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Chaque année, des centaines de chiots et de chatons sont abandonnés par leurs maîtres. Souvent au bord des rivières, au pied d’une montagne, dans les champs de cannes. Certains se débarrassent des nouvelles portées dans des sacs-poubelle. A en croire les bénévoles sauveteurs d’animaux, depuis la crise sanitaire, le nombre d’abandons a massivement augmenté. Si ce fléau concernait particulièrement les nouvelles portées, cette année il a aussi touché des chiens adultes, les propriétaires craignant à tort d’être contaminés par leur animal. Cet acte pourtant passible de sanctions pénales par l’Animal Welfare Act n’est jamais puni, selon les différentes ONG qui ont rapporté des cas à la police. Le World Day Against Pet Abandonment célébré chaque année – le dernier samedi de juin (hier le 27) est l’occasion de dénoncer ces actes. L’occasion aussi pour les ONG de proposer des mesures concrètes pour endiguer ce mal.

Comme son nom l’indique, l’initiative de la Journée mondiale contre l’abandon des animaux de compagnie vise à lutter contre l’abandon des chiens, des chats et d’autres animaux de compagnie en sensibilisant le public et en attirant l’attention des autorités sur ce problème pour qu’ils prennent enfin des mesures concrètes. C’est l’association Solidarité-Animal et Animaux-Online qui ont décrété le dernier samedi de juin, Journée mondiale de la lutte contre l’abandon.

Débarrassés par leurs maîtres pour diverses raisons, chiens et chats sont exposés à l’errance, aux accidents de la route, à la faim, à la soif et à la maladie. Les plus malchanceux vont connaître une fin de vie des plus atroces: euthanasie sauvage, empoisonnement, brûlure à l’acide. Les portées non désirées terminent souvent dans des poubelles. Il y a aussi ceux qui sont déposés en toute illégalité devant les portes de différents refuges, donnant ainsi une bonne conscience aux propriétaires qui jouissent de l’anonymat et de l’impunité la plus totale. Mais les refuges sont saturés et dépassés par le nombre d’animaux abandonnés qui ne cessent de se multiplier chaque jour. Ce qui les contraint parfois à les refuser .

Les actes de cruauté sont en effet bien plus nombreux qu’on ne le pense, à voir les nombreuses images qui défilent sur les réseaux sociaux chaque jour. Selon les ONG, aucun cas rapporté n’a jusque-là été sanctionné. Pourtant, il est bien stipulé dans l’Animal Welfare Act que l’abandon des animaux constitue un délit : “Any person who wilfully or negligently allows an animal to stray, or abandons an animal in circumstances which expose it to distress, pain, suffering or illness: or causes or permits an animal, of which he is the owner, to stray in a public place while the animal is afflicted with a contagious or infectious disease, shall commit an offence and shall, on conviction, be liable to a fine exceeding 15000 rupees and to imprisonment for a term not exceeding 6 months”.

Pour Sabrina Joyekurun, Committee Secretary à Protection of Animals Welfare Society (PAWS), la perte d’un emploi, la peur à tort de la transmission du virus par l’animal, le retour de certains propriétaires dans leur pays d’origine peuvent être à l’origine de ces abandons durant et après le confinement. Pour elle, les conséquences de l’abandon ont un impact sur les refuges qui disposent de moins de place, de moins de personnel et de peu de moyens financiers. «Nos deux refuges, PAWS Union Vale/Trois Boutiques et PAWS North Lower Vale, sont à leurs capacités maximales, soit de 150 chiens (75 par refuge) et nous n’avons pu recueillir que très peu d’animaux, que des cas d’emergency», dit-elle. Une note d’espoir toutefois, puisque le nombre d’adoption de chiens adultes aurait tendance à augmenter chez PAWS durant cette période. «Nous avons eu quelques adoptions de chiens adultes et constatons que les nouveaux propriétaires considèrent qu’avoir un ou plusieurs chiens chez eux est une bonne chose pour combattre l’insécurité et le cambriolage», dit-elle.

