Journée internationale des droits des femmes : de Mexico à aujourd’hui, un demi-siècle de luttes et d’avancées à Maurice

Plus diplômées que jamais, mais encore trop peu présentes dans les sphères de décision. À Maurice, les femmes représentent aujourd’hui 57,6 % des étudiants de l’enseignement supérieur, mais elles ne sont que deux sur vingt-quatre ministres au sein du gouvernement. Ce contraste illustre le paradoxe qui marque encore la condition féminine dans le pays : des progrès indéniables, mais une égalité qui demeure inachevée.

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Chaque 8 mars, la Journée internationale des droits des femmes est l’occasion de dresser le bilan des avancées et des défis qui persistent. Si les débats actuels portent sur la représentation politique, l’autonomie économique ou les violences de genre, ils s’inscrivent dans une histoire plus longue, marquée par plusieurs étapes déterminantes depuis les années 1970.

1975 : un tournant institutionnel et international

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L’année 1975 marque un moment charnière dans l’histoire des droits des femmes à Maurice. Cette année-là, le gouvernement crée le Ministry of Women’s Affairs, premier ministère spécifiquement consacré aux questions féminines dans le pays.

À la tête de ce nouveau portefeuille est nommée Radha Poonoosamy, qui devient alors la première femme ministre de l’histoire de Maurice. Cette décision intervient dans un contexte international particulier : l’Organisation des Nations unies a proclamé 1975 Année internationale de la femme, lançant une mobilisation mondiale autour de l’égalité entre les sexes.

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La même année se tient la première conférence mondiale sur les femmes à Mexico City. Cet événement marque le début de la Décennie des Nations unies pour la femme (1976-1985) et constitue une étape importante dans la reconnaissance internationale des discriminations dont sont victimes les femmes.

La conférence de Mexico poursuit plusieurs objectifs majeurs : reconnaître l’existence de discriminations structurelles envers les femmes ; promouvoir leur participation au développement économique et social ; intégrer l’égalité entre les sexes dans les politiques publiques des États. Maurice participe à cette conférence.

Quelques années après la création du ministère des Women’s Affairs, le portefeuille évolue et prend une dimension plus explicitement centrée sur les droits des femmes lorsque Shirin Aumeeruddy-Cziffra devient Attorney-General et ministre chargée des Women’s Rights en 1982.

Des luttes juridiques qui marquent l’histoire

Parmi les épisodes marquants figure l’affaire portée au début des années 1980 par la militante mauricienne Shirin Aumeeruddy-Cziffra et plusieurs autres femmes devant le Comité des droits de l’homme des Nations unies.

Les plaignantes contestaient une loi discriminatoire empêchant certaines Mauriciennes mariées à des étrangers de vivre dans leur pays avec leur époux. En 1981, l’instance onusienne leur donne raison, estimant que cette législation constitue une discrimination fondée sur le genre. Maurice sera par la suite amené à modifier sa législation.

Cette décision est aujourd’hui souvent citée comme un exemple important dans la jurisprudence internationale en matière de discrimination envers les femmes.

En 1982, Shirin Aumeeruddy-Cziffra devient Attorney-General de Maurice, une première dans l’histoire du pays, alors qu’elle occupe également le portefeuille des droits de la femme et des affaires familiales. Aucune autre femme n’a d’ailleurs été nommée au poste d’Attorney-General depuis. À ce poste, elle fait amender la Constitution pour que ce soit quasiment impossible de renvoyer les élections générales… le 8 mars 1983.

Dans les années 1970, elle participe à la création de la Ligue féministe, l’un des premiers mouvements militants en faveur de l’égalité à Maurice. Elle a aussi poursuivi son engagement dans le domaine des droits humains, notamment comme Ombudsperson for Children, avant de revenir sur le devant de la scène institutionnelle.

Aujourd’hui, elle préside l’Assemblée nationale, rejoignant le cercle restreint des femmes ayant accédé à cette fonction après Maya Hanoomanjee, première femme à avoir occupé le poste de Speaker en 2014, après s’être illustrée pendant plusieurs décennies dans la défense des droits des femmes et des droits humains.

L’influence du mouvement international

En 1995, la quatrième conférence mondiale sur les femmes se tient à Beijing et adopte la Déclaration et le Programme d’action de Beijing, qui demeure aujourd’hui l’un des cadres internationaux les plus importants pour promouvoir l’égalité entre les sexes. Maurice s’inscrit dans ce processus à travers sa participation aux mécanismes des Nations unies et l’adoption progressive de politiques visant à promouvoir l’égalité.

Des avancées légales importantes

Au fil des années, plusieurs réformes ont contribué à renforcer la protection des femmes.

Parmi elles figure l’adoption de la Domestic Violence Act en 1997, destinée à mieux protéger les victimes de violences domestiques.
Une autre réforme importante intervient en 2012, avec l’introduction d’un quota imposant qu’au moins un tiers des candidats aux élections municipales et villageoises soient des femmes, dans le but d’améliorer leur représentation en politique.

