Photo illustration (Photo by Philip FONG / AFP)

15 à 20% de baisse en moyenne enregistrée pour les véhicules neufs et importés confirmant le pessimisme des professionnels

Les conséquences sanitaires et économiques de la Covid ont pesé, mais d’autres facteurs comme le fret et les dépensesassociées plombent l’industrie

La Covid-19 a mis un sérieux coup de frein à la vente des voitures neuves qui ne dépassera pas, contrairement aux trois dernières années, la barre des 10 000. Au 31 décembre à 10 h, il y avait 9 610 voitures neuves enregistrées. Une situation similaire pour la vente des voitures d’occasion, qui accuse aussi une baisse moyenne variant entre 20 et 25% et reste en dessous des 8 000 véhicules pour l’année avec

7 900 voitures importées vendues. Au niveau des concessionnaires, si certains limitent la casse autour de 15-18%, d’autres font des reculs de plus de 30%. Parmi les raisons invoquées par les promoteurs : le confinement, la baisse du pouvoir d’achat, l’incertitude, mais aussi la hausse du fret et la dépréciation de la roupie. Par ailleurs, pour les ventes réalisées cette année, alors que les concessionnaires du neuf notent une tendance pour les grosses berlines, du coté des véhicules de seconde main, l’intérêt s’est plutôt porté cette année sur les voitures hybrides.

Le marché automobile, comme d’autres secteurs, est décidément à la peine pour 2020, plombé par l’impact massif de la crise économique et sanitaire. Alors que ces trois dernières années les concessionnaires du neuf ont enregistré des chiffres record dépassant 11 302 (2019), 11 317 (2018) et 11 151 (2017) voitures neuves à la fin de décembre, selon les statistiques officielles de la NTA, en 2020, les ventes restent en dessous de la barre des 10 000.

Au 31 décembre, le secteur du neuf avait enregistré la vente de 9 610 voitures seulement, soit une baisse moyenne de 15% du nombre de véhicules vendus et 25% du chiffre d’affaires, selon les estimations des concessionnaires. La situation aurait pu être pire si le gouvernement n’était pas venu avec un coup de pouce à ce secteur.

Même constat sur le marché d’occasion, selon le président de la Dealers in Imported Vehicle Association (DIVA), Zaid Ameer qui, expliquant que la vente des voitures reconditioned a reculé de 20 à 25%, selon les marques, en 2020 et ne depasse pas les 8 000. Cela alors que pour les trois années précédentes, les voitures d’occasion, qui ont généralement la cote à Maurice, plus particulièrement auprès de la classe moyenne, enregistraient 9 779 (2019), 9 209 (2018) et 8 584 (2017) voitures vendues chaque année. Au 31 décembre à 10 h, la vente des voitures d’occasion stagnait à 7 900, soit 1 879 de moins qu’en 2019, c’est-à-dire un recul de 19,2%.

Impact incontournable de la Covid-19

La principale raison invoquée par les promoteurs du neuf aussi bien que de seconde main : l’impact sanitaire et financier de la Covid-19. D’une part, il y a eu l’arrêt des ventes durant la période de confinement et, d’autre part, en raison de l’impact de la Covid sur les salaires, de nombreuses commandes ont été annulées. Couplé à cela, le marché est impacté par la dépréciation de la roupie face aux principales devises avec lesquelles travaille ce secteur, expliquent-ils.

« Avec l’impact de la Covid sur le secteur hôtelier en veilleuse aujourd’hui, les ventes habituelles des voitures pour ce secteur ne se sont pas concrétisées, impactant directement sur nos chiffres d’affaires et nous mettant aussi en veilleuse », explique le porte-parole de la Motor Vehicles Dealers Association (MVDA).

S’il y a eu un rebond des ventes après le confinement, notamment en juillet, avec les fonctionnaires, dont les salaires sont restés inchangés et garantis, profitant des offres promotionnelles des voitures duty free. Les mieux lotis s’offraient de grosses berlines, dont les ventes ont été boostées pendant un certain temps. La baisse des chiffres d’affaires de voitures neuves a repris deux mois plus tard en dépit de la décision du gouvernement de maintenir la baisse des duties sur le fret pour aider les promoteurs à écouler leur stock, font ressortir les concessionnaires.

La situation auprès des revendeurs de véhicules de seconde main est similaire, explique Zaid Ameer, faisant ressortir qu’outre l’arrêt des ventes pendant trois mois de confinement, ce secteur a aussi subi l’impact de la Covid dans le secteur hôtelier. Ainsi, les taxis d’hôtel et taxis d’aéroport et du port n’ont pas renouvelé leurs véhicules en raison de la fermeture des frontières et l’emploi en veilleuse ! Même les taxis urbains n’ont pas changé de véhicules cette année, car il y a trop d’incertitude.

« Les business ne marchent pas et cela se reflète dans les achats », estime le président de la DIVA, concédant qu’il y a eu une légère reprise néanmoins durant le mois de juillet. Cependant, dit-il, en cette fin d’année « il y a une accalmie totale sur les ventes de voitures importées. » Si ce sont notamment les citadines qui se sont écoulées, plus particulièrement auprès des jeunes de la classe moyenne, et qu’il y a un intérêt pour les voitures hydribes — mais aussi électriques malgré le prix —, les chiffres d’affaires de promoteurs de seconde main sont durement impactés par la crise économique et sanitaire, note la DIVA.

Appel pour la hausse du “demurrage fee”

Par ailleurs, parallèlement à la baisse des ventes dont les prix sont affectés par la dépréciation de la roupie, les revendeurs doivent faire face à une hausse des droits de fret qui sont passé de $2000 à $5500. Si la DIVA a déclaré litige auprès des autorités douanières quant aux demurrage fees, pour lesquelles la douane requiert un paiement additionnel de Rs 500 par jour si les revendeurs n’ont pu prendre livraison de leur container après un délai d’une semaine, ils sont dans l’attente de négociation avec le ministère des Finances, à qui l’association a fait parvenir une lettre la semaine dernière.

Et c’est avec beaucoup d’inquiétude que les promoteurs du marché automobile abordent 2021, compte tenu de la situation de la Covid dans le monde et de la mutation qui fait l’actualité. « Maurice est peut-être Covid-safe, mais tous nos secteurs économiques en sont impactés. Quand nous n’avons pas de touristes, cela pèse aussi sur d’autres secteurs. Le plus tôt on aura le vaccin, le mieux ce sera pour le monde et pour Maurice », dit-on au niveau de la MVDA. Zaid Ameer abonde dans le même sens.

« Il est impératif d’avoir le vaccin qui pourra apporter la santé pour tous dans le monde, mais aussi la santé économique dans tous les pays », clame-t-il en espérant comme tous que le new normal fasse la place au old normal.