Le bâtiment construit à l’origine pour accueillir un centre social et de loisirs à l’avenue de L’indépendance, à Roches-Brunes, abritera finalement une garderie pour personnes âgées. Ainsi en a décidé le ministère des Collectivités locales qui renverse une décision entérinée par la mairie des Villes sœurs, en avril 2018, au grand dam des conseillers du ML qui avaient appuyé la motion soumise pour l’aménagement d’un centre de loisirs. Ce revirement fait suite à l’intervention de la ministre de la Sécurité sociale, Fazila Jeewa-Daureeawoo auprès des conseillers du MSM pour qu’ils défendent bec et ongles l’aménagement d’une garderie pour personnes âgées. «La goutte d’eau qui fait déborder le vase des humiliations qu’on nous inflige», disent certains conseillers du ML qui songent à quitter le navire de la majorité. Encore faut-il qu’Ivan Collendavelloo, le leader du parti « karé karé », se décide à sauter le pas.

«You are hereby informed that Governement has agreed that the building constructed on the said plot of land by the Council at Independence Avenue Roche-Brunes be vested in the Ministry of Social Security division», peut-on lire dans la missive adressée par le ministère des Collectivités locales à la mairie le 26 janvier 2021. L’épilogue d’un conflit qui a été marqué par des échanges musclés au conseil municipal lors des débats entre les deux camps. Cette décision du gouvernement central sonne donc comme un désaveu pour le ML qui, sous la houlette de l’ancien maire Ken Fong, pensait avoir fait le nécessaire en faisant approuver, en avril 2018, la motion pour le projet d’un centre social et de loisir au cœur de Roches-brunes. Mais c’était sans compter la lettre adressée, en janvier 2019, par Fazila Jeewa-Daureeawoo, députée correctif au No 19, à Ken Fong, dans laquelle elle demande à ce dernier que le conseil fasse marche arrière et «convertir le centre social en un lieu de soin pour les personnes âgées».

Les escarmouches démarrent au conseil le 28 février 2020, et sont rapportées par Week-End dans son édition du 1e mars. En réplique à la proposition du conseiller du MSM Nazir Jungee d’abroger la motion entérinée en avril 2018, Mahen Choolun (ML) lance alors ceci: «Money has been dedicated for municipal project not a ministry one», et des invectives qui fusent de toute part. Le malaise entre les deux partenaires d’alliance est à son paroxysme le 30 octobre 2020, au moment où David Utile, qui a entre-temps pris le collier mairal, dévoile une lettre dans laquelle deux clubs du troisième âge du quartier suggèrent de leur «donner la chance de bénéficier pour la première fois d’un centre qui leur sont dédiés dans le quartier» et que celui-ci soit géré par le ministère de la Sécurité sociale. S’ensuivent des échanges d’invectives entre les élus du MSM, Alain Cerveaux et Nazir Jungee, d’un côté, et Ken Fong et Mahen Choolun, de l’autre. David Utile n’a alors eu d’autres choix que de procéder à l’ajournement de la séance.

Collendavelloo orchestre le flou

Le couperet tombe le 26 janvier dernier, soit la veille d’une séance du conseil qui a une nouvelle fois été ajournée, faute de quorum (voir plus loin). «Fazila Jeewa-Daureeawoo a finalement eu le dernier mot à la faveur de la décision du gouvernement central. Je ne peux que regretter cette façon de faire lorsqu’on sait qu’une majorité de conseillers avaient donné leur aval pour la construction d’un centre où les personnes de toutes les tranches d’âges se seraient côtoyées dans un environnement sain», nous confie un élu du ML au sein duquel les langues se délient pour «dénoncer la façon de faire d’une frange de la majorité du pouvoir». Un autre conseiller souligne que «nous avons passé outre aux manigances orchestrées par des élus orange pour destituer Ken Fong dans l’optique de placer un des leurs. Nous avons accusé le coup lorsqu’Ivan Collendavelloo a été injustement déchu de son poste de Premier ministre adjoint but now enough is enough, l’heure est venue de quitter le navire».

Il n’en demeure pas moins que des interrogations subsistent concernant le silence assourdissant d’Ivan Collendavelloo qui continue à orchestrer le flou autour de son prochain move sur l’échiquier politique. «Les nombreux scandales dans lesquels le MSM s’est englué n’augurent rien de bon pour les prochaines élections municipales. Nos partisans réclament dorénavant plus de fermeté», déclare un élu du parti « karé karé » qui nous divulgue une partie de la teneur de la discussion qu’il a eue avec son leader. «C’est la première fois dans l’histoire du pays qu’un leader d’un parti campe au sein du gouvernement malgré le fait d’avoir été éjecté de son poste. On est la risée de tout le monde. C’est la pratique du deux poids, deux mesures, concernant des faits qui méritent d’être condamnés avec la même vigueur, à l’image du scandale qui ébranle Yogida Sawmynaden. Ivan Collendavelloo a été à l’écoute et nous espérons qu’il prendra la meilleure décision», dit-il.

Utile contraint d’ajourner une séance une énième fois

On ne compte plus le nombre de fois où le premier magistrat de Beau-Bassin/Rose-Hill, David Utile, et son prédécesseur Ken Fong ont été contraints d’ajourner une séance du conseil en raison d’un manque de conseillers pouvant constituer un quorum. Le dernier en date: la séance qui s’est tenue le 26 janvier, à laquelle les élus auraient débattu sur la décision du gouvernement de convertir le centre social de Roches-Brunes en une garderie pour personnes âgées. Sur les 24 conseillers qui composent le conseil, quatorze d’entre eux étaient présents à l’ouverture de la séance qui a vu l’absence de cinq des neuf élus du MSM.

Sachant pertinemment qu’il faudrait au minimum neuf personnes pour respecter le quorum, les six conseillers du PMSD présents ce jour-là ne se sont pas fait prier pour quitter la salle du conseil, ne laissant d’autre choix à David Utile que de reporter la séance. «L’équipe de la majorité, si on peut encore l’appeler ainsi, doit assumer ses responsabilités dans la mesure où ils se sont accaparés de tous les comités en laissant des miettes au PMSD. Il est hors de question de leur donner du sérum pour gouverner. Zot bizin prézan», nous confie le conseiller des bleus, Oliver Barbe.