Muselé par l’establishment politique depuis 2015, il compte solliciter l’immunité sous la loi Collendavelloo pour aller déposer à l’ICAC dans le St-Louis Gate Probe

De sa retraite politique forcée, vu qu’il a été privé d’investiture aux dernières élections générales, Bashir Jehangeer, ancien parlementaire et membre du MSM depuis 1995, se sent “vindicated” depuis le début de la semaine. La décision de la Banque africaine de développement (BAD) de “debar” la Burmeister & Wain Scandinavian Contractor A/S (BWSC) pour 21 mois pour “corrupt practices” lors de l’allocation du contrat de Rs 4,5 milliards du redevelopment de la centrale thermique de Saint-Louis est venue prouver qu’il avait pourtant raison de ne pas baisser les bras dans la dénonciation de la formule “tailor-made” de ce contrat.

Mais, aujourd’hui, enhardi par le Développement du 8 juin, il va plus loin en public en soulignant que cette  pratique d’Inside Information pour déboucher sur un contrat sur mesure ne concerne pas uniquement BWSC. Ainsi, il a engagé des consultations avec des conseils légaux en vue de bénéficier d’une immunité  pour aller tout déballer devant l’ICAC.

“Sa sistem kontra par miyar Tailor-Made, li pas konsern unikma BWSC. Ou nek ena pou alle guette ki passe avek bann kontra po bann travo infrastriktir piblik. Mem bann, mem si aprè zotte sanz nom, ki gagn bann gro kontra là. Les faits sont indéniables quand vous consultez la liste des sociétés de construction ayant décroché des contrats du gouvernement au cours de ces dernières années. Est-ce trop demander de savoir comment, en dix ans, on peut décrocher des contrats d’une valeur de Rs 25 milliards?”, déclare Bashir Jehangeer à Week-End en souhaitant que les autorités se mettent à se resaisir pour mettre un terme à ces pratiques de fraude et de corruption bien établies et ancrées dans les moeurs administratives au point de devenir la nouvelle norme sur le plan du procurement.

Bashir Jehangeer se souvient quand, au tout début, il s’était mis à s’interroger sur la présence de la BWSC quasi-incontournable lors des exercice d’appels d’offres du CEB. “On avait tenté de me dissuader d’aller affronter BWSC. Zotte dir mwa ramifikasyon et réso BWSC tro for pou match”, ajoutera-t-il en énumérant la succession de contrats du CEB décrochés par cette firme danoise.

Mais le tournant dans la consolidation des assises de la BWSC au CEB allait intervenir par le contrat des travaux pour la centrale thermique de Pointe-Monier de Rodrigues. “Limportance de l’ancien représentant de BWSC s’était estompée pour faire de la place à de nouveaux amis dans le monde des affaires”, poursuit-il en rappelant que la spécification pour des moteurs de 13,6 MW aurait dû éveiller les soupçons et tirer la sonnette d’alarme.

“Mais il n’en fut rien et le Test Run du système de Contract Tailor-Making à Rodrigues fut répliqué à Maurice pour la première phase de la centrale thermique de Saint-Louis. L’une des conditions d’appels d’offres était que les moteurs devaient être installés sur les mêmes fondations de la centrale. Comme par enchantement, étant donné le court délai, seul un participant à l’appel d’offres avait pu mener cet exercice de Soil and Base Testing et une soumission des plus avantageuses. Et la porte du CEB est devenue grande ouverte pour BWSC”, s’appesantit l’ancien député du MSM.

Puis est venu le contrat de Rs 4,5 milliards pour la centrale de Saint-Louis. Les spécifications imposées par le CEB étaient tellement astreignantes, dont 500 RPM et des moteurs ayant tourné 12 000 heures en deux ans, ni plus ni moins, avaient soulevé des protestations de la part des soumissionnaires concurrents de BWSC, dont la firme Hyundai, contre cet état de choses.

“Une intimidation grossièrement emballée”

Des protestations furent logées auprès de la Banque africaine de Développement, du Public Procurement Office et du Central Tender Board. La réponse était invariablement la même: “We take note of the content of your letter. We refer it to the CEB”. La naïveté politique de Bashir Jehangeer devait voler en éclats quand il avait voulu attirer l’attention de l’establishment politique surces maldonnes.

“Ce qui est le plus inacceptable et plus dur a été de se faire rabrouer par les diirigeants d’alors du gouvernement devant mes pairs lors des réunions du groupe parlementaire de la majorité. Dans un premier temps avec mes PQs, on m’avait demandé d’aller voir le DPM pour aborder ces problèmes. Ce dernier ne m’a pas reçu en dépit de mes demandes. Mais dans les couloirs du Parlement, il m’a laissé comprendre que “pena nanyen irrégularité. Mo ine dimand Hébrard”, confie l’ancien député, qui a été contraint à plusieurs reprises d’abandonner ses PQs à l’Assemblée nationale.

Néanmoins, un épisode est resté en travers de la gorge de ce militant du MSM. “Divan bann lezot kamarad parti, zotte dir mwa: eski ou ena prev zotte ine kokin. Amène prev-là. Sinon rest trankil. Pa koze. Vous comprendrez que ce n’était nullement facile. Aujourd’hui, la sanction de la BAD contre BWSC et cette dernière reconnaissant officiellement ses torts de corrupt practices, que je n’ai cessé de dénoncer, sont autant de preuves d’un engagement jusqu’au bout et sans compromis”, dira-t-il.

Et sans aucune hésitation, il dégoupille autre bombe: cette formule de Tailor-Made Contracts serait monnaie courante, pas seulement au CEB, mais dans d’autres institutions para-publiques et ministères. “Une fois j’avais soumis une PQ sur des contrats d’infrastructure. J’étais au balcon de l’Assemblée nationale. Un des Blue-Eyed Boys du gouvernement m’a approché en me lançant:  Eh! twa Lonesome Cowboy ki sa bann kestyon ki to pe poze lor sa konpagni-là. Une intimidation grossièrement emballée”, ajoutera-t-il en indiquant que le concerné se reconnaîtra bien facilement.

Le souhait exprimé par Bashir Jehangeer est que l’épisode de la BWSC et de la BAD marque un virage à 180° et “l’élimination de ceux qui se vautrent dans la corruption matin, midi et soir” pour permettre à la République de Mauruce de retrouver son honneur perdu et son intégrité sans tâche sur le plan international au prix politique qu’il faut payer…