• Plus nombreuses à mourir des maladies dites masculines (diabète, hypertension, etc.) et à être victimes de violence domestique 
  • Plus éduquées et qualifiées, elles se marient de plus en plus tard, font moins d’enfants et divorcent plus facilement

Qui est la femme mauricienne de 2020 ? Week-End tente de brosser un tableau à partir de la dernière livraison de l’étude du genre que le bureau des statistiques a rendue publique cette semaine. Sur une population totale de 1 265 740 âmes en 2020, il y avait 13 864 femmes de plus que les hommes, une tendance amorcée depuis 1990 et qui se poursuit continuellement depuis.

Même si les femmes décèdent moins que les hommes, elles sont aujourd’hui plus susceptibles de mourir des maladies dites masculines — maladie hypertensive et cardiaque en sus du cancer. Elles donnent aussi naissance à moins d’enfants que dans le passé, avec 121 naissances comparativement à 140 en 2013.

Un changement qui s’explique par des mariages en baisse à un âge plus avancé et des divorces en croissance constante. Quoique toujours victime de violences domestiques, elle s’émancipe dans les études et le monde du travail avec une population active féminine de 45,3%, mais demeure surreprésentée parmi les chômeurs, quoique plus qualifiée que son homologue masculin.

Concernant les retraités et les prestations sociales qui sont au cœur de l’actualité ces jours-ci, sur les 232 935 retraités de base, 55,3% étaient des femmes, dont la majorité se retrouve dans la tranche d’âge 60 à 69 ans. Enfin, les femmes, qui sont toujours sujettes au plafond de verre des responsabilités, continuent d’être sous-représentées dans les sphères de prise de décision, car elles ne sont que 11,9% des actifs, contre 18,6% aux hommes à être chefs d’entreprise, que 39,7% à occuper des postes élevés dans la fonction publique et 12% du cabinet ministériel. Pas étonnant que Maurice soit classé 115e sur 153 pays du monde selon le Global Gender Gap Index (GGI) du Forum économique mondial.

À travers une radioscopie de plus en plus vaste du genre, ventilée par sexe, Statistics Mauritius a livré les principaux indicateurs économiques et sociaux, dont le profil démographique, l’état de santé, la situation familiale, le niveau d’instruction et les caractéristiques de la main-d’œuvre en 2020.

Les femmes vivent plus longtemps

Si depuis 1950 le nombre de femmes était au même niveau que celui les hommes, il y a eu un tournant décisif à partir de 1990. Les femmes sont devenues plus nombreuses et l’écart grandit chaque année. Ainsi, en 2020, il y avait 13 684 femmes de plus que d’hommes. Sur une population totale de 1 265 740, il y avait 639 712 femmes, contre 626 028 hommes, soit 98 hommes pour 100 femmes.

Cette réalité globale est tout de même différenciée lorsqu’on l’analyse au niveau des tranches d’âge. Aux âges les plus jeunes (les moins de 50 ans), les hommes étaient plus nombreux, principalement en raison d’un plus grand nombre de naissances de garçons que de filles. En 2020, il y avait 105 naissances masculines pour 100 naissances féminines.

À 50 ans et plus, les femmes sont plus nombreuses que les hommes et leur proportion augmente aux âges plus élevés. Le ratio hommes-femmes était d’environ 103 pour les 40 à 49 ans, contre environ 55 pour les 80 ans et plus. il y avait environ 2 femmes pour chaque homme dans ce groupe d’âge.

La principale raison de ce déséquilibre est que les femmes vivent plus longtemps que les hommes. En effet, les femmes ont une espérance de vie plus élevée que les hommes. En fait, les femmes vivent environ 6,8 ans de plus que les hommes. En 2020, l’espérance de vie à la naissance des femmes était de 77,8 ans contre 71,0 ans pour les hommes. À noter qu’au cours de ces dernières années, l’écart entre l’espérance de vie des hommes et des femmes se réduit graduellement, passant de 7,3 ans en 2010 à 6,8 ans en 2020.

Mais elles meurent plus du diabète et des maladies cardiaques 

Bien que les femmes soient plus nombreuses que les hommes dans la population, il y a moins de décès chez les femmes que chez les hommes. En 2020, 6 186 hommes contre 4 874 femmes sont décédés. Le taux brut de mortalité était de 9,9 pour l’homme et de 7,6 pour la femme.

