Elle est l’une des femmes ayant émergé lors des dernières élections villageoises. Élue en tête de liste à Rose-Belle, Jayshree Haton a créé la surprise. Aujourd’hui conseillère à Grand-Port, elle poursuit sa route et espère voir des femmes à la tête des conseils de district à l’avenir. Elle se dit cependant reconnaissante envers ses collègues masculins, qui la soutiennent. En parallèle, elle gère, avec ses enfants, ses autobus de Rose-Belle Transport et sa boutique spécialisée en produits rodriguais. Elle est également attentive aux besoins des femmes sur le terrain.

En août de l’année dernière, elle a perdu son époux, décédé d’une longue maladie. Pendant toute cette épreuve, elle aura été à ses côtés et s’est personnellement occupée de lui. Pourtant, trois mois après ce triste événement, Jayshree Haton s’est relevée pour affronter l’électorat rural. « C’était la deuxième fois que je participais aux villageoises. J’avais perdu la première fois, mais la deuxième a été la bonne. »

À sa grande surprise, Jayshree Haton s’est retrouvée en tête de liste dans un grand village avec 9 664 électeurs. Depuis, elle a fait du chemin et a validé sa place au conseil de district de Grand-Port. Elle est l’une des deux seules femmes, avec Estelle Apollon, de Bambous-Virieux, dans ce conseil dirigé par des proches de l’opposition. « Je dois dire qu’il y a une bonne entente au conseil. Le président, Rajiv Jangi, a dit, après son élection, qu’il faut mettre les couleurs de côté et travailler pour le progrès de nos villages. Je partage cet avis. Mais le gouvernement doit aussi nous donner un coup de main pour avancer. »

En tant que femme, elle ne se sent pas brimée et affirme, au contraire, avoir même le soutien de ses collègues masculins. « À ce jour, aucune de mes motions n’a été rejetée. Au contraire, on m’a confié la présidence de la commission santé. C’est pour moi un privilège; cela me permet d’être sur le terrain avec les villageois. Par exemple, en ce moment, il y a les 40 heures pour les chrétiens. Il y a aussi les préparatifs pour le pèlerinage du Maha Shivaratree. Je m’assure donc que le nettoyage est effectué dans les lieux de culte. Et je reste à l’écoute des besoins, que je transmets par la suite au conseil. »

Elle se dit également attentive aux besoins des femmes et s’engage à travailler pour elles. « Je travaille avec les associations féminines. Je leur fais connaître entre autres les aides disponibles au niveau du gouvernement ou leur explique quelles sont les démarches à entreprendre pour lancer leur petit business. » Cette étape, Jayshree Haton l’a vécue également. Après le décès de son époux, elle gère avec ses enfants les autobus de Rose-Belle Transport. Parallèlement, elle tient une petite boutique portant le nom de Ti bazar Rodrigues, où elle propose des produits typiquement rodriguais.

Cette activité lui permet d’être encore plus proche des gens. « Ma boutique se trouve à Résidence Bethléem, qui comprend des familles à majorité catholiques. Moi, je suis hindoue, mais j’ai été bien accueillie dans ce quartier. Je rencontre beaucoup de personnes, des femmes comme moi qui partagent leurs difficultés. Comme je fais du travail social, quand je peux aider, je le fais. »

Parlant des responsabilités octroyées aux femmes au sein des conseils de district, elle ne cache pas sa déception de ne pas en voir une assumer la présidence. « Les femmes sont tout aussi capables que les hommes. D’ailleurs, on l’a déjà démontré dans les élections. Personnellement, je n’aspirais pas à être présidente pour ce présent mandat, car je suis nouvelle dans ce domaine et je pense que je dois encore apprendre avant de pouvoir assumer une telle responsabilité. Mais à l’avenir, qui sait… Peut-être que mes collègues me feront confiance. » Il faut souligner également qu’à Grand-Port, les pro-Oranges avaient proposé Estelle Apollon comme vice-présidente, mais elle a été battue de peu par Roopesh Hoseneeah.

Jayshree Haton se dit fière d’être une femme engagée en politique, même au niveau régional. « Le Bon Dieu m’a donné le courage nécessaire pour cela. Pendant des années, j’ai pu m’occuper de mon époux malade, de mes trois enfants et j’ai fait tourner le business. Souvent même, j’ai dû voyager, notamment à Rodrigues, pour approvisionner ma boutique. » Cette fibre bienveillante, la conseillère l’a héritée de son père, qui était prêtre.

Elle se dit reconnaissante envers tous ceux qui l’ont aidé, d’une manière ou d’une autre, à avancer dans la vie. Aujourd’hui, en tant que conseillère, c’est elle qui s’engage au service des autres. Jayshree Haton est, elle, épaulée par ses trois enfants, Ayoushee, Agnish et Ashmita. « Ce sont eux qui me donnent la force et le courage », dit-elle.