Eux qui croyaient rentrer pour compléter la construction de leur maison ou offrir une meilleure vie à leurs parents ont vu tous leurs projets partir à l’eau. Malgré les exercices de rapatriement du gouvernement mauricien, ils sont quelques milliers d’employés de bateaux de croisière encore à l’étranger, à attendre un appel, une bouée de sauvetage.

Shilpa Nuckcheddee est coincée à Rome. Employée de bateau de croisière, la jeune femme avec huit autres Mauriciens sont actuellement dans un Bread and Breakfast (B&B) à Rome. « Nous étions auparavant dans un hôtel, mais depuis le 10 juin, nous sommes dans un B&B à Rome », dit-elle. Les neuf Mauriciens essaient de garder le moral, mais la déprime prend parfois le dessus. Dépités, ils ne comprennent pas pourquoi ils n’ont jamais été contactés pour être rapatriés. « Pour le premier vol de rapatriement de Rome, deux Mauriciens n’avaient pas pu embarquer, ayant été testés positifs au coronavirus et logeaient dans le B&B où nous sommes actuellement. Le 23 juin, ces deux Mauriciens ainsi que des membres de l’équipage d’une autre compagnie de croisière ont été rapatriés, alors que nous nous trouvons dans le même hôtel ! C’est injuste », confie-t-elle.

Au plus bas moralement, Shilpa Nuckcheddee ne comprend pas pourquoi elle et ses huit autres collègues n’ont pas été inclus sur ces vols de rapatriement, alors qu’ils ont tous été testés négatifs et sont en isolement depuis le 24 mars. « Nous sortons juste pour marcher dans la petite cour de notre lieu de résidence, sans plus. La vie est triste ici, on ne sait plus quoi faire ou encore comment rassurer nos parents à Maurice », dit-elle. En effet, elle ainsi que tous les autres employés de bateaux de croisière ne perçoivent aucun salaire depuis l’arrêt des opérations de leur compagnie de croisière respective. De plus, depuis quelque temps, la compagnie pour laquelle elle travaille semble leur proposer le strict minimum. « Nos repas deviennent de plus en plus indigestes. Nous avons des nuggets et des pommes de terre à manger tous les jours pour le déjeuner et le dîner. Nous avons aussi droit à une bouteille d’eau par jour », dit-elle.

Shilpa Nuckcheddee lance un appel au gouvernement mauricien et au ministre des Affaires étrangères à qui elle a écrit. « Je n’ai pas eu de réponse, je ne sais pas ce que l’on va devenir. Ma mère à Maurice commence à tomber malade et elle n’a personne d’autre », dit-elle tristement.

La BBC en parle

« It’s their government that is letting them down. » Tels sont les propos d’une journaliste de BBC World News sur les employés de bateaux de croisière coincés à l’étranger. Depuis hier, l’extrait de cet entretien avec un jeune employé de bateau mauricien fait le tour des réseaux sociaux. Le jeune homme y explique comment les employés sont obligés de vivre dans leur cabine, dans l’angoisse et la solitude. « Le plus dur c’est de ne jamais savoir quand on va rentrer. On renvoie à chaque fois les dates », dit-il.