• Une manifestation prévue en janvier si aucun soutien n’est accordé

Ils sont une centaine de membres de l’Agricultural Development Marketing Association (ADMA) qui déplorent le prix excessif pratiqué par les marchands dans la vente de légumes. Pour eux, ce sont les planteurs qui font le plus gros travail, soit depuis la culture des légumes jusqu’à leur récolte. Vendant leurs légumes avec un profit minimum d’une roupie, ils constatent que ces légumes sont vendus deux à trois fois plus cher, pénalisant ainsi les consommateurs d’acheter plus de légumes à des prix plus accessibles.

« Nous devons d’abord nous procurer des semences pour la plantation. Le prix des semences a enregistré une hausse à cause de l’augmentation du dollar et de l’euro. Une boîte de semences de carotte nous coûtait environ Rs 2 500 et aujourd’hui le prix s’élève à Rs 4 800 », explique Arassen Chinan, membre de cette association, désemparé devant la situation qui règne en ce moment chez les planteurs. Mais la mise en terre des semences, dit-il, requiert un autre travail de longue haleine. Les procédés, selon le jeune homme, nécessite le nettoyage des terres, l’application du fumier. « Tous ces procédés ont un coût élevé », dit-il. Une fois les semences mises en terre, il faut attendre au moins trois mois. « Nous devons appliquer les insecticides, pesticides et fertilisants, effectuer le désherbage alors que la main-d’œuvre se fait rare », précise-t-il pour qu’après les trois mois, la récolte soit prête.

Mais la récolte n’est pas chose facile pour ce planteur. « La récolte des légumes nécessite encore de la main-d’œuvre. Une fois que la récolte terminée, les légumes sont envoyés au bazar », fait-il part. Mais tout le processus de la récolte de légumes jusqu’à ce qu’ils se retrouvent sur les tables des marchands est sujet des questionnements pour Arassen Chinan. « Lorsque nous vendons nos légumes à l’encan, nous obtenons un reçu de l’encanteur. Nous livrons nos carottes à Rs 7 la livre à l’encanteur. Cette somme n’entre pas directement dans ma poche. Lorsque je fais toutes les déductions nécessaires, la production d’une livre de carotte me coûte Rs 6. Je ne reçois qu’une roupie par livre », fait-il ressortir.

Une fois que les marchands prennent possession des légumes, selon lui, le prix de la carotte acheté à Rs 7 par l’encanteur est vendu à Rs 15. « Il reçoit ainsi Rs 8 de profit par livre sans qu’il ait investi », déplore le planteur. « Comment peut-il recevoir Rs 8 de profit par jour alors que j’obtiens une roupie chaque trois mois ? », dit-il. Le planteur fait ressortir que ce profit n’est que pour un légume, car selon lui, certains planteurs affichent des prix encore plus exorbitants. Il cite l’exemple de la betterave qui lui coûte Rs 4 pour la production. « Le marchand le vend à Rs 25. C’est le cas pour tous les légumes », dit-il.
Pour ce planteur, les marchands de légumes « bloquent » la chaîne de vente en vendant une betterave qu’il achète à Rs 5 au lieu de Rs 8. « Ainsi, lorsqu’un consommateur part acheter une betterave, il n’achète pas une seule mais deux ou trois », dit-il. Arassen Chinan souligne qu’en affichant un prix élevé, le client n’achète pas autant qu’il veut, et le marchand achète également peu de betteraves du planteur. « De ce fait, toutes mes betteraves pourrissent dans mon champ », déplore-t-il.

L’association, ajoute-t-il, compte une centaine de membres et plusieurs autres planteurs veulent y adhérer. Une des demandes de l’ADMA est d’avoir une place dans les différents bazars pour régulariser les prix. « De ce fait, les marchands ne pourront pas vendre à un prix excessif », dit-il. Pour lui, l’ADMA pourra établir un prix sur lequel les marchands devront s’aligner.

Arassen Chinan déplore que les consommateurs aient payé leurs légumes à des prix élevés et, dans la foulée, il remet les points sur les i s’agissant des planteurs. Le planteur veut qu’il existe une grille publique où le prix des légumes vendu aux marchands soit affiché de même que le prix vendu aux clients. Selon lui, il n’est pas normal qu’on affiche uniquement le prix des légumes pour le consommateur mais pas pour les marchands. Le prix d’une caisse de pomme d’amour, dit-il, se vend à Rs 800 mais il ne comprend pas comment une livre de pommes d’amour peut se vendre à Rs 50 au bazar. « À cause de cela les gens achètent les pommes d’amour conservées », dit-il.

À cause d’une telle situation, il regrette que les planteurs soient découragés à planter. Las de voir une telle situation perdurer, il affirme avoir envoyé des lettres aux autorités concernées pour que les planteurs aient justice. « Nous avons fait des démarches pour attirer l’attention. Ce serait trop facile de prendre nos camions et descendre dans la rue. Qu’auraient dit les autres ? Que nous n’avons jamais parlé de nos problèmes », avance cet habitant des Plaines-Wilhems.

Il dit avoir eu une rencontre avec les membres de l’opposition. Il fait ressortir que des ministres du gouvernement ont appelé l’association pour s’enquérir de la situation. « Si rien n’est fait d’ici la fin de janvier, ils devront venir nous chercher dans la rue. Si 100 planteurs descendent dans la rue ce ne sera pas une mince affaire », dit-il. Ces planteurs, dit-il, ne sont pas des gens illettrés. « Nous avons des médecins, des ingénieurs qui sont aussi nos membres », précise-t-il pour montrer que la culture de légumes ne concerne pas uniquement ceux dont le niveau d’éducation n’est pas aussi élevé.