Photo illustration : Des commerces fermés depuis le lockdown

Privés de WAP, ils refusent de payer leurs loyers

La frustration à son comble parmi les gérants de magasins

General Retailers Association : « Beaucoup de Casualties chez les commerçants dans les semaines à venir »

Alors que les supermarchés et hypermarchés sont considérés comme des services essentiels, les commerçants opérant hors de l’alimentation, eux, sont en souffrance. Ils ont dû fermer leurs portes depuis le début du confinement et ne sont pas en mesure d’opérer. Un au coup dur pour ces opérateurs, déjà confrontés à des difficultés financières depuis le premier confinement. Réunis au sein de la General Retailers Association (GRA), ils réclament des Work Access Permits (WAP) et plaident pour le « zero rental » pendant toute la durée du lockdown.

« Ils sont en souffrance…» C’est le cri du cœur du CEO de la GRA, Kevin Chummun, et dont l’association regroupe 350 magasins avec 4 574 employés. Ces membres sont ce qu’on appelle des « High Street Retailers » ou alors opèrent dans des « Malls ». Parmi ces magasins-membres de GRA, on retrouve des enseignes comme 361, Courts, Grays, Hugo Boss, Tulsidas, ou encore des magasins de meubles, d’électroménager, de vêtements, ainsi que des opticiens, entre autres.

Interrogé sur la situation financière actuelle des membres de la GRA,

Kevin Chummun explique qu’il n’y a pas d’entrées d’argent alors que les coûts restent les mêmes. « Les Landlords viendront nous harceler pour payer le loyer. Mais notre position, à la GRA, c’est que comme nous n’avons pas travaillé pendant le confinement, nous n’allons pas payer », insiste-t-il.

Selon lui, les commerçants sont déjà en zone rouge depuis un an. « Même après le premier confinement, nous avons souffert. Les mois suivants ont été durs, jusqu’à octobre et novembre. La consommation s’est un peu améliorée en décembre, mais de peu. Et depuis janvier/février cette année, c’est la catastrophe. »

Et là, la crainte d’une hausse du coût du loyer plane au-dessus de leurs têtes comme une épée de Damoclès. Théoriquement, chaque année, les propriétaires appliquent une hausse de loyer de 5%. En principe, cette hausse est « automatique » lors du renouvellement du bail sans que les commerçants puissent dire quoi que ce soit, mais là, la situation financière des opérateurs a pris un sérieux coup tandis que le moral, lui, est à zéro. « Notre chiffre d’affaires a baissé de 30 à 40% depuis janvier, comparé à la même période en 2020 », affirme un commerçant.

Depuis un an, avec la pandémie de Covid-19, la baisse de la consommation est visible dans le secteur « non-food » et le changement dans le « consumer behaviour » est palpable. « Le consommateur fait plus attention. Les clients sont prudents avec leurs dépenses. Ils font le budget du mois en priorité, pour le supermarché et les achats de la maison. Nous, commerçants, nous arrivons en dernier. Et cela d’autant que les consommateurs doivent faire face à des réductions de salaires et l’incertitude par rapport à leur emploi. L’achat des produits jugés non-essentiels a clairement baissé », explique Kevin Chummun.

Vu cette morosité, exacerbée par un deuxième confinement, la GRA n’a d’autre choix que de plaider pour le « zero rental » pendant le confinement, insistant sur le fait que « l’augmentation de loyer de 5% ne sera pas possible cette fois ». Ne sachant comment résoudre ces problèmes, la GRA a d’ailleurs sollicité l’aide des autorités, dont les ministères des Finances et du Commerce. « On veut ‘freeze’ la hausse de 5% de loyer pour les trois prochaines années. En outre, pour le moment, les landlords doivent comprendre que nous ne sommes pas en mesure de travailler, donc nous n’allons pas payer le loyer pendant le confinement », dit Kevin Chummun.

Actuellement, aucun membre de la GRA n’est en mesure d’ouvrir ses portes et d’opérer, le WAP leur étant refusé. L’association regroupe 4 574 employés, mais ne demande pas autant de WAP. « Nos membres veulent au moins avoir accès à leurs bureaux, à leur matériel et à leur serveur, afin de vérifier s’il n’y a pas de fuites, si la climatisation est éteinte… Ce serait surtout pour des ‘maintenance issues’. Nous avons regroupé toutes nos demandes de WAP, que nous avons soumises individuellement sur la plateforme BeSafeMoris. Nous en totalisons seulement 333 pour tous nos membres, ce qui ne représente même pas 10% de nos employés. »

L’absence de WAP à l’heure actuelle aggrave les choses pour ces commerçants, qui s’aperçoivent par ailleurs que certains opérateurs, « qui n’ont jamais fait d’online delivery », bénéficient de WAP sans difficulté. « Ces compagnies n’ont jamais vendu en ligne et décrochent leur permis du jour au lendemain. This is creating frustration among retailers », lâche le gérant d’un magasin. Le déploiement du WAP à ce type d’opérateurs a ainsi créé une « concurrence déloyale », selon les membres de la GRA.

Hormis les problèmes de WAP, de paiement de loyer et de trésorerie, sur le plan de l’approvisionnement des marchandises, cela se passe plus ou moins bien. Toutefois, c’est la dépréciation de la roupie qui vient cette fois jouer au trouble-fête dans l’équation. « La roupie en a pris un coup, et s’est dépréciée de 20 à 25%. Alors nos produits, qui sont achetés en dollars et en euros, ont augmenté de 25%. Il y a aussi le coût du conteneur, qui est passé de USD 1 500 (en février 2020) à USD 6 500 actuellement. Bien entendu, l’objectif est d’éviter de passer cette hausse au consommateur », fait-on ressortir dans les milieux de la GRA. Mais éviter cela déclenche un autre problème : une érosion de 40% à 50% des marges de profit.

Tous ces problèmes mis côte à côte font dire à Kevin Chummun qu’il y aura « beaucoup de ‘casualties’ chez les commerçants » dans les semaines et mois à venir. « Beaucoup d’emplois seront perdus. C’est pourquoi nous plaidons pour un ‘burden sharing’. Nous ne pouvons pas supporter tout le fardeau sur nos épaules. »