Bâtiment du ministère du Travail

Une dizaine d’employés de l’usine Cap Kali sont dans la tourmente depuis qu’ils ont appris que leur employeur comptait les licencier. Leurs tentatives pour obtenir des explications à ce sujet se sont avérées vaines. Les employés, en majorité des superviseurs, disent ne pas comprendre comment des plus jeunes ont été appelés à partir, alors que certaines personnes ayant dépassé la soixantaine ont, elles, été maintenues en poste. Ce qu’ils considèrent comme une « injustice ». Certains comptent par ailleurs plus de 20 années de service.

« Pourquoi nous ? » C’est la question que se posent ces superviseurs, en majorité des femmes, après avoir appris que l’usine Cap Kali, située à Rivière-du-Rempart, comptait se séparer d’eux. Jeudi dernier, ils avaient rendez-vous au Redundancy Board, mais leur employeur, n’ayant pas la liste complète de ceux qu’il compte remercier, a été prié de revenir avec tous les documents nécessaires. Tout a basculé pour ces employés depuis le confinement. D’abord, ils n’ont perçu que 50% de leur salaire pour le mois de mars, avant d’être ensuite remboursés. Ensuite, ils ont appris que leurs noms se trouvaient sur la liste du Workfare Programme. « Nous étions 14 personnes concernées au départ. Par la suite, on ne sait sur quels critères, mais on a décidé d’en garder quatre. Et nous, qui sommes parmi les dix autres, nous nous retrouvons au Redundancy Board. »

Certains de ces employés comptent plus de 20 années de service et d’autres, eux, de 15 à 16 années. « Nous sommes tous des superviseurs. On a gardé des machinistes et on veut nous licencier. Nous voulons comprendre pourquoi. Nous voulons aussi savoir si le règlement de “last in first out” a été respecté. » Nos interlocuteurs disent également leur colère face au fait que l’employeur ait choisi de garder une employée de 70 ans au détriment des plus jeunes. « Pourquoi garder une personne qui touche déjà sa pension, alors que nous, on veut nous mettre à la porte ? Est-ce une règle dans ce pays que les vieux travaillent et que les jeunes soient au chômage ?Est-ce que le gouvernement permet une telle chose ? »

Ces derniers font aussi valoir qu’en cette période de crise, il leur sera difficile de trouver un autre emploi. Ils se montrent également très critiques envers leur directrice, une étrangère qui gère l’entreprise depuis 18 mois. « On nous a donnés comme raison que ceux qui seront licenciés sont ceux qui s’absentent trop. Mais si tel était le cas, pourquoi ne nous a-t-on pas donné un “warning” ? Pourquoi, pendant tout ce temps, on considérait que nous faisions bien notre travail et que, subitement, on change d’avis pour dire que nous nous absentons trop ? »

Ces employés de Cap Kali sont encadrés par les représentants de la General Workers’ Federation (GWF). Ashvin Gudday, de la fédération, explique : « Nous leur apportons notre soutien, car nous les avons rencontrés au ministère du Travail et ils étaient un peu perdus. D’après ce que nous voyons, il y a un amalgame de l’article 72 (A) de la Workers Rights Act, qui ne s’applique pas au secteur textile. »

En attendant la prochaine réunion au ministère du Travail, prévue le 5 août prochain, les employés sont dans l’incertitude et rappellent qu’ils ont des familles à nourrir et des engagements à respecter. Ils déplorent également ce qu’ils considèrent comme une « injustice » à leur égard. Rappelons que l’usine Cap Kali est engagée dans la production de produits textiles divers, allant des uniformes pour divers secteurs au prêt-à-porter et autres accessoires. Cette entreprise mauricienne, créée en 1998, a des partenaires français.