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Composée de trois adultes et quatre enfants, âgés de 15 à 3 ans, une famille vit dans un garage loué à Rs 4 500 par mois dans les basses Plaines-Wilhems depuis bientôt six ans. Des problèmes familiaux, greffés à des circonstances de la vie, ont conduit Jessica, coiffeuse à domicile, et son mari, employé d’hôtel, à s’installer dans un garage qui abritait la voiture du propriétaire du local. C’est dans la promiscuité et des conditions précaires, que cette famille menacée d’expulsion est contrainte de vivre, faute de pouvoir, dit-elle, payer la location d’une maison décente. 

Quand sa fille aînée lui pose des questions sur leurs conditions de vie, Jessica, la trentaine, concède qu’elle ne sait pas quoi lui répondre. “L’autre jour, elle m’a dit que sa camarade de classe avait emménagé avec sa famille dans une maison de la NHDC, et pourquoi pas nous?”, raconte Jessica (nom modifié). À 12 ans, elle a passé la moitié de sa jeune vie dans un garage, sans fenêtres, sans toilettes décentes, tandis que ses frères, âgés de 6 et 3 ans, y ont grandi depuis leur naissance. L’adolescente rêve d’une “vraie maison” avec une chambre à coucher qu’elle accepterait de partager avec ses deux frères, s’il le faut. Sa mère, Jessica, en rêve aussi. Elle voudrait d’une maison avec de vraies portes, pas comme celle en métal et coulissante du garage.

“Mais je ne sais pas quoi faire, quelle porte frapper pour obtenir une maison, car nous n’avons pas assez d’argent pour louer une maison. Il y a longtemps de cela, j’avais fait un versement très modeste sur un compte de Plan Épargne Logement. Faute de moyens, je n’ai pas pu continuer à l’alimenter. Je me suis aussi rendue à la NHDC, j’avais même déposé des documents. Mais depuis, je n’ai pas poursuivi les démarches, je n’ai pas d’argent ”, dit la jeune femme.

« Notre vie a basculé »

Pourtant, il y a urgence. Jessica et son mari doivent trouver un toit. Régulièrement, le propriétaire du garage rappelle au couple qu’il doit s’en aller. “Dans notre situation, il n’est même pas question de préavis. Nous n’avons pas de rent book. Je ne veux pas m’engager dans un conflit avec le propriétaire, sinon je vais me retrouver à la rue avec toute ma famille”, explique Jessica, stressée.

Quand elle s’installe avec sa fille et son mari dans ce garage, Jessica est enceinte de son deuxième enfant. Sa mère, raconte-t-elle, habitait déjà dans une pièce annexée au local. Jessica, son mari et leur fille vivaient autrefois chez les parents de celui-ci. “À la mort de mon beau-père, notre vie a basculé”, dit-elle. C’était il y a un peu plus de six ans.

Sans laisser de note pour expliquer son geste, le beau-père de Jessica a mis fin à ses jours. En un clin d’œil, dit-elle, c’est l’univers familial qui s’écroule. “Ma belle-mère a davantage sombré dans l’alcool.

Du jour au lendemain, je me suis retrouvée à gérer un deuil, mon mari et ses frères sont tombés dans la drogue et je me vois avec un enfant sur les bras et une belle-sœur, encore petite à l’époque, à prendre en charge”, confie Jessica.

La famille perd sa maison. Pour ne pas se retrouver à la rue, la jeune femme demande à sa mère de l’accueillir dans la pièce que loue cette dernière à Rs 3 000. “Mais la chambre qu’occupait ma mère était trop étroite pour qu’elle nous héberge. Entre-temps son propriétaire, qui voulait récupérer sa pièce, lui a proposé de s’installer dans son garage. Nous y avons tous emménagé par la suite. Le propriétaire avait accepté de faire une exception pour mon mari, ma fille et moi, malgré l’espace exigu, contre une mensualité de Rs 4500 avec les charges comprises”, explique Jessica. Toutefois, cette dernière ne voulant pas abandonner sa belle-mère, ses deux beaux-frères et sa jeune belle-sœur, elle a pris le parti de leur céder une place sous son nouveau toit, en dépit des réticences du propriétaire. Et c’est ainsi qu’ils se sont retrouvés à huit dans un garage.

Il a suffi de peu de temps pour que le propriétaire exige le départ de la belle-famille, trop bruyante, de Jessica. Sa belle-mère a trouvé refuge chez des proches et ses deux frères ont fini à la rue.

L’un d’eux décédera quelque temps plus tard. Les problèmes de Jessica ne sont pas pour autant terminés. Sa mère, qui se chargeait de payer le loyer, développe un cancer et d’autres complications de santé, tandis que son mari s’enfonce de plus belle dans la toxicomanie. “J’ai fait la tournée des centres de réhabilitation. J’ai persévéré car je voulais qu’il s’en sorte.” Le père de famille, qui faisait alors des petits boulots, dépensait pratiquement tout son argent dans l’achat de drogues synthétiques.

Pour compenser le manque d’argent dans son foyer, Jessica travaille comme femme de ménage et coiffeuse à domicile.

Dix jours après l’accouchement par césarienne de son cadet, elle est debout contre avis médical et se rend à son travail. “C’était prématuré, mais on avait besoin d’argent. Malheureusement, j’ai payé le prix de ce risque. Ma plaie s’est ouverte et a saigné abondamment. Quand mon mari m’a vue dans cet état, il a eu un choc. Il a culpabilisé et à partir  de ce jour-là, il s’est mis à chercher du travail, en a trouvé un dans un hôtel et s’est stabilisé”, confie Jessica.    

« Kan fini pey vann lekol, aste komision, pa res nanie »

Un rideau sépare le garage en deux parties. D’un côté, il y a un lit où dorment la mère de Jessica, sa fille et sa belle-sœur.

De l’autre côté, Jessica y fait la cuisine dans un coin du local, où l’eau courante est accessible. Il y a aussi une télévision, l’unique distraction des enfants.

Et quand arrive le soir des matelas sont posés à même le sol où dorment les autres membres de la famille. Des sanitaires ont été aménagés dans la cour où quelques effets, faute de place dans le garage, ont été entassés. “D’ailleurs, le peu de choses qui me restent ont été abîmés par l’eau qui s’infiltre à l’intérieur et nous tombe même dessus”, confie la mère de famille. Depuis que l’état de santé de sa mère a empiré, celle-ci ne travaille plus. Le loyer n’a pas été payé depuis un certain temps. “Avec un salaire de Rs 10 500, mon mari est le seul à ramener un revenu fixe à la maison. Kan fini pey vann lekol, aste komision, pa res nanie”, explique Jessica.

Pour arrondir les fins de mois, la jeune femme continue à coiffer des clientes à domicile. Mais cela ne suffit pas, dit-elle, pour offrir un minimum de confort à sa famille. Une organisation non-gouvernementale lui vient en aide pour la nourriture et des vêtements. “Heureusement que je perçois une aide sociale pour envoyer les enfants à l’école. Sa larzan-la permet mwa aste manze pou met dan zot dipin”, dit-elle. Jessica, qui a été déscolarisée alors qu’elle était en première année du secondaire, affirme vouloir donner la chance à ses enfants d’étudier.