12 000 maisons “sociales” seront construites sur trois ans
100 maisons devraient aller au “low income”  et 1 500 aux revenus entre Rs 45 000 et Rs 60 000

Le Budget 2020-2021 prévoit 12 000 maisons sociales additionnelles d’ici trois ans. A priori, qui dit maison de type social — dont le coût global est subventionné par l’État — dit petit et moyen revenus : Rs 10 000 à Rs 30 000 mensuellement. 1 800 logements seront attribués aux foyers disposant d’un revenu allant jusqu’à Rs 10 000. De ces maisons, il revient qu’une centaine seulement seront allouées aux familles avec un low income. Qu’en est-il des foyers sans toit et du revenu mensuel fixe ? Vendredi après-midi, le ministre du Logement, Steven Obeegadoo, a ouvert les portes de son bureau au père Gérard Mongelard, lequel milite pour le relogement des squatters qui ont élu domicile sur les terrains de l’État pendant le confinement. Pour ce dernier, les projets de construction du budget sont pour le long terme. Dans le cas des sans-logis, insiste-t-il, il y a urgence.

12 000 maisons sociales sur trois ans. Le nombre de maisons qui seront construites pour endiguer la crise du logement et qui touche de nombreuses familles à faible revenus paraît important. A priori, une maison dite sociale est destinée à un bénéficiaire dont le revenu, trop faible, ne peut lui garantir un logement décent. Le coût de la maison sociale est alors en partie endossé par le gouvernement et le récipiendaire, c’est-à-dire le futur propriétaire, respectivement. Ce denier s’engage après un dépôt — un pourcentage de la valeur de la maison — à s’acquitter d’une mensualité dérisoire comparée au prix du loyer pratiqué sur le marché.

Qu’entend-on par « faible revenu ? » Pour faire simple, c’est un revenu mensuel qui permet à son récipiendaire de ne vivre qu’avec le strict minimum en besoins basiques. En 2017, le salaire moyen d’un foyer était de Rs 36 803 (source : Statistics Mauritius) mensuellement. Environ 11 000 familles sont inscrites sur le Social Register of Mauritius (SRM) et perçoivent le salaire minimum (Rs 10 200), sinon moins. Toutes ne sont pas demandeuses d’un logement. D’autre part, il y a des familles économiquement vulnérables, en situation de pauvreté, et qui faute d’information ne se trouvent pas sur le registre social. D’ailleurs, parmi ces familles, il y a celles qui se sont installées sur les terres de l’État à Malherbes, Curepipe. Ce n’est que jeudi dernier qu’elles se sont présentées à la Sécurité sociale pour se faire enregistrer.

C’est pour les familles ayant un revenu jusqu’à Rs 10 000 que le présent budget prévoit la construction de 1800 maisons sociales, sur les 12 000 annoncées. L’État subventionnera 80% du coût de chaque maison. Pour ce qui est des familles qui perçoivent entre Rs 10 000 et Rs 30 000, 5 200 maisons seront construites à leur intention. 3 500 unités pour les revenus entre Rs 30 000 et Rs 45 000 et 1 500 pour ceux qui touchent entre Rs 45 000 et Rs 60 000. La construction de 12 000 maisons sociales a certes pour objectif de donner un toit à des foyers demandeurs et de réduire la crise du logement. Mais il est clair que le projet n’est pas pour résoudre le problème aigu de l’occupation illégale des terres de l’État.

« Pa pou kapav fer depo »

