« Je suis fatigué », dit le premier Mauricien à avoir dévoilé sa séropositivité en 1994

Après treize ans à la direction de Prévention, Information, Lutte contre le Sida (PILS), Nicolas Ritter lâche le gouvernail de l’organisation non gouvernementale. L’ONG est actuellement à la recherche de son remplaçant. L’emblématique directeur exécutif de Pils ne prend pas pour autant ses distances de l’organisation qu’il a portée contre vents et marées, venant ainsi en aide à des milliers de bénéficiaires pour lesquels PILS a été et reste plus qu’une bouée salutaire. A 52 ans, Nicolas Ritter incarne le symbole de la lutte non seulement contre le VIH/Sida, mais aussi contre les préjugés à l’égard des personnes vivant avec la maladie.

Il est le premier Mauricien à avoir parlé ouvertement de sa séropositivité, en 1994, alors qu’à l’époque le sujet était très tabou. Quand nous lui avons demandé pourquoi il se retirait de son poste, il nous a répondu:  « Je quitte la direction de PILS fatigué, et cette fatigue je la traîne depuis quelques années. Cette décision de changer la nature de mon travail tout en restant impliqué dans la lutte contre le VIH, les infections sexuellement transmissibles et les hépatites me semble être une évolution naturelle. Les défis à Maurice et dans le reste du monde sur ces épidémies sont encore importants et j’espère pouvoir être plus utile et plus productif dans mes nouvelles chaussures. Celles que je laisse me serrent trop les pieds pour que je puisse continuer à avancer dans la vie avec sérénité. » 

Il confie encore: « Cela fait treize années que je suis à la direction de PILS. Quand le conseil d’administration de PILS m’a confié cette tâche après le départ d’Audrey D’Hotman comme directrice en 2007, il n’y avait chez PILS que sept salariés. Aujourd’hui, nous sommes 44 avec une quinzaine de partenaires associatifs dans l’océan Indien, sans compter les volontaires de plus en plus nombreux. La charge de travail non seulement est très importante, mais elle est surtout technique, et PILS a besoin désormais d’une direction générale qui soit à la hauteur des responsabilités et des fonds qui lui sont confiés. Je suis un autodidacte en la matière, et même si je ne m’en suis pas trop mal sorti, il est temps de passer la main à un ou une vrai(e) professionnel(le) avec le background et l’expérience nécessaires. » 

Expliquant qu’il gardera un pied dans PILS, Nicolas Ritter s’engagera autrement: « Je ne quitte pas PILS. Je reste volontaire, militant, activiste et membre du conseil d’administration. Je ne quitte pas non plus mon île. Je vais travailler comme conseiller à la direction pour l’union internationale à laquelle PILS appartient depuis 2013, Coalition Plus, et je serai basé à Maurice. »