Dans un monde de plus en plus complexe, la santé mentale est un sujet qui devient une priorité. D’ailleurs, en 2015, l’un des Objectifs du Développement durable est l’inclusion de la santé mentale et la toxicomanie. Le but était d’améliorer la santé mentale à travers une prise de conscience et de sensibilisation, étant donné que 13% de la population mondiale souffre de troubles mentaux. Ceux-ci sont la cause de huit millions de décès annuellement. L’université de technologie de Maurice (UTM) a lancé son Wellness Awareness Programme et sa Counselling Unit dans le cadre de la journée mondiale sur la santé mentale.
Les séquelles de la pandémie de COVID-19 ont détérioré la situation, causant plus d’absentéisme à cause des troubles mentaux et d’une faible performance au travail. De l’autre côté, les statistiques démontrent que la santé mentale des étudiants à l’université a connu une détérioration à la suite du confinement. Plus de 90% ont noté des signes d’inquiétude au Royaume-Uni. Consciente d’une telle situation, l’université de technologie de Maurice (UTM) à travers le Wellness Awareness Programme, vise à veiller à la santé mentale des employés et des étudiants.

« Nous devons être proactifs concernant la santé mentale et physique », explique le directeur général de l’institution, Dr Keith Thomas à Le-Mauricien. Il fait état d’un événement dont il a été témoin lorsqu’il était en Malaisie et où le manque de compassion de la part de ceux présents suite à un accident de la route était très visible. Selon lui, au lieu d’aider les blessés, les gens ont préféré sortir leur téléphone portable pour filmer la scène. Si chaque pays a sa culture, le directeur général souhaite que l’UTM en ait la sienne. Il veut que l’institution « contribue au bien-être physique et psychique des autres ».
Lors de ce lancement, une présentation effectuée par le Dr Nirmala Loung-Poorunder sur la santé mentale a permis de comprendre combien de personnes sont inquiètes de leur situation courante. Le Wellness Awareness Programme et la Counselling Unit sont l’initiative de l’UTM et de l’Aeronautical Society of Mauritius.


LE DR KEITH THOMAS : « La santé mentale
doit être prise en compte dans toutes les conversations »

Cet événement démontre toute son importance dans le monde actuel. Quel est l’objectif du Wellness Awareness Programme et de la Counselling Unit ?

Lorsque je suis arrivé en septembre de l’année dernière, la première chose qui m’avait frappé était l’absence du bien-être et de la joie. Pour créer une université, il faut se focaliser sur le bien-être physique et émotionnel des employés pour qu’ils se sentent en sécurité, inclus et mis en valeur. Pendant la période de confinement, les gens ont souffert mentalement ou physiquement. Certains ont pris du poids, d’autres en ont perdu. Chaque personne a souffert d’une certaine manière du stress mental et de tristesse. Nous avons parlé de tout cela dans notre université et avons décidé de travailler avec nos quatre équipes comprenant le Wellness, le Graduate Skills and Employability, Entrepreneuship. Mais nous avons remarqué que la thématique du bien-être prenait de l’ampleur. C’était devenu central. De ce fait, nous l’avons pris comme une priorité urgente. La School of Health Sciences et le Student Affairs ont travaillé ensemble pour traduire nos attentes en actions. La création d’un espace physique, qui est la Counselling Unit, est un bon démarrage pour que le personnel et les étudiants puissent obtenir des conseils. Nous avons des conseillers volontaires qui viennent sur place et qui offrent leurs conseils gratuitement. Ils croient dans ce que nous faisons. C’est aussi une responsabilité morale. Nous sommes allés jusqu’au ministère de la Santé et du Bien-être qui nous soutient. Nous n’avons pas eu de problèmes à trouver des sponsors et nous aider pour offrir ce type de service aux étudiants. La création de cette unité aide les gens. Je suis aussi de ceux qui ont souffert durant la période de confinement. Nous avons tous souffert des troubles émotionnels durant cette période. Et c’est toujours présent. Nous nous sommes donné la permission, à l’UTM, de commencer à parler de ce qu’on ressent et demander aux autres comment ils se sentent. Nous voulons que l’UTM soit une institution qui est très soucieuse du bien-être des autres. Mais il nous faut faire le pas. C’est vrai que nous sommes une famille et nous devons savoir comment faire pour que nous puissions prendre en compte le bien-être de nos étudiants et de notre personnel.

Croyez-vous que nous n’accordons pas autant d’importance à la santé mentale à cause de la honte ?