« Bann fami ki la pe travay gramatin pou manze tanto. Zot pa pou kapav fer depo ek pey enn lakaz sosial. Mo mem mo’nn bizin refiz enn lakaz akoz sa », explique Diana au lendemain de l’exercice budgétaire, en parlant des squatters de Malherbes. Cette habitante de la région a décidé de soutenir les 11 familles concernées. « Pour elles, l’idéal serait qu’on leur attribue un coin et qu’elles construisent elles-mêmes leur maison », dit Diana. Ailleurs, aux longères temporaires à Baie-du-Tombeau, beaucoup de familles ont laissé entendre qu’elles auraient des difficultés à débourser Rs 20 000 pour s’acquitter d’un dépôt en vue d’obtenir un logement à Résidence Nouvelle-Ville. Les maisons de la National Housing Development Company (NHDC) déjà complétées seront livrées dans les mois à venir. Pourtant, ces maisons ont été construites pour reloger les familles des longères temporaires, toutes d’anciennes occupantes des longères Blancs de Baie-du-Tombeau.
Pour le prêtre catholique Gérard Mongelard, lequel a pris position pour les squatters de Curepipe et de Pointe-aux-Sables, le budget est sans doute une solution à long terme. « Mais dans l’immédiat, il y a des familles qui n’ont pas de toit ! » s’exclame le père Mongelard. Et de dire : « Je ne comprends pas pourquoi on n’a pas pu régler cette situation depuis 20 ans. » Ce dernier avance encore : « Pourtant, ce n’est pas compliqué de faire une enquête sociale. Nous l’avons fait pour chaque famille à Curepipe. Nous avons recueilli des données, les préposés de la Sécurité sociale sont allés sur place et ont demandé aux familles de se présenter à leur bureau Je pense que s’il y avait une approche humaine et un accompagnement social, on ne serait pas confrontés à une telle situation. »

L’encadrement des familles en quête de logement social proposé par des prestataires comme la NHDC ou la National Empowerment Foundation (NEF) a toujours été le point faible de la politique de relogement des gouvernement successifs. Si celle-ci est dans la forme accompagnée d’une stratégie visant à renforcer la capacité économique et faciliter l’intégration sociale des bénéficiaires, dans le fond, l’approche humaine et la disponibilité des ressources font défaut. En effet, le relogement des squatters composés généralement de familles nombreuses dans des maisons sociales de 50 mètres carrés ne résoudra pas le problème tant qu’il n’y a pas un accompagnement global des bénéficiaires.

Il y a trois ans, Showkutally Soodhun, le prédécesseur de Steven Obeegadoo au ministère du Logement, avait affirmé qu’il n’y avait que 346 squatters à travers le pays et qu’il y aurait eu 10 000 maisons sociales en 2019. «Dan Moris antie ena 346 skwater ! J’ai pu résoudre le problème en ramenant le nombre à la baisse ! » avait déclaré publiquement l’ancien ministre du Logement. Nous ne disposons pas de chiffres officiels qui quantifieraient les occupants illégaux de terres de l’Etat. Mais rien que dans l’Ouest du pays, des centaines de familles vivant dans la précarité, entre autres, étaient disposées à délimiter leur « part » sur des terrains privés à Rivière-Noire et au Morne. Ce qui démontre que baisser le nombre de structures illégales ne veut pas pour autant dire endiguer le problème de logement.

Malherbes/Pointe-aux-Sables : aucune solution en vue

Une rencontre entre le ministre du Logement et de l’Aménagement du Territoire, Steven Obeegadoo, le père Gérard Mongelard, des représentants du ministère, de la NHDC, entre autres, autour du problème des squatters de Curepipe et de Pointe-aux-Sables s’est tenue au siège du ministère, vendredi dernier. Si toutes les parties présentes se sont écoutées et ont échangé leur opinion dans le dialogue, en revanche, aucune solution n’a été trouvée pour le relogement des familles. À Curepipe, les 11 familles qui se sont installées à Malherbes y sont toujours, dans la mesure où leur cas est en cour. À Pointe-aux-Sables, 17 familles ont trouvé refuge à l’école primaire Henri Souchon. Des toilettes et des salles de bains ont été aménagées pour elles. Les femmes participent à des ateliers d’initiation à la cuisine et à la couture. Tandis que les enfants suivent un programme pédagogique. La location de maisons est envisagée. Cette option sera alors soutenue par l’accompagnement des familles.

Par ailleurs, les maisonnettes de fortune construites par des familles à Riambel ont été démolies lundi dernier. Et le lendemain, ce sont deux maisons érigées à Poste-Lafayette qui ont été enlevées par une tractopelle. Dans le cas de Poste-Lafayette, les occupants des structures, connus dans la région, auraient été dénoncés par des habitants qui ne voyaient pas leur arrivée d’un bon œil. Pour cause, les maisonnettes ont été construites par deux personnes, respectivement, pour « bar zot par », confie le voisinage.