Des femmes plus diplômées que jamais

Les données récentes montrent que les Mauriciennes ont réalisé des progrès remarquables dans l’accès à l’éducation. En 2024, 29 534 femmes étaient inscrites dans des établissements d’enseignement tertiaire publics, privés ou à l’étranger, sur une population totale de 51 315 étudiants, soit 57,6 % de l’ensemble des étudiants.

Le taux brut de scolarisation dans l’enseignement tertiaire est passé de 26,8 % en 2004 à 59,2 % en 2024 pour les femmes, contre 23,1 % à 41,5 % pour les hommes sur la même période.

En vingt ans, la progression est donc spectaculaire.

Mais un recul dans les sphères de décision.

Cette progression éducative contraste avec la réalité observée dans les postes de pouvoir. En 2024, les femmes représentent 8,3 % des ministres, soit 2 sur 24 membres du Cabinet et 12 sur les 67 députés de l’Assemblée nationale. Dans la haute fonction publique, la proportion de femmes aux postes les plus élevés est passée de 38,9 % en 2023 à 34,9 % en 2024.

Plus diplômées, mais moins présentes au sommet.

La violence de genre, un problème persistant

Les statistiques relatives à la violence dressent également un tableau préoccupant.

Selon Statistics Mauritius, 93,2 % des victimes de violences sexuelles et d’exploitation sexuelle sont des femmes. D’après une enquête menée par Afrobarometer en 2024, près d’une femme sur quatre à Maurice déclare avoir subi une forme de violence basée sur le genre.

Le Gender-Based Violence Observatory indique par ailleurs que 38 % des meurtres de femmes sont commis par un partenaire intime, ce qui souligne que la sphère domestique demeure souvent l’environnement le plus dangereux pour elles.

Plus préoccupant encore, le Fonds des Nations unies pour la population (UNFPA) indique que les données concernant le taux de féminicide à Maurice sont “unknown”, faute de statistiques officielles consolidées permettant d’en mesurer l’ampleur.

D’ailleurs, à Maurice, contrairement à l’infanticide ou la parricide, le féminicide n’est pas reconnu et inscrit dans le code pénal.

La question des violences faites aux femmes demeure au centre des priorités politiques. La ministre actuelle de l’Égalité des genres et du Bien-être familial, Arianne Navarre-Marie, a indiqué travailler sur un projet de réforme législative visant à renforcer le cadre légal contre les violences domestiques et les violences basées sur le genre.

Ce chantier s’inscrit dans la continuité des lois adoptées ces dernières décennies. Parmi les plus importantes figure la Domestic Violence Act, introduite en 1997 à Mauritius pour offrir une meilleure protection aux victimes de violences au sein du foyer. Cette loi a été amendée à plusieurs reprises, notamment pour renforcer les mécanismes de protection, les ordonnances d’éloignement et l’accompagnement des victimes.

Le problème de la femme dans ce cas, reste toujours intact en attendant, étant obligé souvent de quitter sa maison et d’aller dans un centre dans beaucoup de cas de violence domestique, centres qui d’ailleurs sont en gros manque à Maurice, les trois appartenant aux ONGs, sont d’ailleurs déjà remplis.

Plus récemment, des initiatives législatives et politiques publiques ont également visé à renforcer la lutte contre les violences de genre et à améliorer les dispositifs de soutien aux victimes. Le projet actuellement à l’étude par le ministère s’inscrit dans cette dynamique, alors que les statistiques montrent que les violences basées sur le genre restent une préoccupation majeure dans la société mauricienne.

Un combat qui se poursuit

Dans ce contexte, la Journée internationale des droits des femmes demeure un moment de réflexion mais aussi de mobilisation.

Au Parlement mauricien, des initiatives comme celles menées par le Parliamentary Gender Caucus, présidé par la Speaker de l’Assemblée nationale Shirin Aumeeruddy-Cziffra, mène différentes initiatives pour promouvoir l’égalité entre les sexes. Dans ce cadre, des activités ont notamment été organisées autour de la campagne mondiale “16 Days of Activism Against Gender-Based Violence”, soutenue par l’Organisation des Nations unies, afin de sensibiliser à la lutte contre les violences faites aux femmes et aux inégalités persistantes.

Cet évènement qui vise notamment à sensibiliser la population aux violences faites aux femmes et aux inégalités persistantes était ouvert au public et y a vu défilé bon nombre de personnes pendant 16 jours, où de nombreux jeunes recrues policières ont eu l’occasion de participer à des ateliers au Sir Harilal Vaghjee Memorial Hall à Port-Louis. La Speaker Aumeeruddy-Cziffra avait souligné le rôle essentiel des forces de l’ordre dans la prévention et la prise en charge des violences basées sur le genre et avait notamment insisté sur l’importance de l’empathie, du professionnalisme et d’une approche centrée sur la victime dans toutes les interventions liées aux VBG entre autres discussions plus profondes sur le sujet.

Près d’un demi-siècle après la création du premier ministère dédié aux femmes, le bilan apparaît contrasté. Les progrès sont réels, parfois spectaculaires dans des domaines comme l’éducation. Mais dans d’autres secteurs – politique, économique ou social – l’égalité reste encore un objectif à atteindre. La question de la parité est toujours problématique.

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