans l’exercice de communication autour de leur produit, et dans le sillage discriminés quant à la compétition.

De l’autre côté, ce sont aussi les revendeurs qui s’en trouvent désabusés par les nouvelles normes interdisant la vente d’alcool à des discounted price. En attendant que les opérateurs du secteur rencontrent les autorités pour déterminer la stratégie à adopter, en vue d’éclairer ses lecteurs, Week-End s’est tourné vers les autorités concernées à travers le Dr Balkrish Beedassy, point focal pour l’alcool au ministère de la Santé et auteur du National Action Plan to Reduce Harmful Use of Alcool 2020- 2024 qui nous explique ce qu’il faut savoir.

D’emblée, le Dr Balkrish Beedassy explique que les nouvelles réglementations entourant la promotion d’alcool découlent de la stratégie mise en place dans le plan d’action nationale visant à réduire l’usage nocif de l’alcool à Maurice.

Pour cause, selon les chiffres du Non-communicable disease Survey de 2015, 52,8%, dont 66% des hommes et 41% des femmes, de la population qui consommait de l’alcool en 2015. En 2019, la consommation qui était à 45 litres par tête d’habitants en 2011, est passée à 46,6 litres.

L’importation et la production selon les chiffres de la MRA ont connu une hausse: 62 millions de litres enregistrés en 2019 contre 56 millions en 2011, alors que pour 2015 ces chiffres équivalaient à 53 millions. 

En conséquence, les autorités relèvent que le nombre de morts relatif à l’abus d’alcool est passé d’un total de 101 en 2011 à 143 en 2018, alors que si chez les femmes, le nombre de morts dus à l’alcool est passé de 7 à 10 entre 2011 et 2018, chez les hommes il est passé de 94 en 2011 à 133 en 2018. Le rajeunissement de l’âge des consommateurs d’alcool est aussi inquiétant, indique le Dr Beedassy. D’où les campagnes enclenchées par le ministère de la Santé pour sensibiliser la population et l’informer également sur l’abus nocif de l’alcool.

« Et dans le but de décourager la consommation abusive, il a fallu aussi se pencher sur la promotion, déjà interdite, mais qui a été renforcée », explique-t-il. L’objectif étant de faire un mid-team review des stratégies dégagées dans plan d’action national 2020-2024 pour réduire l’usage nocif d’alcool, incluant la réhabilitation et réinsertion sociale des usagers, fin 2022.

C’est ainsi que les différentes clauses du Public Health (Prohibition on Advertisement, Sponsorship and Restriction on Sale and Consumption in Public Places of Alcoholic Drinks) Regulations 2008 ont été revues. Il faut savoir que désormais toute boisson qui dépasse un taux de 0,5% par volume est considérée comme une boisson alcoolisée et est donc interdite de toute publicité, sponsorship et promotion.

« Auparavant, pas toutes les bières tombaient sous cette catégorie. Nous avons revu cette clause », dit le Dr Beedassy. De même, la vente et la consommation interdites dans les lieux publics inclut aussi les institutions de santé, les complexes sportifs et les gymnases, mais aussi les lieux de travail.

Il est aussi interdit de faire de la publicité pour une boisson alcoolisée, d’une marque associée à une boisson alcoolisée, du nom ou du logo d’une boisson alcoolisée ou tout autre item associé à une boisson alcoolisée.

« C’était déjà le cas avec la loi de 2008. Il est interdit toute annonce commerciale concernant l’alcool et aujourd’hui cela comprend aussi les annonces interdites sur les réseaux sociaux, ou via le e-mailing, par exemple. Dans le contexte, il est aussi, par exemple, interdit d’afficher une marque ou un logo, ou tout produit ayant trait à l’alcool sur les véhicules », explique le Dr Beedassy.

Cependant, si des employés d’une entreprise portent un uniforme avec le logo de leur entreprise, cela est considéré comme un symbole d’appartenance au lieu de production, et est donc permis. « Toutefois, c’est uniquement à l’intérieur de l’usine ou de la compagnie que cela est permis. Demain, une compagnie productrice d’alcool ne pourra pas donner un t-shirt avec son logo en cadeau. Il n’est plus question de cadeaux, de porte-clés, casquettes ,parapluies, etc., avec le logo ou le nom d’un produit », précise le Dr Beedassy.

S’agissant de la partie relative à « tout autre produit », le Dr Beedassy explique que « si quelqu’un fait la promotion d’une viande, il ne pourra ajouter, comme cela se fait très souvent, que la consommation de cette viande est idéale avec tel ou tel produit contenant de l’alcool ».

Stratégie marketing en alignement avec les règlements de la MRA

Dans le même ordre d’idées, toute promotion destinée ou susceptible d’encourager, directement ou indirectement, l’achat ou l’utilisation d’une boisson alcoolisée est interdite. Cela que ce soit en termes d’une loterie offerte, une boisson à prix réduit… incluant par là même la promotion pour une boisson alcoolisée, d’une tradename, ou un nom de fabricant, un logo ou un nom de marque associé à une boisson alcoolisée…

S’agissant des prix réduits, qui deviennent un véritable casse-tête pour les opérateurs du secteur, dont certains ont même, pour éviter les ennuis, posé des rideaux pour cacher les prix des bouteilles, il faut comprendre qu’un commerçant ne peut décider de lui-même de pratiquer une promotion sur les boissons alcoolisées.

La stratégie de marketing doit être en alignement avec les règlements du Pricing Mechanism de la MRA, du Public Health Inspectorate, du Consumer Protection Act, et de l’Observatoire des prix, etc, indique le Dr Beedassy. Soit les prix promotionnels doivent recevoir l’aval des autorités, d’une part, et être répercuté overall, et non dans une boutique, ou par un commerçant à son bon vouloir.

Le parrainage des événements sociaux et communautaires qui était aussi déjà interdit a été étendu à d’autres secteurs dont les concerts et les événements sportifs, du fait notamment que ces lieux sont bien des fois fréquentés par des mineurs.

Pas d’ardoise

En outre, il est aussi interdit aux commerçants de proposer de l’alcool à crédit aux consommateurs. « Aucun commerce ne pourra avoir une ardoise de clients », dit le Dr Beedassy.

S’agissant de la confusion suite à « l’erreur » dans la publication du Government Gazette datée du 6 juillet 2021 relative au fait aucune personne âgée de moins de 21 ans ne peut acheter ni consommer l’alcool dans un lieu public, le Dr Beedassy relativise et fait ressortir que « cela a été changé ».

Par contre, explique-t-il, il faut savoir que la consommation d’alcool par les mineurs est un réel problème. D’ailleurs, le Global Health Student Survey démontre qu’il y a une plus grande exposition des jeunes à l’alcool. Surtout dans les écoles. « Cela du fait que souvent, il y a des élèves qui ont déjà 18 ans dans certaines écoles et qui achètent pour les plus petits. Il faut une sensibilisation », dit-il.