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Cet A340-313, symbole de la compagnie aérienne nationale qui a transporté des milliers de Mauriciens vers l’Europe, l’Afrique, l’Asie et l’Australie, a décollé pour un vol MK6 aller simple, vendredi soir, à 23h44 pour Twente aux Pays-Bas

Comme annoncé récemment, le départ définitif de l’aéroport SSR des deux A340-313 restants parmi les six avions vendus ou retournés à leurs propriétaires — Parakeet et Paille-en-Queue — a déjà eu lieu, le premier le 1er juillet, alors que le second, le symbole même de la compagnie aérienne, a décollé pour la dernière fois du tarmac de Plaisance vendredi soir, 9 juillet, à 23h44. Avec ce départ, comme nous l’a souligné fort justement l’un de nos lecteurs sur Messenger et visiblement passionnés d’aviation, c’est la fin de l’ère des quadruple-moteurs pour la compagnie aérienne nationale, qui a duré en tout 48 ans, après le premier Vickers VC 10 loué à l’époque à la BOAC en 1973.

Initialement prévu la veille, le départ du Paille-en-Queue, immatriculé 3B-NBE, qui portait le numéro de vol MK6, vendredi à 23h44, n’a pas laissé insensibles de nombreux Mauriciens amoureux d’aviation et fiers d’Air Mauritius, qui se sont exprimés sur les réseaux sociaux et, en particulier, sur un nouveau groupe public Facebook « Show your support to Air Mauritius » qui compte déjà 17 700 membres, où un hommage au A340 et au Paille-en-queue est rendu à travers des vidéos sublimes et nostalgiques de cet avion mythique en vol, au décollage et à l’atterrissage.

L’émotion des
passagers

Certains membres de ce groupe se sont laissé aller de leur commentaire de colère, de nostalgie et d’éloges. Week-End en a sélectionné trois qui résument en gros l’état d’esprit qui anime les Mauriciens sur la désagrégation de la compagnie aérienne nationale et cette vente contrainte des avions aux noms mythiques de ce que représente notre île :

« Shame to see such an airline disappear from our skies. I have always flown back home from Australia on Air Mauritius, where I felt safe, always welcomed aboard by the competent, well mannered and polite cabin crew and also customer service offices at the check in counter. I was proud to see Air Mauritius on the tarmac and felt at home even before boarding the plane. Thank you to all the wonderful cabin crews, pilots, ground crews and all employees of Air Mauritius for doing your best, very proud of everyone, hope to see you again working for another safe airline with your lovely friendly smile »

« Whenever before boarding from overseas, for MAU, just seeing an MK plane sitting at the gate would make you feel at home, and proud of being a Mauritian. »

Les quadriréacteurs, c’est fini

« It’s heartbreaking to see the planes I have worked on being sent to a graveyard. »

Quant au A 340 Parakeet (3B-NBD), il a quitté le pays et la flotte aérienne nationale le 1er juillet dernier après 24 ans au service d’Air Mauritius. Cet aéronef a également pris la destination de Twente où il sera démantelé en pièces détachées.

Le départ début juillet de ces deux avions mythiques a marqué la fin des quadriréacteurs pour Air Mauritius après 48 ans d’exploitation de ce genre d’avions. En effet, les opérations long-courrier ont débuté en novembre 1973 avec des vols hebdomadaires sur la ligne Maurice-Nairobi-Londres exploitée par le quadriréacteur Super VC10 loué à la BOAC.

Même si le premier avion acheté par Air Mauritius était en 1975 un bimoteur Twin Otter qui suppléait son premier avion, un Piper Navajo loué de Madagascar, c’est le tout premier jet, un Boeing 707, loué de British Air Tours, qui allait marquer tous les esprits. En effet, ce quadriréacteur, rentré en service en 1977 et qui a volé sous les couleurs d’Air Mauritius, a permis une desserte plus régulière sur l’Europe.

En 1984, Air Mauritius a poursuivi son exploitation des quadriréacteurs avec l’entrée en service de son premier Boeing 747SP loué auprès de South African Airways. Air Mauritius a alors commencé des vols sans escale vers plusieurs destinations européennes telles que Paris, Rome et Zurich. L’exploitation du Boeing 747SP et plus tard du 747-200B sans escale vers l’Europe et l’Asie a donné à Air Mauritius un avantage significatif sur ses concurrents.

Enfin, depuis 1994, en acquérant des Airbus A340-300, Air Mauritius a connu une croissance sans précédent qui, comme le clament ses dirigeants d’alors, « a accompagné le pays durant son âge d’or où le développement économique est devenu synonyme de connectivité aérienne ». Avec le départ des quadriréacteurs A340 et A330, ce sont les biréacteurs, deux A350 acquis en 2017, et deux A330neo livrés en 2019, qui vont prendre le relais. Mais ces quatre avions, dont l’achat prématuré a plombé les finances de MK, déjà dans le rouge, certes, auront la lourde tâche de redorer le blason de la compagnie aérienne nationale qui compte sur les économies en carburant qu’elles promettent pour se refaire une santé.

Compagnie en mode survie

Pour rappel, Air Mauritius s’est séparé aussi, le 25 juin, de ses deux A319-100 Blue Bay (3B-NBH) et Mont Choisy (3B-NBF), vendus à une compagnie néerlandaise nommée BAP Aviation Services. Ces ventes d’avions interviennent dans le cadre de l’administration volontaire de MK, sous la direction du tandem Sattar Hajee Abdoula et Arvind Gokhool, de Grant Thornton, dans le but de redresser la compagnie aérienne mauricienne. Sur la liste de vente figuraient deux A340-300 (MSN 194 et 268), un A330-200 (MSN 1057, le Trochetia) et deux A319-100 (MSN 1592 et 1936). Avant les deux A319, MK avait déjà vendu un l’autre A330-200 (3B-NBL, Le Nénuphar).

La compagnie aérienne nationale, qui est en mode survie depuis avril 2020, quand elle a été mise en administration volontaire, a retardé à deux reprises déjà la fameuse watershed meeting qui va décider définitivement de l’avenir de la compagnie. Pendant cette période, les employés d’Air Mauritius, surtout les pilotes et le personnel navigant qui ont donné les lettres de noblesse à la compagnie aérienne nationale, une fierté pendant longtemps, ont connu des fortunes diverses : licenciements, mise à la retraite prématurée, congés indéterminés sans paie, réduction de paie, conditions de travail dégradées dans le contexte de la Covid, et depuis peu pèse la menace de vaccination obligatoire pour être autorisé à voler.