Cultiver la justice sociale pour bâtir une paix durable. C’est autour de cet appel fort que s’est articulée la célébration de la Journée mondiale de la Paix, jeudi matin à la cathédrale Saint-Louis, lors de la messe présidée par l’évêque de Port-Louis, Mgr Michael Durhône.
Organisée par la Commission diocésaine Justice et Paix (CJP), la célébration s’inscrivait dans le sillage du message du pape Léon XIV pour la Journée mondiale de la Paix 2026 : « La paix soit avec vous tous : vers une paix désarmée et désarmante. » Un message qui appelle à dépasser les simples déclarations d’intention pour engager des transformations concrètes dans les modes de vie et les structures sociales.
Dans son homélie, Mgr Durhône s’est appesanti sur le fait que la paix ne peut être réduite à l’absence de conflits visibles. Elle repose avant tout sur la justice sociale, « sans laquelle toute paix demeure fragile et illusoire ». Reprenant les propos du pape Léon XIV, il a rappelé qu’« il ne suffit pas d’invoquer la paix », mais qu’il faut « l’incarner dans un style de vie », en rejetant toute forme de violence, y compris celle, « plus insidieuse, qui se dissimule dans des systèmes économiques injustes ou dans des inégalités institutionnalisées ».
Cette violence structurelle, a souligné l’évêque de Port-Louis, alimente les frustrations, les exclusions et, à terme, les conflits ouverts. D’où l’importance de placer la justice sociale au cœur de toute démarche en faveur de la paix.
Comment cet appel du pape et de l’Église résonne-t-il à Maurice ? Pour la CJP, le constat est préoccupant. La violence physique et verbale est devenue un véritable problème de société, touchant toutes les catégories de la population, sans distinction d’âge, de genre ou de milieu social. Elle s’exprime dans les familles, les quartiers, les espaces publics, les écoles, les hôpitaux, mais aussi sur les réseaux sociaux, où les tensions se banalisent et se propagent rapidement.
Dans ce contexte, l’évêque de Port-Louis a souligné que cultiver la justice sociale n’est pas un slogan abstrait, « mais une exigence concrète, qui engage l’ensemble des acteurs de la société : responsables politiques, institutions, communautés religieuses et citoyens ».
L’homélie a mis en lumière plusieurs axes essentiels pour répondre à cette situation. Parmi eux, la promotion d’une éducation inclusive et de qualité, capable de former des citoyens responsables, conscients de leurs droits et de leurs devoirs. Le renforcement de la bonne gouvernance et la lutte contre les inégalités sociales et économiques ont également été présentés comme des conditions incontournables d’une paix durable.
Dans une société multiculturelle et multireligieuse, l’évêque a enfin insisté sur l’importance du dialogue et de la culture de la paix à tous les niveaux, « afin de préserver le vivre-ensemble et de transformer les différences en richesses partagées ».
Instituée en 1968 par le pape Paul VI, cette journée est l’occasion, cette année, d’engager une réflexion approfondie sur les racines sociales, économiques et culturelles de la violence, et sur les conditions d’une paix véritable dans le contexte mauricien. La CJP, organisme officiel de l’Église catholique, joue un rôle central dans cette dynamique. Présente dans tous les pays où l’Église est implantée, elle a pour mission de contribuer à la réflexion nationale sur les questions de justice sociale, de développement économique et de dignité humaine, tout en diffusant la doctrine sociale de l’Église. À Maurice, elle regroupe des laïcs engagés, désignés par l’Église, au service du bien commun.
Le message lancé par l’évêque de Port-Louis est sans équivoque : sans justice sociale, il ne peut y avoir de paix durable. Une interpellation forte, adressée à toute la société mauricienne, invitée à faire de la paix non seulement un idéal, mais une responsabilité collective à construire au quotidien.

