Ce chiffre représente le nombre de candidats au National Certificate of Education (NCE) subissant l’épreuve académique de KM

Le KM au School Certificate représenterait une bonne option dans le sillage des cinq Credits obligatoires

Maurice s’expose devant l’UNESCO comme un pays qui favorise deux catégories d’enfants. C’est l’avis du Professeur Arnaud Carpooran, doyen de la faculté des sciences sociales et président de la Creole Speaking Union. Il réagissait au fait que le ministère de l’Éducation n’a entrepris aucune démarche en vue de permettre aux 1 900 candidats qui passeront le Kreol Morisien (KM) au NCE de poursuivre l’apprentissage de cette langue jusqu’au School Certificate (SC). Contrairement à leurs camarades qui ont opté pour d’autres matières linguistiques. De plus, estime-t-il, alors que le ministère impose cinq Credits obligatoires, le KM pourrait être une bonne option.

« Promouvwar lang maternel pou inklizion dan ledikasion ek sosiete dan Repiblik Moris. » C’est sous ce thème que la Creole Speaking Union a célébré la Journée internationale de la langue maternelle, samedi dernier, en présence du vice-président de la République, Eddy Boissezon. Inévitablement, c’est la question de la poursuite des études de KM au-delà du Grade 9 qui a occupé les débats. Alors que jusqu’ici, le ministère de l’Éducation avait toujours avancé qu’il fallait attendre les statistiques pour savoir combien d’élèves sont intéressés par cette matière, la tenue des examens du NCE a permis de savoir qu’il y avait 1 900 candidats enregistrés pour le KM. « Ce sont les chiffres officiels du Mauritius Examinations Syndicate. Donc, l’argument des statistiques ne tient plus. Par ailleurs, comment se fait-il qu’on ne puisse développer un “curriculum” et engager des discussions avec Cambridge pour 1 900 élèves alors qu’il y a des matières, proposées pour le SC, qui ne comptent qu’une cinquantaine de candidats à Maurice. »

Le Pr Carpooran ne passe pas par quatre chemins pour dire qu’il y a une « discrimination » envers ces 1 900 enfants. « Maurice se présentera devant l’Unesco comme un pays qui favorise deux catégories d’enfants. D’une part, ceux qui ont opté pour le KM depuis le primaire et qui se retrouvent bloqués en Grade 9, et d’autre part, ceux qui ont opté pour une autre langue et qui pourront poursuivre jusqu’à SC et au-delà. C’est une question de droits humains et d’égalité des chances. Les droits de nos enfants sont bafoués », a-t-il martelé, en présence de l’Ombudsperson for Children, Rita Venkatasawmy.
Et d’ajouter que dans le contexte où le ministère de l’Éducation impose l’obtention de cinq Credits aux examens du SC pour pouvoir faire le HSC, le KM aurait été une bonne option pour beaucoup.

De plus, a souligné Arnaud Carpooran, l’intérêt pour le KM a été consistant depuis son introduction en 2012. « Chaque année, il y a autour de 3 000 enfants qui choisissent le KM. Quand on a démarré en 2012, il y avait 3 384 élèves dans 180 écoles. Malheureusement, en 2018, lorsqu’on est passé au secondaire, il n’y avait que 35 collèges qui proposaient le KM. » Toujours est-il, poursuit-il, que l’intérêt est toujours là. On compte actuellement 6 000 élèves du KM en Grades 7, 8 et 9 dans les collèges, « malgré les limitations ».
La question du KM post-Grade 9 a été soulevée avec le ministère de l’Éducation dès 2018, a dit le président de la CSU. « Dans un premier temps, c’est la question de nombre qui a été évoquée, sans qu’on ne fasse aucun “survey” pour connaître les intérêts. Les chiffres du MES parlent d’eux-mêmes. Ensuite, on a parlé des ressources. Là également, l’Université de Maurice offre un BA French and Creole Studies depuis 2014 et il y a suffisamment de jeunes qui ont été formés. Le MIE forme également les enseignants et propose même un BEd et un PGCE. »

Il note que le manque de matériel a aussi été évoqué et rappelle que les premiers écrits en créole à Maurice datent de 1822, avec François Chrestien. « Depuis, il y a eu de nombreux auteurs. Les ressources sont là, il faut simplement les réactualiser. » Finalement, il a été dit qu’il n’y avait pas de spécialiste de KM à Cambridge… Arnaud Carpooran déplore à ce sujet que des réunions aient eu lieu au niveau du ministère sur le sujet, sans que l’Université de Maurice ne soit invitée.

Le Pr Carpooran lance donc un appel aux autorités pour que ce dossier soit pris au sérieux car « on est en train de violer les droits de nos enfants ». Il a fait appel au vice-président et à l’Ombudsperson for Children pour intervenir auprès des autorités à ce sujet. Lors de son discours, Eddy Boissezon a lui, réitéré la volonté du gouvernement de promouvoir le KM. « Le gouvernement est conscient de l’importance du KM dans le développement », a-t-il soutenu, avant de souhaiter bonne chance aux candidats du KM au NCE.