Les habitants du village du Morne n’en peuvent plus, particulièrement ceux résidant à Dilo-Pouri, où l’eau ne coule que pendant une ou deux heures par jour. Jania Seehakoo, âgée d’une soixantaine d’années et qui souffrait d’un cancer, avait subi, il y a trois ans, une intervention chirurgicale. « Ma santé est fragile. Je dois préparer mes repas pour manger à l’heure avant de prendre mes médicaments, mais je n’arrive pas à le faire. Delo pa koul enn lazourne. Mo oblize servi delo ki mo’nn resi ramase trwa ou kat er avan. Nek zis kapav prepar enn minn Apollo. C’est souvent le cas », déplore-t-elle.

Selon Ravin Seehakoo, l’époux de Jania, les camions-citernes viennent sur place « de temps en temps », mais dit-il, « ce n’est qu’une solution temporaire et le problème reste entier ». Il ajoute : « Cette situation dure depuis plus de 20 ans. Les multiples démarches entreprises auprès de la direction de la Central Water Authority (CWA) n’ont rien donné comme résultat. » Jania nous a fait voir les plantes que son époux avait mises en terre et qui sont restées chétives par manque d’eau. « Gouvernman pe ankouraz dimounn plante me zot pa donn delo, alor kouma pou fer sa ? » s’interroge le retraité.

Marie-Josée Raboude, qui habite à quelques pas de la famille Seehakoo, est employée comme jardinière dans une société privée. Elle dit elle aussi souffrir de ce manque d’eau depuis plus de 20 ans. « Kamion siternn pa vinn regilierman », dit-elle. Tout comme sa voisine Jania, elle éprouve beaucoup de difficultés pour préparer son repas à l’heure. Elle se réveille très tôt chaque matin pour essayer d’en récupérer un peu avant d’aller travailler. Il n’y a qu’un mince filet d’eau qui s’échappe du robinet avant qu’il ne cesse de couler. « J’habite ici depuis 20 ans. Rien n’a changé depuis », précise-t-elle.

Par ailleurs, Marie-Josée n’est pas tendre à l’égard des députés de la région. « Personne n’est venu nous voir pendant le confinement. Ou tann dir zot inn pase me zame ou trouv zot. Zot bizin vinn ekout nou lavwa. Bann depite-la pa konn sa difikilte ki nou ramase apre enn zourne travay », dit-elle. Cette habitante de Dilo-Pouri soutient de plus n’avoir jamais entendu dire que les établissements hôteliers de cette région souffraient d’une quelconque pénurie d’eau. « Nous ne sommes pas contre, mais pourquoi la CWA ne met pas en place une même structure pour nous approvisionner ? » se demande-t-elle.

Pour rappel en décembre 2012, près de 200 personnes avaient envahi les rues, entravant ainsi la circulation pour protester contre le manque de fourniture d’eau. La police avait procédé à l’arrestation de deux habitants de la région. « Cette manifestation de rues n’était pas vaine, puisque les hauts cadres de la CWA s’étaient rendus sur place quelques jours plus tard et avaient eu une réunion avec les habitants pour expliquer les raisons du manque d’eau. Ils avaient expliqué que, le plus gros problème dans cette région, c’est qu’il y a des lieux qui sont difficiles d’accès pour la CWA. Ils ont ajouté qu’il n’y a pas d’infrastructures adéquates pour une bonne fourniture d’eau. Depi sa, pa finn trouv okenn solision. CWA ankor pe seye », affirme-t-elle.

Selon d’autres habitants de cette partie du littoral, les experts doivent étudier les conséquences d’une baisse importante du niveau d’eau dans les nappes phréatiques durant la période sèche et trouver des solutions. « Nous finn fatige avek sa problem delo-la. Lane ale, lane vini, mem stres », disent-ils.

Water Programme

Par ailleurs, l’ABSA Bank (Mauritius) s’est associée, depuis janvier 2018, au Lions Club de Quatre-Bornes, à la CWA et au Mouvement Auto-Suffisance Alimentaire « pour qu’environ 200 familles soient connectées au réseau de distribution d’eau potable ». Ce projet, qui est estimé à environ Rs 13 millions, prendrait fin vers décembre, et quatre comités ont été mis en place pour le gérer.

Eric Mangar, agronome, explique que ce projet a été réalisé après une étude menée dans la région et qui a révélé que l’absence de fourniture d’eau potable est le « calvaire quotidien des habitants ». Il explique : « Le village du Morne sera connecté à partir de la rivière Baie-du-Cap. L’étape suivante sera le pompage, le filtrage et la Chlorination. » Selon lui, ceux habitant sur le flanc de la montagne seront desservis par cinq fontaines communautaires gérées par la Water-User Cooperative, qui a la responsabilité de la gestion de l’eau pour ces familles.