Le diabète et les maladies cardiaques, généralement associées à l’homme, étaient les principales causes de décès chez les femmes, de 22,4% et 19,1% et de 19,7% et 19,4% des décès chez les hommes. Les maladies cérébrovasculaires étaient responsables de 8,8% des décès chez les femmes et de 8,4% chez les hommes. Les causes de décès spécifiques aux femmes, telles que le cancer du sein et de l’utérus, étaient responsables de 5,8% des décès, tandis que les décès maternels étaient responsables de 0,2% supplémentaires.

Le risque qu’une femme meure des suites d’une grossesse ou d’un accouchement au cours de sa vie a généralement diminué au fil des ans, avec un niveau légèrement plus élevé de décès maternels ces derniers temps. De 2000 à 2006, le taux de mortalité maternelle est passé de 0,20 décès maternel pour 1 000 naissances à 0,17. Depuis, elle ne cesse de faire le yoyo, avec une tendance générale à la hausse pour atteindre 0,66 en 2013, 0,46 en 2016, 0,74 en 2017, à 0,39 en 2018, puis est passée à 0,62 en 2019, puis est retombée à 0,59 en 2020

Elle se marie moins, divorce plus 

Le taux de nuptialité, c’est-à-dire le nombre de personnes mariées pour 1 000 habitants, est passé de 18,5 en 2000 à 10,9 en 2020. Le nombre de personnes divorcées pour 1 000 habitants en milieu d’année est passé de 2,0 en 2000 à 3,2 en 2020. En général, les femmes ont tendance à épouser des hommes plus âgés qu’elles. Cependant, au cours des 20 dernières années, la différence d’âge entre le mari et la femme est passée de 4,3 ans en 2000 à 3,5 ans en 2020. L’âge moyen au premier mariage a progressivement augmenté au fil des ans pour les femmes. L’âge moyen au premier mariage des femmes est passé de 24,9 ans en 2000 à 27,9 ans en 2020. À noter que chez les hommes, il est passé de 29,2 à 31,4 ans au cours de la même période.

Sur les 1 995 divorces prononcés par la Cour suprême en 2020, les femmes étaient les requérantes dans 40,9% des cas. Concernant la durée du mariage, les couples avaient la tendance la plus élevée à divorcer entre 5 et 10 ans de mariage. Quelque 36,6% des couples qui ont divorcé en 2020 n’avaient pas eu d’enfants, tandis que 53,9% d’entre eux ont 1 à 2 enfants. Il y avait 45 couples avec 4 enfants ou plus.

Toujours victimes de violence domestique et sexuelle

Une des causes majeures des divorces est la violence domestique, dont le nombre de cas officiels a augmenté de 9,1% en 2020 pour atteindre 2 425, contre 2 222 en 2019. Le nombre total de cas de violences domestiques à l’égard des femmes est passé de 1 933 en 2019 à 2 116 en 2020 (les hommes sont passés de 289 à 309 !). 33,1% des femmes victimes de violence domestique ont signalé des agressions verbales par leur conjoint ou partenaire (mauvais traitements, harcèlement, abus et humiliation), 32,7% des agressions physiques, 8,7% des menaces d’agression et 3,2% ont subi des agressions physiques par d’autres personnes vivant sous le même toit. Il est intéressant de noter les cas signalés par les hommes concernaient principalement les agressions verbales (33,3%), les agressions physiques (19,8%) et les agressions verbales par d’autres vivant sous le même toit (10,8%). Quelque 91,6% des victimes de violence et d’exploitation sexuelles étaient des femmes.

Plus studieuses et qualifiées

L’indice de parité entre les sexes (IPG), qui mesure la participation scolaire relative des garçons et des filles, était de 1,0 pour le préprimaire, le primaire et le secondaire, ce qui n’indique aucune disparité. À la fin du primaire, les filles réussissent généralement mieux que les garçons aux examens du certificat de réussite scolaire (PSAC). En 2020, le taux de réussite des filles était de 79,2% contre 68,7% pour les garçons.Au niveau secondaire, les filles sont moins susceptibles que les garçons de décrocher de la filière scolaire secondaire, 7,6% contre 10,4% pour les garçons. Les filles réussissent généralement mieux que les garçons aux examens de Higher School Certificate (HSC).

Par conséquent, plus de femmes que d’hommes sont inscrites dans des établissements d’enseignement supérieur. La scolarisation dans l’enseignement supérieur pour les filles et les garçons a augmenté au fil du temps, mais avec un écart croissant en faveur des filles. La scolarisation dans l’enseignement supérieur, mesurée par le taux brut de scolarisation dans l’enseignement supérieur (GTER), est passée de 16,0 en 2000 à 55,5% en 2019 chez les femmes et de 14,1 à 42,6% pour les hommes au cours de la même période. En 2019, les femmes inscrites dans les établissements d’enseignement supérieur publics, privés et étrangers étaient au nombre de 27 624, représentant 55,6% de la population estudiantine.

