Rita Venkatasawmy

L’Ombudsperson for Children enquête sur des « travailleurs sociaux » ayant fait des demandes de dons destinés aux enfants et a déjà référé certains cas à la police

Ce bureau en présence aussi de nombreuses plaintes relatives au non-respect du droit de visite parentale

Le bureau de l’Ombudsperson for Children exprime son appréciation des gestes de solidarité de la part d’ONG et de nombreux particuliers envers les familles pauvres pendant le confinement. En revanche, cet organisme veillant au respect des droits des enfants met en garde contre certaines pratiques malveillantes de la part de personnes n’ayant jamais été dans l’action sociale et qui ont trouvé des astuces, dit-il, pour récolter des dons au nom des enfants dans le contexte difficile actuel. Des lanceurs d’alerte auraient mis les officiers du bureau de l’Ombudsperson sur la piste de ces prétendus travailleurs sociaux.

Le bureau de l’Ombudsperson for Children s’est en effet intéressé de près aux activités dites « sociales » de certains individus auprès des enfants durant le confinement à partir d’informations qui lui sont parvenues. Rita Venkatasawmy, l’Ombudsperson, a confirmé au Mauricien que son bureau enquête depuis quelques jours sur certains cas de demandes de dons pour enfants, ajoutant que certaines personnes seraient déjà dans le collimateur des autorités. Les officiers de ce bureau ont aussi le regard sur les réseaux sociaux, veillant aux démarches des personnes dont les noms ont été cités dans les informations qu’ils ont recueillies. « Dans certains cas, nous avons déjà écrit au commissaire de police », nous dit-elle, sans vouloir toutefois en dire davantage. Selon certaines sources, l’une des organisations dans le collimateur des autorités ferait parler d’elle en ce moment dans le cadre d’une autre affaire.

Une autre pratique liée à la distribution de vivres aux enfants et qui provoque la colère du bureau de l’Ombudsperson for Children est la profusion de photos sur des réseaux sociaux montrant des enfants bénéficiaires en compagnie de leurs généreux donateurs. Cet organisme craint que certaines personnes proches de ces bienfaiteurs ne s’appuient ensuite sur ces clichés pour faire des demandes de dons au public et pour avoir une certaine popularité dans certains milieux de la population. « Est-ce que ces dons vont réellement aux enfants ? » se questionne Rita Venkatasawmy. « Il ne faut pas exploiter la situation précaire des enfants pour obtenir des dons. Même si certaines personnes disent avoir reçu la permission des parents pour poster les photos de leurs enfants en train de recevoir des paquets de biscuits, il faut respecter le droit de l’enfant à la dignité humaine. La Convention internationale des droits des enfants s’applique aussi à Maurice », rappelle l’Ombudsperson for Children.

Celle-ci conseille aux Mauriciens qui veulent apporter un soutien aux actions philanthropiques de bien se renseigner avant de faire des dons. « Nous saluons cette solidarité envers ceux qui sont dans le besoin, et qui émerge un peu partout. Mais en période de crise, il faut faire bien attention, car on pourrait avoir affaire à des personnes qui n’ont en tête que leurs intérêts personnels et qui se présentent tout d’un coup comme travailleur social, comme un sauveur. Or, il y a des ONG ayant un long parcours reconnu dans le social et qui sont intègres dans leur démarche », poursuit Rita Venkatasawmy.

Par ailleurs, un autre problème de plus en plus courant et qui inquiète le bureau de l’Ombudsperson for Children est le non-respect des droits de visites parentales dans le cas où il y a un ordre de la cour dans cette direction. Déjà, en temps normal, cet organisme enregistre régulièrement des plaintes à ce sujet, mais depuis le confinement, plusieurs parents se sont tournés davantage vers le bureau de l’Ombudsperson pour faire respecter leur droit de visite et pour « exprimer une certaine souffrance de ne pas pouvoir voir leur enfant ». Rita Venkatasawmy poursuit : « C’est un problème sérieux, qui viole le droit des enfants aux deux parents, et qui a aussi des répercussions très graves sur la stabilité physique et émotionnelle de l’enfant. J’avoue que c’est une situation compliquée, car c’est un problème aussi d’ordre légal. »

« A notre niveau, nous ne pouvons que faire de la médiation entre les deux parties en insistant fortement sur le droit de l’enfant aux deux parents. Nous leur disons aussi que l’autorité parentale est garantie par la loi, sauf s’il y a un ordre de la cour posant l’interdiction à un des parents d’être en contact avec son enfant. Nous sensibilisons les deux parents sur les conséquences que ce non-respect des droits de visite peut avoir sur le développement de leur enfant et que la balle est dans leur camp », dit encore Rita Venkatasawmy par rapport à cette question.

Au vu de la fréquence des plaintes relatives aux droits de visite parentale et de nombreux témoignages recueillis auprès des enfants, l’Ombudsperson for Children a commencé depuis l’an dernier une campagne de sensibilisation sur « l’aliénation parentale ». Mais de quoi s’agit-il au juste ? « On parle d’aliénation parentale lorsque le papa ou la maman influence l’enfant à exclure l’autre parent d’une relation, lorsqu’un des deux parents arrive à faire l’enfant détester l’autre parent. Nous entendons souvent : ‘So mama finn mont so latet kont mwa e li napa le trouv mwa aster-la’ ou bien ‘so papa finn dir li enn ta zafer ki pa vre kont mwa’ », explique Rita Venkatasawmy. Sur les affiches de cette campagne de sensibilisation, l’Ombudsperson for Children souligne le droit de l’enfant à ses deux parents et à ses grands-parents.