Je pense que, dans chaque pays et chaque culture, l’attitude est différente envers la santé mentale. La région africaine et Maurice sont sur la voie. Mais je crois que les portes sont ouvertes, car tout le monde partage l’expérience d’être fermé à la maison. Je ne peux pas penser à un autre moment dans l’histoire avec ce type d’expérience. Ceci nous a donné la permission de prendre en considération la santé mentale dans une façon qui n’est stigmatisée. Certaines personnes ont divorcé, ont connu un décès et d’autres ont perdu leur emploi. Certaines personnes ont la dépression génétique. Mais nous avons cette expérience partagée et cette stigmatisation est une leçon et nous permet d’être plus ouverts. Ce problème est aussi sexospécifique, car les femmes arrivent plus facilement à parler de leurs émotions par rapport aux hommes. Plusieurs hommes ont cette responsabilité de savoir comment se comporter émotionnellement face à une situation. À l’université, nous arrivons à faire parler les hommes d’une manière explicite, car nous devons nous focaliser aussi sur leur bien-être.

Pensez-vous que les institutions tertiaires doivent aussi s’impliquer dans la santé mentale de leurs employés et étudiants et non pas uniquement se focaliser sur les résultats académiques ?

Je crois que oui, car cette transition de l’école secondaire à l’université est l’une des plus grandes. L’école est très structurée alors qu’à l’université, la structure n’est pas pareille et les étudiants doivent savoir gérer leur temps. Nous devons les aider dans cette transition et ne pas croire qu’ils ont compris leur emploi du temps. C’est une très grande transition pour les étudiants, car ils doivent s’adapter. En ayant une Counselling Unit, ils peuvent venir et nous parler et nous allons leur donner le soutien qu’il faut. La santé mentale doit être prise en compte dans toutes les conversations, les cours, les appels téléphoniques. Nous devons prendre en compte la santé mentale de tout le monde.

Vous parlez de la proactivité et de démontrer la gentillesse et l’empathie aux autres. Ce sont des valeurs qui se perdent de nos jours. Ne pensez-vous pas que nous devons instaurer ces valeurs chez nos jeunes étudiants pour assurer d’une meilleure société ?

Les jeunes sont des leaders de demain. Nous avons un type d’étudiant particulier à l’UTM. Nous faisons des recherches en ce moment où nous demandons aux étudiants leurs expériences durant le dernier semestre lorsqu’ils ont fait la transition vers le “blended mode”. En parlant aux étudiants, nous essayons de comprendre ce qui les motivent à apprendre, car nous savons quelles sont les barrières et nous essayons de les fixer. Une des choses est de comprendre leur bien-être psychique. Je marche beaucoup et je parle à beaucoup d’étudiants. L’une des questions que je leur demande est de me donner le nom de leur meilleur chargé de cours et qui prend soin d’eux. Je m’intéresse à cela et je constate que les mêmes noms sont cités. Nos chargés de cours ont un très bon niveau, mais certains se surpassent par leur manière de donner de la valeur à l’étudiant, l’inclure dans la classe et le motiver pour ses études. Ce sont des choses qui ne sont pas prises en compte dans les écoles ou les universités, car nous nous focalisons sur les examens et les résultats et trouver un emploi alors qu’il est plus important de se focaliser sur la personne. Ce n’est pas un défi, mais plutôt une opportunité à l’université de montrer l’intérêt chez l’étudiant. Il est vrai que nos étudiants ne sont pas parmi les plus brillants, mais ils viennent chez nous avec ces qualités. Ils ont des qualités et quand nous travaillons avec eux, ils deviennent des diplômés avec une force mentale, qui fait partie de leur bien-être. Nous faisons de nos étudiants des modèles et nous leur parlons des difficultés de la vie en toute honnêteté, car chaque personne a connu des moments de souffrance dans sa vie. Nous ne demandons pas de tout dévoiler, mais d’être prêts à parler quand il le faut.


Plus de 500 étudiants pour la rentrée

La COVID-19 a repoussé la rentrée universitaire au 1er octobre. Ils sont environ 500 étudiants qui ont démarré leurs cours dans les quatre différentes écoles de cette institution tertiaire. L’UTM consolide ses cours existants et améliore la qualité de l’apprentissage et l’enseignement. À l’avenir, d’autres cours seront lancés mais le but, en ce moment, n’est pas d’étendre le portefeuille des cours. L’institution attend la Higher Education Commission pour une harmonisation dans le secteur. « Les directeurs généraux et les vice-chanceliers travaillent de concert pour voir quelle institution se focalise sur quel domaine devra être réglé. La HEC est appelée à régler ce problème », avance le directeur général. L’harmonisation est importante pour que les institutions soient spécialisées pour éviter les doublons pour que Maurice puisse se positionner comme une destination de l’éducation tertiaire.