Cependant, il y avait moins de femmes que d’hommes aux niveaux PhD, MPhil et DBA2, 244 femmes, contre 259 hommes en 2019. En conséquence, les femmes continuent d’être sous-représentées dans la recherche. La comptabilité était le domaine d’études le plus populaire chez les femmes (18,4%. L’administration et la gestion étaient le deuxième choix pour les femmes (16,5%), suivi de l’éducation (14,0%) et des affaires/commerce et marketing (5,7%)

Les femmes étaient sous-représentées dans les domaines liés aux sciences tels que l’ingénierie (2,0% contre 10,6% pour les hommes) et les technologies de l’information (5,6% contre 16,0% pour les hommes), alors que les hommes étaient sous-représentés dans l’éducation (6,8% contre 14,0% pour les femmes) et langues (0,9% contre 4,3% pour les femmes).

Elles travaillent majoritairement dans les services

En 2020, la population active mauricienne (âgée de 16 ans et plus) s’élevait à 570 100, dont 336 600 hommes et 233 500 femmes. Quelque 45,3% des femmes en âge de travailler faisaient partie de la population active. Quant au taux d’activité des hommes, l’écart s’est réduit au fil du temps, passant pour les hommes de 75,6% en 2010 à 69,3% en 2020, tandis que celui des femmes a généralement augmenté de 43,6% en 2010 à 45,3%.

81,9% des  femmes actives le sont dans le secteur tertiaire (couvrant le commerce, les services d’hébergement, les transports, la santé, l’éducation et d’autres industries de services), contre 64,1% pour les hommes. Le secteur secondaire (couvrant la fabrication, l’électricité et l’eau et la construction) enregistrait 14,8% des femmes actives contre 29,1%. Le secteur primaire (comprenant l’agriculture et les mines et carrières) employait 3,3% des femmes actives, contre  6,9% des hommes.

Les femmes étaient plus susceptibles que les hommes d’être des salariés ( 83,4% contre 79,4%), mais moins susceptibles que les hommes de travailler pour elles-mêmes, 11,9%, contre 18,6%. Bien que moins nombreuses, les femmes étaient surreprésentées parmi les chômeurs avec 49,6%, soit 25 900. Le taux de chômage des femmes s’élevait à 11,1%, bien plus élevé que le taux de 7,8% des hommes. La disparité entre le taux de chômage des hommes et des femmes était le plus élevé dans les tranches d’âge inférieures ; la différence était de près de 6% chez les chômeurs de moins de 25 ans et d’environ 1% chez ceux de 50 ans et plus. Enfin, les femmes au chômage étaient généralement plus qualifiées que leurs homologues masculins ; 7 100 (27,4%) d’entre elles possédaient le School Certificate (SC) ou le Higher School Certificate (HSC), contre 6 700 hommes (25,4%). En outre, 5 700 (22,0%) femmes sans emploi ont obtenu un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 4 600 (17,5%) hommes sans emploi.

En juin 2020, sur 232 935 retraités de base, 55,3% étaient des femmes. Au cours de cette période, le nombre de femmes recevant une pension de retraite de base a dépassé de 24 491 le nombre de leurs homologues masculins et ce nombre devrait passer à environ 30 700 d’ici 2057. Les femmes retraitées, comme les hommes, sont plus concentrées dans le groupe d’âge de 60 à 69 ans. Il est à noter que 72,1% des retraités de la tranche d’âge 90 à 99 ans étaient des femmes. Pour chaque homme retraité centenaire, il y avait 4 femmes retraitées centenaires.

Totalement sous-représentées dans les centres de pouvoir

Les femmes continuent d’être sous-représentées dans les positions de prise de décision au cabinet du gouvernement. La part des femmes parmi les ministres était de 12,5% en 2020 (3 ministres sur 24). Même si la proportion de femmes élues aux élections du conseil municipal a augmenté au fil des ans, le nombre de femmes maires est resté faible. En 2020, il n’y avait pas de femme maire dans les cinq municipalités. De plus en plus de femmes occupent des postes de direction dans les services gouvernementaux, qui sont passées de 23,1% en 2000 à 39,7% en 2020, soit comme directeur général principal, secrétaire permanent, secrétaire permanent adjoint, directeur, gestionnaire, juge ou magistrat.

Dans le secteur privé, elles ne sont que 11,9% des actifs, contre 18,6% aux hommes à être chefs d’entreprise, même si chez les cadres, le nombre augmente chaque année et elles continuent à recevoir une rémunération moins importante.