Kaya, Zistwar Revoltan

La mort de Joseph Reginald Topize en détention policière, le 21 février 1999, a provoqué plusieurs jours d’émeute à Maurice.
Des débordements durant lesquels la police a tiré sur les foules et tué trois personnes, dont le chanteur Berger Agathe.
Dans certaines régions, des maisons ont été brûlées sur la base de rumeurs communautaristes. De nombreux commerces ont également été pillés.
Le pays était en feu.

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Qui était Kaya et pourquoi sa mort a provoqué autant de colère au sein de la population?

Joseph Reginald Topize est né à Roches-Bois le 10 août 1960. En raison des conditions de pauvreté de sa famille, il arrête l’école très tôt. Mais déjà à un jeune âge, il présente un talent pour la musique.

A l’adolescence, il apprend à jouer de la guitare et, plus tard, reprend des textes de Bob Marley. Lors d’un concert à Baie-du-Tombeau, il interprète le titre « Kaya » du chanteur jamaïcain. La foule l’acclame pour sa prestation, avec de sonores « Kaya » lancés en sa direction. Joseph Reginald Topize est alors baptisé d’un nom de scène qui fera sa légende.

Lors d’une retraite de quelques mois à Chamarel, il s’imprègne de la culture rastafari, notamment auprès d’un certain Rodoman, considéré comme le premier rasta établi à Maurice.

Dans les hauteurs de Chamarel, Kaya découvre également le sega-reggae. Ce mélange entre les sonorités de Jamaïque et de Maurice lui plait. Il le développe pour en faire le seggae.

Un premier album sort sur cassette en 1989 avec le groupe Racinetatane, notamment soutenu par Percy Yip Tong. Seggae Mo Lamizik affiche des chiffres record de vente.

Kaya et Racinetatane rassemblent des dizaines de milliers de spectateurs. Il est estimé que 40 000 personnes font le déplacement au stade de Rose-Hill pour assister à l’un de leurs concerts.

Au rythme entrainant du seggae s’accompagnent des textes poétiques et philosophiques, qui restent pertinents des décennies.
Kaya écrit pour le mauricianisme, clame son identité créole, défend le droit des femmes, milite en faveur du cannabis. Il met des mots sur la condition des pauvres et des exclus, chante l’amour avec douceur, prône une philosophie de vivre ensemble, et plaide pour la paix.
Ses textes profonds et réfléchis, déclamés dans un langage compris de tous, résonnent intensément aux oreilles de la population. Surtout auprès de communautés pauvres et discriminées.

Ses albums sont de véritables succès, tant à Maurice qu’à La Réunion. Kaya devient un symbole, un exemple pour plusieurs générations d’enfants du ghetto, comme lui.

Le 16 février 1999, le Mouvement Républicain de Rama Valayden organise un concert gratuit pour la dépénalisation du cannabis à Rose-Hill. Beaucoup de gens y consomment du cannabis. Deux jours après, une dizaine de personnes sont arrêtées par la police, dont Kaya. Tous disent ne pas avoir consommé de cannabis, sauf Kaya.

Ce dernier est placé en détention à Alkatraz, aux Casernes centrales. Sa famille ne pavient à réunir à temps la somme de Rs 10 000 pour sa payer sa caution. Kaya aurait passé le week-end en cellule policière avant de retrouver la liberté lundi.

Mais au petit matin du dimanche 21 février, des policiers le retrouvent mort dans la cellule No 6. Jusqu’à ce jour, les circonstances de son décès sont troubles. Malgré plusieurs rapports d’autopsie, les raisons derrière la mort de Kaya sont toujours inconnues.

Or, ce 21 février 1999, les Mauriciens condamnent un nouvel acte de brutalité policière. Pour cause, plusieurs décès en détention policière avaient été dénoncés, de même que des actes de brutalité perpétrés par la police.

Dans les cités et zones de pauvreté, les gens gagnent la rue. Leur colère est dirigée contre les symbôles de l’Etat, dont les postes de police et les membres de la force policière.

Le pays connait plusieurs jours d’émeute. La Mauritius Broadcasting Corporation ne diffuse aucune information concernant ces remous. De vils rumeurs à conotation communautariste s’installent. Une tension raciale émerge. Des maisons sont brûlées sous les yeux impuissants de leurs propriétaires.

Il a fallu l’intervention sur le terrain de forces vives, de figures populaires et courageuse pour calmer la population. Le président de la République d’alors, Cassam Uteem, s’interposent au coeur même des régions de tensions. Avec Monseigneur Margéot, il sillonne le pays pour plaider l’apaisement.

Puis interviennent des appels télévisés du Premier ministre d’alors Navin Ramgoolam, et des leaders de l’opposition, Paul Bérenger et Anerood Jugnauth.

Les débordements ont mis en lumière la situation de précarité et d’exclusion subie par une frange de la population. Plusieurs actions sont menées en leur faveur après cela.

La mort de Kaya a réveillé les démons enfouis de la société mauricienne.

Sa mémoire d’une Zistwar Revoltan, désormais, rappelle les combats qu’il a menés. En faveur du vivre-ensemble. En faveur d’une île Maurice unie.

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