Lorsqu’en 2018, elle apprend qu’elle souffre de leucémie, Kritisha Mungrah, alors 13 ans à peine, n’en revient pas. Si lors des entraînements, les douleurs et les malaises la handicapent, elle ne se doute point qu’une maladie telle que la leucémie l’avait frappée. Ne se laissant toutefois pas abattre moralement et se montrant toujours positive, l’adolescente subit courageusement huit mois de traitement en Inde.

À son retour, elle fait tout pour rattraper le retard accumulé dans les études et se prépare à ses examens du School Certificate. Des efforts plus que payants qui rendent ses parents fiers d’elle puisque Kritisha a scoré huit unités à l’issue de ces examens. Portrait.

Aujourd’hui âgée de 16 ans, Kritisha Mungrah est en Grade 12 (Lower Six) au collège Droopnath Ramphul. Ce qui est remarquable chez cette jeune fille, ce n’est pas tant sa performance en tant que badiste même si son parcours sportif suscite sans doute l’admiration. C’est davantage la résilience dont elle a fait preuve à un si jeune âge qui est exemplaire.

Petite, sa sœur, à force de voir une raquette de badminton appartenant à son père, est intéressée à découvrir ce sport. C’est ainsi qu’elle commence à suivre des cours à Bon-Accueil. Elle sera vite suivie par Kritisha qui, elle aussi, prendra vite goût à cette discipline sportive. Elle a alors huit ans environ. Après quelque temps, elle change de centre d’entraînement et va à Grand-Port, avant de rejoindre en 2016 l’équipe nationale.

Elle est alors en Grade 7 et la jeune fille parvient facilement à jongler entre entraînements quatre fois la semaine et le collège. La jeune fille collectionne les médailles décrochées de tournois nationaux et a été six fois championne nationale (Under 11). En 2017, elle participe à l’African Championship (Under 15) qui se tient à Maurice. Une semaine après, elle prend part au Mauritius Junior International (Under 19). Jusque-là, tout roule pour la jeune badiste. L’année d’après, en 2018, Kritisha est championne nationale en double dames. Peu de temps après, toutefois, elle a des signes de fatigue. « Pendant les entraînements, j’avais beaucoup de douleur. Je pensais que c’était dû au fait que je m’entraînais beaucoup. Un jour, j’ai fait un malaise. C’est là que mes parents m’ont emmenée consulter des médecins. » Le diagnostic est posé et Kritisha n’en revient pas. Elle souffre de leucémie. « J’avais du mal à y croire car je pratiquais du sport ».

Sa vie en est toute chamboulée. Elle ne peut poursuivre le troisième trimestre au collège. Ce n’est que l’année d’après qu’elle réintègre le collège. Grâce à sa bonne performance, le recteur l’autorise à monter en Form IV. Quant à ses entraînements de badminton, elle se voit obligée de tout arrêter pour se faire traiter en Inde. Elle y fera un séjour de huit mois en compagnie de sa mère. Son père et sa sœur viendront la soutenir un mois durant son traitement.

Mais, ce moment que d’autres auraient trouvé pénible, Kritisha, elle, le prend de manière positive. « Quand on ne se focalise pas trop sur quelque chose de difficile, c’est plus facile à surmonter même s’il est vrai que le badminton me manquait beaucoup. J’ai demandé à ma sœur d’emmener ma raquette et on jouait parfois dans l’appartement », se souvient-elle.

Après des “high dose chemotherapy”, des chimios mensuelles et des comprimés, elle remonte la pente graduellement. En janvier 2021, son traitement est complété.
Quelque six à sept mois après son retour d’Inde, elle reprend tout doucement son sport favori. « J’ai repris vraiment progressivement car j’avais perdu tous mes muscles ainsi que l’endurance. Mon corps me dictait de rester en place au lieu de taper. J’allais donc à mon rythme sans forcer les choses » confie-t-elle.

Avec détermination, elle prépare alors son SC. Elle réduit les entraînements, se réveille tôt le matin pour les révisions et travaille des “Pass Papers”. La maladie l’a amenée à aborder la vie de manière positive. « Cela m’a poussée à ne rien abandonner dans la vie, à apprendre à ne pas écouter ceux qui me disent que je ne peux faire quelque chose. »

À force de travail, elle score huit unités pour les sept matières qu’elle avait choisies, dont Economics, Maths et Accounts. « J’avais beaucoup à rattraper suite à mes absences. Six mois avant les examens, j’ai bien organisé mes notes et je révisais. Je n’allais pas souvent au collège car j’étais assez fatiguée. Je prenais cinq cours particuliers. Mon père qui est prof de maths m’a beaucoup aidée. Mes profs aussi ont été très compréhensifs et m’ont beaucoup soutenue. Ils m’expliquaient à nouveau quand je ne comprenais pas quelque chose. »

Pendant la préparation du SC, en 2020, les entraînements de badminton se faisaient en ligne pendant plusieurs mois à cause du Covid-19, mais Kritisha s’entraînait elle-même en faisant de la course. Même si elle s’attendait à de bons résultats au SC, elle avait néanmoins des doutes vu son parcours. « Quand j’ai vu que j’avais eu un A + en Economics, j’étais surprise. Mais j’étais très contente car j’avais beaucoup travaillé. »
Ce n’est que fin 2020 que Kritisha parviendra à jouer un peu plus normalement.

Elle précise qu’elle n’est toujours pas au top de sa forme. Malgré tout, elle a donné le meilleur d’elle-même au Bénin où elle vient de participer à l’All African Championship (under 19). Elle faisait partie d’une délégation mauricienne comptant six joueurs “under 19” et quatre “under 15”. « Je suis satisfaite de ma performance car j’ai pu jouer à un niveau que je n’aurais pas pensé pouvoir atteindre. »

C’est en juin, cette année, après le confinement qu’elle se remet pleinement au badminton. Kritisha est convaincue que le sport l’a aidée à « déstresser et à augmenter ma capacité de me concentrer dans les études ».

Ses rêves, aujourd’hui, sont d’abord de retrouver son niveau d’avant en badminton, d’être première badiste de Maurice et no. 1 en Afrique dans cette discipline. Aux jeunes, elle conseille de ne jamais abandonner et de tout donner pour réaliser leur rêve. « Il faut pratiquer, pratiquer sans jamais s’arrêter. » À 16 ans, Kritisha fait aujourd’hui la fierté de ses parents et de sa sœur.