Non-renouvellement du contrat des ouvriers étrangers (455) et redéploiement des Mauriciens

La tension géopolitique découlant de la guerre commerciale entre la Chine et l’Amérique serait-elle à l’origine de la situation dans laquelle se trouve la compagnie hongkongaise Esquel (Mauritius) Ltd, dont le principal marché d’exportation est les États-Unis ? Les techniciens du ministère du Travail y songent en tout cas fortement à la lumière de la lettre qui a été adressée par la direction aux ouvriers malgaches et bangladeshis dans le cadre du non-renouvellement de leurs contrats.

« Nous avons le regret de vous informer que compte tenu de la situation des commandes et des prévisions, la société mettra fin à vos services. Vous recevez par les présentes un préavis de deux semaines à partir d’aujourd’hui, 1er septembre 2020, jusqu’à votre dernière date d’emploi, qui sera le 11 septembre 2020. Toutes vos cotisations, y compris le salaire de base de deux semaines, au lieu d’un préavis jusqu’au 30 septembre 2020, seront réglées avant votre départ. Votre date de départ sera le 14 septembre 2020 et votre billet d’avis sera émis en temps voulu », écrit Shailesh Shah Babulal, responsable des Ressources humaines chez Esquel. Un total de 214 travailleurs malgaches et 241 ressortissants bangladeshis sont
concernés.

Par ailleurs, la compagnie employant aussi 1 700 Mauriciens, le gouvernement est en train de tout faire pour tenter de sauver l’entreprise, qui fait face à une baisse de ses commandes. Hier, le représentant des ouvriers malgaches, Atma Shanto, a organisé un “sit-in” devant le siège du ministère, à Port-Louis, afin de réclamer une rencontre urgente avec le ministre de tutelle, Soodesh Callichurn, et ainsi trouver une solution quant au sort de ces travailleurs. Une réunion tripartite, présidée par le ministre, a eu lieu par la suite, notamment en présence de représentants de la Mauritius Exports Association. À la suite de quoi il a été décidé que le vol prévu pour rapatrier les travailleurs malgaches soit reporté d’une semaine, soit au 21 septembre. Quant aux travailleurs mauriciens frappés par cette crise, ils seront redéployés dans d’autres usines textiles du pays.

Peu avant cette rencontre, Atma Shanto s’est adressé aux travailleurs malgaches sur place, une autre partie de ces étrangers n’ayant pas été autorisée à se déplacer au siège du ministère. « Ceux qui ont fait le déplacement sont surtout ceux qui ont déjà obtenu leurs lettres de licenciement, soit environ 220 employés. Leur départ a déjà été planifié pour Madagascar. La FTU est en train de les soutenir, car il n’est pas normal de licencier des travailleurs de cette façon. Surtout lorsqu’on sait que le gouvernement a annoncé des mesures pour protéger les travailleurs contre le licenciement, qui se poursuit malheureusement. Ce n’est pas normal, car nos frontières sont encore fermées et la compagnie a déjà planifié le départ de ces travailleurs », dit le syndicaliste.

Selon l’Employment Rights Act de 2019, rappelle-t-il, lorsqu’un employeur décide de licencier, ce cas doit être immédiatement référé au Redundancy Board, « ce qui n’est pas le cas pour ces travailleurs ». Une situation, poursuit-il, que « le gouvernement ne doit pas tolérer ». Et de rappeler que les ouvriers étrangers viennent travailler à Maurice pour améliorer leur situation précaire dans leur pays d’origine. « Il faut que le gouvernement comprenne cette situation, d’autant plus que les entreprises du secteur privé ont bénéficié d’une assistance financière du gouvernement. (…) Bon nombre de ces travailleurs sont employés sur une base contractuelle. Mais avec leur licenciement, c’est l’image de Maurice qui continue de se ternir sur le plan international. »