Contacté, Arun Bhinda, le Chairman de la Mauritius Society for Animal Welfare (MSAW) affirme avoir lui aussi constaté une augmentation du nombre de chiens errants, surtout aux abords des hôpitaux et des plages. «C’est à la demande du ministère de la Santé qu’on est intervenu pour capturer ces chiens. Nous avons aussi constaté une augmentation significative d’abandons de chiots et de chatons dans des sacs plastiques, des boîtes déposées dans des endroits retirés, près des forêts, des champs de canne, des rivières. A la MSAW, nous suivons consciencieusement le protocole en mettant ces chiots et ces chatons en isolement pendant une durée de 10 à 14 jours, afin de “monitor” leur état de santé. Ils sont ensuite vermifugés, puis vaccinés pour être au final proposés à l’adoption», dit-il.

En surpopulation

Selon Carla Prayag, Project Manager Africa Programme de la Humane Society International (HSI), depuis que le confinement total a été annoncé à Maurice, HSI a appliqué son feeding programme à travers l’île, tout en recevant des signalements sur les réseaux sociaux sur les cas d’abandon. «With limited movement, the team was feeding dogs and cats on the east coast and helped many other feeders across the island by providing free feed for them to help the dogs and cats. During the lockdown, at the same time, the team kept an eye on social media to check on the current situation with regards to abandonment.» Encore une fois, le même constat: de nombreux animaux sont délaissés par leurs maîtres. «It was noted that there were still owners who abandoned their dogs and puppies knowing that they would struggle to get food on the streets or beaches. On the East Coast, the HSI team noticed new abandoned puppies on Palmar beach which was truly disheartening as it meant some dog owners still did not understand the consequences of these actions, not only for the immediate future but also for the long-time (in terms of population control)». Toutefois, dans l’Est où le HSI avait démarré une vaste campagne de stérilisation, elle observe que «though there were observations made about the relocation of already sterilised straying dogs, we did not observe huge numbers of abandoned dogs which may be due to the work HSI has been doing with the community in that region for over one and a half years. This is truly a reflection of the importance of working with communities to bring about a healthy and positive change with regards to the relationship with our pets, and the impact in our community through dialogue and provision of sterilisation services», dit-elle.

A Maurice, de nombreux bénévoles ne cessent de tirer la sonnette d’alarme sur le problème d’abandon, et ce depuis de nombreuses années: chiens et chats errants sont en surpopulation. Pour eux, la principale cause des abandons est le manque de responsabilité des propriétaires qui n’estiment pas nécessaire de mettre en oeuvre les moyens de réguler la reproduction de leurs animaux.«Aucun programme n’a été enclenché depuis des années, malgré les marches et les protestations des ONG. Des centaines de chiens et de chats naissent chaque jour. Les bénévoles font ce qu’ils peuvent, mais ce n’est pas suffisant, vu le nombre croissant des animaux abandonnés. A Maurice, la surpopulation est souvent réglée par l’éradication, quoique la méthode de Catch & Kill n’a apporté aucun résultat depuis des décennies. De plus, la loi, dépassée, n’a jamais été revue. Qu’a fait le gouvernement pour remédier à ce problème d’abandon qui est la cause même du problème des chiens errants, malgré leur promesse électorale de novembre 2019? », déplore l’animal activist Reda Chamroo.

A l’occasion de la Journée mondiale contre l’abandon des animaux de compagnie, des bénévoles proposent des mesures. Pour Sabrina, il faut des programmes scolaires pour sensibiliser les enfants à la cause animale, au respect et à l’empathie envers les animaux. D’autres, comme Reda Chamroo, pensent que la loi doit être renforcée, que la stérilisation doit être obligatoire, et que le manquement à cette obligation doit être sanctionné afin de lutter contre les abandons. «Nous sommes témoins, chaque jour, de nombreux cas d’abandons sauvages, mais malgré les plaintes déposées à la police, les propriétaires n’ont jamais été inquiétés», dit-il.

Du côté de la MSAW, des contacts ont été pris auprès du ministère de l’Agro afin de “revoir le système” et que l’enregistrement des chiens et chats devienne obligatoire. «Nous avons proposé de donner un moratoire de six mois afin que chaque propriétaire puisse enregistrer son animal de compagnie gratuitement. Cela sera utile pour un recensement qui permettra, d’une part, de connaître le nombre de chiens errants, de mieux contrôler leur population et, d’autre part, de savoir combien de chiots on peut s’attendre à avoir dans les années à venir», dit-il.