À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Jane Ragoo, syndicaliste à la CTSP, dresse un constat sans détour, malgré les avancées obtenues à force de luttes, les femmes travailleuses restent confrontées aux inégalités, à la précarité et à la violence.
Quelle est la réalité de la femme aujourd’hui ?
On dit que « derrière chaque grand homme se cache une femme « , ou encore que « la femme est l’avenir de l’homme ». Pourtant, dans la réalité, les femmes restent trop souvent invisibles. Invisibles dans les statistiques, dans les salaires, dans la reconnaissance de leur travail.
Ce sont pourtant elles qui font fonctionner le pays : elles travaillent dans les hôpitaux, les écoles, les bureaux, les services essentiels. Sans elles, la société s’arrête. Et malgré cela, elles sont les plus exposées aux bas salaires et à la précarité.
Chaque année, les discours se multiplient. Mais pendant ce temps, les femmes continuent de travailler dans des conditions difficiles. Elles n’ont pas le luxe de s’arrêter pour célébrer. Elles doivent continuer à se battre.
Quelles sont les principales avancées obtenues par la lutte syndicale ?
Plusieurs mesures importantes ont été arrachées grâce aux mobilisations :
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Le congé de maternité porté à 16 semaines, avec une allocation de Rs 3 000 à la naissance.
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16 semaines de congé en cas d’enfant mort-né, par respect pour la dignité des femmes.
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Un congé supplémentaire en cas de naissance multiple.
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Une heure quotidienne pour l’allaitement après le congé de maternité.
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La mise en place du Portable Retirement Gratuity Fund.
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L’introduction du salaire minimum national en 2018, après une grève de la faim de dix jours menée par des femmes cleaners.
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L’introduction de la section 114 du Workers’ Rights Act sur la violence et le harcèlement au travail.
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La ratification par Maurice de la Convention 190 de l’OIT sur le droit à un environnement de travail sans violence ni harcèlement.
Chaque avancée rappelle une vérité fondamentale : rien n’a été donné, tout a été conquis.
Les inégalités salariales persistent. Les femmes restent concentrées dans les emplois les plus précaires. La violence et le harcèlement au travail existent toujours.
Nous ne voulons pas seulement célébrer les femmes. Nous voulons réaffirmer notre détermination à poursuivre la lutte.
Quelles sont vos principales revendications aujourd’hui ?
Il faudrait, porter le congé de maternité à au moins six mois pour mieux protéger le bébé, introduire un jour de congé par mois, sur avis médical, pour les femmes souffrant de règles douloureuses, mettre en place les Refuse Collection Regulations pour protéger les éboueurs, dont de nombreuses femmes et revaloriser les métiers du « care work » : personnel hospitalier, aides-soignantes, employées en maisons de retraite et centres de soins.
Vous évoquez également la question de la violence envers les femmes. Que proposez-vous ?
Il est profondément triste de constater le nombre de femmes qui meurent encore à cause de la violence, souvent exercée par des proches.
Il faut une grande campagne nationale de sensibilisation continue, dans les médias, les écoles et les centres communautaires.
Il faut davantage de centres d’accueil pour les femmes et enfants en détresse, car les ordonnances de protection ne suffisent pas toujours.
Le mot clé reste l’éducation ?
Oui. Introduire des cours de valeurs et de morale dès la petite enfance est essentiel. Les enfants doivent apprendre le respect et comprendre que la violence n’est jamais acceptable.
Nous proposons également une charte de responsabilité des conjoints avant le mariage, afin d’encourager un véritable partage des responsabilités au sein du foyer.
Aujourd’hui encore, trop de femmes cumulent les rôles d’épouse, de mère et de travailleuse sans partage équitable.
Quel est votre message en ce 8 mars 2026 ?
Nous ne demandons ni fleurs ni discours symboliques. Nous demandons le respect, la justice et l’égalité réelle. Une société qui exploite le travail des femmes sans le reconnaître ne peut prétendre être juste. Le combat pour les droits des femmes est un combat pour la dignité humaine. Et tant que l’égalité ne sera pas une réalité, le mouvement syndical continuera à se battre. Vive les femmes!

