1920-2020. Cela fait 100 ans que la loterie Merven, plus connue sous le nom de Badinage Merven, fait partie du paysage du jeu de hasard à Maurice. 100 ans de Badinage qui ont fait sa popularité et qui l’ont fait passer d’un siècle à l’autre. Toutefois, le parcours a été loin d’être un fleuve tranquille. Comme en 2009 quand le chiffre d’affaires prend un sale coup avec l’avènement du Loto. Même si en ces temps modernes la concurrence dans le secteur du jeu à Maurice est on ne peut plus féroce, Frantz Merven, Managing Director de Merven Frères Ltd et ancien administrateur du Mauritius Turf Club (MTC), mise sur les valeurs que lui a inculquées son grand-père, Joseph Merven, fondateur de loterie, pour maintenir la tête hors de l’eau et perpétuer ce qu’il considère un patrimoine au même titre que les courses hippiques qui sont, elles, bicentenaires. « Avec mes collaborateurs, j’espère que nous pourrons aller encore plus loin malgré les modestes moyens dont nous disposons », déclare-t-il.

C’est en 1920 que le regretté Joseph Merven, dont l’épreuve principale du samedi 19 décembre au Champ de Mars a été courue en sa mémoire, a lancé la loterie Merven. C’est lors d’un voyage en Inde en 1918 où il avait été appelé par une société indienne pour l’installation du Pari Mutuel qu’il découvre le système de sweepstake. Dans sa définition la plus simple, le sweepstake est une loterie dont les lots sont déterminés en fonction d’une épreuve sportive. C’est à son retour à Maurice deux ans plus tard que Joseph Merven lance la loterie Merven. « Ce qui est amusant, c’est que la loterie, qu’on appelle Badinage Merven, ne se faisait pas uniquement sur les courses de chevaux, mais aussi sur les régates qui étaient organisées par le Mahébourg Yacht Club et le Grand-Baie Yacht Club. Si vous regardez la toute première ébauche de la Gaming Act de l’époque, vous verrez que les organisateurs de sweepstakes furent autorisés à organiser les sweepstakes non seulement sur les courses organisées par le Mauritius Turf Club, mais aussi par les deux entités citées plus haut », raconte Frantz Merven. « Ce qui est encore plus intéressant en ce qu’il s’agit du sweep-stake, c’est que le résultat des courses ne sont qu’un support au processus. Il n’y a pas lieu de connaître les courses pour gagner à la loterie », soutient notre interlocuteur.

Un des plus anciens partenaires du MTC

Au moment où il introduit la loterie Merven, Joseph Merven est épaulé par ses deux fils aînés, Roger et Frantz, l’oncle aîné et le père de Frantz Merven respectivement. Ensuite se sont joints Maurice et Claude, les deux autres fils de Joseph Merven. Les quatre frères travaillaient dans l’entreprise familiale qui s’appelait alors Merven & Cie. À côté de leurs activités professionnelles, ils s’occupent de toute l’organisation de la loterie telle que la préparation, le timbrage et la distribution des billets. « En 1931, mon grand-père meurt. Le dernier des quatre qui s’est occupé de la loterie est mon oncle Claude. Il a été succédé par mon frère Joseph avant que je ne prenne le relais en 1995 après que ce dernier eut pris sa retraite. À l’heure actuelle, je suis le Managing Director de Merven Frères Ltd », déclare Frantz Merven.

La loterie Merven est un des plus anciens partenaires du MTC. « Nous avons été très associés aux courses du temps de mon grand-père qui, faut-il le rappeler, n’était pas membre du MTC et ce, depuis 1908. Notre association s’est davantage raffermie avec l’introduction de la loterie en 1920.  Joseph Merven a tout fait par passion. D’ailleurs, les procès-verbaux du MTC de l’époque en parlent », relate encore Frantz Merven.

Même si elle a survécu à l’épreuve du temps et s’est forgée une certaine popularité, Frantz Merven est conscient que la loterie Merven devra composer avec la rude concurrence du Loto. Il tient à préciser que ce n’est pas le but de la loterie Merven de concurrencer le Loto. « De toute évidence, on ne pourra jamais offrir les lots qu’offre le Loto. On le fait pour continuer à exister et faire perdurer un patrimoine tout en contribuant aux caisses du MTC et au gouvernement.  Il est tout de même réconfortant de constater qu’il y a une frange de notre clientèle qui, quoique vieillissante, nous est restée fidèle. Ils aiment ce système à l’ancienne, jouer les mêmes numéros et tenir leur billet de loterie entre les mains. Les Mauriciens sont très superstitieux d’une manière générale», trouve Frantz Merven.

Pour survivre à la concurrence, il mise sur les valeurs que lui a inculquées son grand-père, la passion, le travail assidu, le sérieux et l’honnêteté. Se tournant vers ses employés, il déclare : «C’est cet esprit de famille qui nous fait aussi tenir. Je suis entouré de personnes qui ne sont pas de la famille, mais qui ont un esprit de famille. Tout le monde considère l’entreprise comme son affaire et fait de son mieux pour que ça marche. Ce n’est pas seulement une question d’argent. Avec mes collaborateurs, j’espère que nous pourrons aller encore plus loin malgré les modestes moyens dont nous disposons. »
À l’heure actuelle, la loterie Merven emploie neuf personnes et son siège social se trouve au 2e étage de l’immeuble Immaculée, rue Orléans à Port-Louis.

 

Plus de chance de gagner à la loterie qu’au Loto

Le saviez-vous ? Il y plus de chance de gagner à la loterie Merven qu’au Loto. « Au Loto, c’est une chance sur un milliard ou quelque chose de ce genre, alors qu’à la loterie Merven, c’est une chance sur 25 000, soit le nombre de billets qu’on met en vente chaque semaine », explique Frantz Merven. Bien entendu, les lots offerts ne sont pas comparables à ceux qu’offre le Loto. À titre indicatif, la loterie Merven offre six lots égaux d’environ Rs 60 000 sur les six tirages qui sont effectués de la 2e à la 7e courses. Le billet peut gagner plusieurs fois, c’est-à-dire le même numéro peut sortir dans deux courses différentes. « C’est déjà arrivé », assure Frantz Merven.

Tirage sur les courses sud-africaines

Dans une démarche d’innover, la loterie Merven compte effectuer des tirages sur les courses qui sont courues en Afrique du Sud à partir de janvier prochain. « Ce sont des courses qui seront courues les vendredis après-midi à Port Elizabeth. S’il n’y a pas de course, on se tournera vers Greyville », déclare Frantz Merven. « Avec le décalage horaire, on aura les résultats samedi matin très tôt. On se dirigera ensuite au MTC pour le tirage comme cela ce fait normalement et les résultats seront publiés dimanche. » À noter que, contrairement à Maurice, le tirage sera effectué sur les six premières courses de la journée qui auront lieu soit à Port Elizabeth (Fairview) soit à Durban (Greyville).

 

Un anniversaire fêté dans la sobriété

Covid-19 et confinement obligent, les 100 ans de la loterie Merven ont été célébrés dans la sobriété. Pourtant, tout un programme, dont le sponsoring d’une journée de courses le samedi 30 mai, avait été prévu. Mais la Covid-19 et ses corollaires ont tout chamboulé. « On a tout de même pris contact avec nos 150 revendeurs à travers l’île et nous leur avons remis un souvenir à l’occasion de ces 100 ans tout en les remerciant de leur collaboration. »