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Legend Hill : le Stop Order de la discorde

Joanna Bérenger : « C’est très grave si le ministre a “misled the house” et il y a même la possibilité qu’il y ait motion de blâme »

Que cache la montagne de La Tourelle ? Un Stop Order, paraît-il. Depuis le début de l’année, plusieurs citoyens et politiciens sont montés au créneau contre le projet de construction de villas de luxe, sous le nom de Legend Hill, sur La Tourelle, à Tamarin.

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En plus de manifestations citoyennes, dont une marche en février, les conseillers des villages de Tamarin et de Rivière Noire ont déposé, photos et lettres à l’appui, une demande de Stop Order au District Council de Rivière Noire, le 4 mars dernier, et pourtant, cette demande semble n’avoir jamais atterri dans les mains des personnes concernées. C’est du moins ce qu’a laissé entendre le ministre Deepak Balgobin, suppléant du ministre des Administrations régionales, Anwar Husnoo, au Parlement mardi. Les réactions n’ont pas tardé à pleuvoir…

« Mr Speaker, Sir, as at date, no motion for a Stop Order has been tabled at the District Council of Black River. » C’est ce qu’a répondu le ministre Deepak Balgobin, mardi au Parlement, en réponse à la question de la députée Joanna Bérenger sur la très controversée et très médiatisée affaire Legend Hill. Une réponse qui a laissé pantois de nombreuses personnes, notamment celles qui ont déposé cette demande en main propre en début d’année, soit le 4 mars. De plus, une site visit avait même été organisée à la demande des trois villages contestataires, nommément Tamarin, Rivière Noire et Gros Cailloux. Et le rapport d’un technicien sur l’état du chantier était grandement attendu. Que s’est-il donc passé entre juin et novembre ? Serait-ce un oubli de la part du ministre suppléant ou un geste délibéré ? Les questions fusent.

« C’est scandaleux qu’au Parlement, le ministre Balgobin met en cause l’intégrité des présidents de village de Tamarin et de Rivière Noire en déclarant que ces derniers n’ont jamais déposé une demande de stop order au Black River District Council. J’ai personnellement déposé cette lettre datée du 4 mars 2021 en compagnie de conseillers et d’habitants de ces deux villages pas seulement au bureau du président du District Council, mais aussi en main propre au Directeur de l’Environnement dans les locaux de son ministère », déclare Percy Yip Tong, qui figure parmi ceux qui sont vite montés au créneau dès les premiers coups de pioche, en février.

Il ajoute que « c’est extrêmement grave qu’un ministre induise le Parlement en erreur. Soit monsieur Balgobin ne dit pas la vérité volontairement, soit il a été mal informé délibérément par le District Council. Ternir ainsi le combat de villageois et de conseillers ayant à cœur la sécurité et l’environnement de leur village contre le projet immobilier de luxe Legend Hill est dommageable et choquant.

« Cover-up et ingérence ministérielle ? »

Le côté positif de cette déclaration contestée d’un ministre au Parlement montre que le gouvernement veut cacher des choses et que la polémique soulevée dérange. Il est clair pour nous à SOS Tamarin, collectif d’habitants de la région, que le Legend Hill est un projet à deux milliards de roupies qui a obtenu un permis de construction et un EIA controversés où l’appât du gain domine l’intérêt des habitants et la préservation de la beauté naturelle de La Tourelle de Tamarin. »

Pour la députée Joanna Bérenger, qui suit cette affaire depuis le début, c’est clairement du « cover-up ». Celle qui avait même été sur place en juin, avec le député rouge Fabrice David pour tenter d’accompagner, en vain, les deux techniciens indépendants Vassen Kauppaymoothoo et Sébastien Mallart, est dubitative. « C’est très grave si le ministre a misled the house et il y a même la possibilité qu’il y ait motion de blâme, parce que quand ils (ndlr: conseillers des deux villages de Tamarin et Rivière Noire) ont demandé la motion de Stop Order, cet événement avait été couvert par tous les journaux et ils ont des raisons valables pour faire cette demande », affirme Joanna Bérenger.

Elle ajoute que « parmi toutes les raisons, il y avait celle du système de drains qui ne répondait pas aux attentes et j’essaie — dans la question envoyée, de faire appel à la responsabilité du ministre du Local Government et qui est aussi responsable de la gestion des risques de catastrophes —, de faire appel à cette responsabilité pour qu’il vienne donner un update sur le système de drains, où dans ma question parlementaire B519, il était dit clairement que le système de drains en downstream n’avait pas encore été soumis par le promoteur. Et là, on sait qu’avec la saison des pluies qui arrive, il y a les habitants de Carré d’As au bas de ce projet et ce sont eux qui récupèrent directement toutes les pluies qui dévalent la montagne. »

Pour elle, il y a urgence, car il s’agit avant tout de vies humaines. « Sur le site, il y avait plusieurs drains naturels qui traversaient et qui n’existent plus et qui ont été déviés. Donc, l’accumulation d’eau est un vrai risque, d’autant que Carré d’As est dans une zone inondable et lors de la site visit, où moi et Fabrice David on avait été refusés d’accès, on voyait clairement le muret qui le protégeait soi-disant de la descente des eaux de pluie et ce n’est pas suffisant pour les protéger. Donc, quel est le système de drains qui a été mis en place ? Il y a beaucoup de questions à répondre et il y avait beaucoup de raisons valables qui justifiaient cette demande de Stop Order, mais au lieu de répondre à ces questions soulevées par le District Council — qui avait parlé de cela plusieurs fois, les conseillers avaient demandé un rapport indépendant, sauf qu’apparemment, par magie, ce rapport a disparu des “minutes” —, clairement, il y a une tentative de cover-up. Y a-t-il eu ingérence ministérielle ? Il est de notoriété publique que le ministre élu de la circonscription s’intéresse de très près aux travaux du District Council et ce n’est pas correct. »
En attendant, Legend Hill sort petit à petit de terre, et le promoteur MJ Développement continue de développer dans la région, au pied de La Tourelle, avec un nouveau projet de villas de Resort s’étendant sur 7 hectares, en pleine «Savannah». Affaire à suivre.

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