Rohan Dabydin, 23 ans, détenteur d’un LLB, directeur d’une entreprise et élu aux dernières élections villageoises, a été choisi pour occuper le poste de président du village du Bouchon. Il a aussi la responsabilité de Carreau-Acacia, Mon Désert, Desplaces, qui tombent sous la juridiction du conseil de village du Bouchon. Son colistier Kaviraj Doomun a été désigné par les conseillers élus de ces localités pour les représenter au conseil de district de Grand-Port. Les deux élus ont de grandes ambitions. Ils vont conjuguer leurs efforts, disent-ils, pour apporter de « grands changements et d’importants développements dans cette partie du sud ».

Les conseillers, nouvellement élus, se sont réunis après les élections pour faire un constat de la situation. Ils ont établi une liste de projets qu’ils considèrent prioritaires dont le combat contre le fléau de la drogue qui commence à faire des ravages dans la localité, le problème du transport qui dure depuis de nombreuses années à cause des autobus qui passent à de fréquences irrégulières et l’aménagement d’infrastructures sportives dans ces localités. « Nous n’allons pas prétendre trouver des solutions du jour au lendemain pour combattre la drogue. Nous allons travailler en étroite collaboration avec les parents dont les enfants ont déjà commencé à sombrer dans l’enfer de la drogue. Nous voulons qu’ils soient partie prenante dans cette démarche. Nous allons mettre beaucoup d’accent sur un programme de réhabilitation, de prévention à toute rechute et de réinsertion sociale. Nous allons essayer de trouver ensemble des solutions et par rapport aux symptômes que présente chaque toxicomane », insiste Kaviraj Doomun qui a acquis une certaine expérience dans le domaine après avoir travaillé au sein de l’ex-Natresa. Il se pourrait qu’il y ait séances de “counselling” par des psychologues et des psychiatres. « Nous allons étudier toutes ces possibilités », a-t-il promis.

Il faudra aussi trouver des solutions au problème du transport dans la région. « C’est l’un des plus gros problèmes auxquels les habitants font face dans la localité depuis de très longues années. Depi mo zanfan, mo kone ena problem transpor isi. Ziska ler pa ankor trouv solision », fait observer Rohan Dabydin. « Bis ankor pe pass sak de zer isi. »

Jaya Prayag, un habitant de Camp-Carol, qui fait partie d’une association de personnes du troisième âge, explique : « Les personnes âgées sont obligées de prendre un taxi pour se rendre à Plaine-Magnien. Le coût du trajet est de Rs 24 à l’aller et de même pour le retour. Ça fait Rs 48 au total. Où est le transport gratuit dans ce cas-là ? Sa pez definitivman lour dan nou bidze. Nous n’avons pas le choix. Sinon, on passe plus d’une heure à attendre sur l’arrêt d’autobus. Nou finn fatigue soulev sa problem transpor avek bann depite avan. Nanyan pa finn sanze. Ena ban dimounn dan mo zenerasion finn gagn letan mor. Nou ankor pe debat pou trouv solision », ironise-t-il.

Selon lui, la situation ne s’est pas améliorée pour les habitants de Carreau-Esnouf, Desplaces, Mon Désert, Camp-Carol, Le Bouchon et Carreau-Acacia depuis plus de 35 ans. Il dira que les problèmes avaient commencé à surgir lorsque les autobus avaient commencé à desservir la ligne 137. « Parfwa ou trouv kontroler ki pe zer sa la lign la. Zot fer kouma zot anvi kann zot oule. » Et le sexagénaire d’ajouter qu’il y a des fois où les autobus ne passent pas pendant le week-end et les jours fériés.

Jaya se rappelle encore une réunion qui avait eu lieu entre les autorités et les propriétaires de bus. « Les propriétaires de bus avaient alors déclaré que la ligne 137 n’était pas rentable. Zot respekte horer zis kan zot apran ki CNT pe vinn lor sa lalign la. » Le nouveau président qui écoute attentivement les doléances de Jaya suggère aux autorités d’avoir recours à la CNT pour desservir cette route. « Cette situation ne peut plus durer », insiste-t-il.

Joyce Lingadoo, une habitante du Bouchon, dira avoir fait part plusieurs fois du problème à la National Transport Authority (NTA). Selon elle, les villageois devant se rendre sur leur lieu de travail ou en ville éprouvent eux aussi de grosses difficultés. Pendant la période scolaire, les élèves sont contraints de sortir de chez eux deux heures plus tôt. Souvent, ils arrivent à l’école alors que la grille est déjà fermée. « La NTA est au courant. Mais lorsque les préposés de la NTA viennent sur place, la situation retourne à la normale. Les horaires sont respectés. »

Pour rappel, des habitants de ces villages avaient manifesté pacifiquement au jardin de la Compagnie dans le passé pour exprimer leur mécontentement face à ce problème. En ce qui concerne la création d’emplois, la nouvelle équipe compte solliciter l’aide de Rajiv Ramlagum de la distillerie Omnicane pour qu’il intervienne auprès de la direction pour les aider à concrétiser des projets. « Nous allons regrouper les planteurs, les pêcheurs, les petits entrepreneurs et ceux spécialisés dans différents métiers pour qu’ils puissent vendre leurs produits dans un seul endroit. Il y a beaucoup qui souhaitent monter leur propre entreprise et ou se consacrer à leurs projets. Ils n’osent pas s’aventurer ou prendre toute la charge administrative ou comptable, faute d’une formation », a expliqué Rohan. « Nous allons mettre en place une structure pour qu’ils puissent bénéficier d’une formation, d’un accompagnement ou d’une aide administrative. Nous allons organiser des réunions pour un suivi et nous assurer que l’entrepreneur a la capacité de produire et de vendre son produit », renchérit Kaviraj.

Les nouveaux conseillers vont mettre les bouchées doubles pour réaliser les projets qu’ils ont promis pendant la campagne des élections villageoises dont le réaménagement de la plage du Bouchon. « Nous allons aménager un grand parking pour plus d’espace pendant le week-end et les jours fériés, un jardin d’enfants, un terrain de volley-ball. Nous souhaitons avoir le soutien de la National Development Unit. »

Des travaux démarreront en janvier 2021 dans la région, notamment l’asphaltage des routes à Carreau-Acacia. Sur le plan éducatif, les conseillers donneront priorité aux enfants qui ont accusé un certain retard dans leurs études. Ils vont entreprendre un exercice en profondeur pour s’attaquer aux causes réelles du nombre d’enfants qui ne vont pas à l’école dans cette région. « Encore une fois, nous allons solliciter la collaboration des parents, les écouter et comprendre les raisons qui empêchent les enfants d’aller à l’école. Nous voulons avoir une idée de l’ampleur de la tâche qui nous attend et comprendre les obstacles associés à cette situation. »

Une fois qu’ils arriveront à cerner les problèmes, disent-ils, ils vont déployer en avant un certain nombre des moyens et d’outils qui existent. « Nous allons réfléchir d’une manière créative, utiliser toutes les ressources à notre disposition pour permettre aux enfants d’acquérir une éducation de base », ajoutera le nouveau président du village du Bouchon.

Sans une mobilisation de tous les acteurs, avoue Rohan Dabydin, il ne pourrait pas s’attaquer efficacement à ce problème. « Qu’on le veuille ou non, l’éducation joue un rôle très important dans la vie de chaque individu », conclut-il.